yw 4 ■' v! 4- .**. t*/ ,4^ J V'«t> -■■^: ,,^. : ■■ 'i.-? .4^'. 1 »-i ,*• t:l V--S ^iM^/^ ^-^Ih -^^ àik.. ^H .^ ^ J / t-S' REVUE i i DES ! SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES BULLETIN BIMENSUEL DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION DE FRANGE VERSAILLES, IMPRIMERIE CERF ET C''^, 59, RUE DUPLESSIS. REVUE DES SCIENCES MTORELLES ÂPPLIQOÉES BULLETIN BIMENSUEL DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION DE FRANCE Fondée le 10 février 1854 RECONNUE ÉTABLISSEMENT D'UTILITÉ PUBLIQUE PAR DÉCRET DU 26 FÉVRIER I800 1892 — DEUXIEME SEMESTRE TRENTE-NEUVIEME ANNEE U'M Kv wevi N ■'!«IC ■OTA^ U..AL •AV • . • ■ - PARIS AU SIÈGE DE LA SOCIÉTÉ 41, RUE DE LILLE, 41 1892 I. TRAVAUX ADRESSES A LA SOCIETE H L'ÉTAT ACTUEL DE L'HIPPOPHAGIE EX EUROPE Par m. E. LECLAINCHE, Professeur à l'Ecole vétérinaire de Toulouse Et m. Ch. MOROT. Vétérinaire municipal à Troyes. «OTANfCAL Un travail récent de l'un de nous a donné une idée de la progression de l'alimentation avec la chair des solipèdes dans un grand nombre de pays (1). De nouvelles statistiques françaises et étrangères vont nous permettre de compléter cette étude et de faire connaître le degré d'extension de la consommation de la viande de cheval dans presque toute l'Europe. L'hippophagie a presque toujours été chargée d'éloges exa- gérés par les nns et d'anathèmes non moins exagérés par les autres. Elle ne mérite ni cet excès d'honneur ni cette indi- gnité. Comme toutes choses en ce monde, elle a ses qualités et ses défauts. La viande normale des vrais chevaux de bou- cherie est réellement bonne, cela est incontestable ; pour mieux dire, elle est bonne dans son genre. Mais c'est com- (*) La Société ne prend sous sa responsabilité aucune des opinions émises par les auteurs des articles insérés dans la Bévue. (1) Ch. Morot : Des Progrès de VHippophagie en France et à l'étranger [Documents statistiques), in Bulletin du Comice agricole départemental de l'Aube, n" 195 (mars 1891) et Brochure. Troyes 1891. Ce mémoire a été traduit en espagnol et en anglais : 1" Del progreso de la Hippofajia en Francia g en cl extranjero [Documentas estadisticos), por M. Ch. Morot. Traduccion de D. Juan Morcillo Olalla in Gaceta Medico-Velcrinaria. Madrid. 1891, 7 y 14 de agosto, num. 635 y 036. 2'^ The Progress of Kippopliagy in France and on the Continent, as sliovn frora statistics bg ^ M. Ch. Morot. Translated by Lecs Kno\\-lcs, hl. P. in Journal of the i^jRogal Htatistical Societg, september 1891. Loudon, vol. LIV, part, iir, ^;p. 519 et suivantes. Çj^, 3 Juillet 1S92. < a; 2 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. promettre une cause bonne et gagnée déjà que de prétendre cette viande meilleure que la bonne viande de bœuf. Il est inutile d'établir une comparaison entre ces deux viandes qui ne sont nullement comyiarables. S'ingénie-t-on à trouver des rapprochements entre la chair du porc et celle du mouton? On mange d-e l'une et de l'autre parce qu'elles sont bonnes, sans chercher laquelle est la meilleure. Chacun peut suivre cet exemple pour le bœuf et le cheval, en tenant compte soit des préférences variables de son goût, soit des conditions inéluctables ou voulues de son budget. Mallieureusement, dans certaines localités, on abuse de l'hippophagie en sacri- fiant l'intérêt général à des intérêts particuliers : on y voit de nombreuses boucheries chevalines qui reçoivent couramment des chevaux étiques, cachectiques, etc., dont la place est absolument indiquée aux clos d'équarrissage. Et puis, disons-le bien haut, beaucoup de consommateurs mangent et achètent du cheval sans le savoir, dans des restaurants et des char- cuteries qui.sont censés ne débiter que du bœuf et du porc (1). Il y a là des abus et des fraudes déplorables que les adminis- trations municipales doivent à tout prix empêcher; elles le peuvent certainement. L'hippophagie n'a rien à craindre do la sévérité des règlements pour son développement intensif, au contraire. Mais, si elle est l'objet d'un mercantilisme (1) On débite comme saucissons ordinaires dos quantités con- sidérables de saucissons exclusivement ou presque exclusivement composo's de viande de cheval. « La composition de ces pro- duits, leur mode de fabrication, sont tellement variables, tellement complexes, qu'il est souvent impossible d'indiquer la nature des viandes dont ils se composent » (Moulé). Divers procéde's ont e'te' proposés pour rdve'ler cette fraude, notamment cehii de Klein (*) et celui de Niebel, de Berlin (**), sur lesquels nous ne pouvons nous étendre ici. Les auteurs de ces procédés assez compliqués affirment en avoir obtenu de bons re'sullats. Nous ne récusons pas la valeur scientifique de ces me'tbodes de laboratoire, mais nous ne croyons pas qu'elles soient d'une application courante. Ce qu'il faut avant tout, ce sont des procédés pratiques, rapides et sîiis pour recon- naître la composition de toutes les espèces de saucissons. Espe'rons qu'on les aura bientôt, si MM. Klein et Niebel continuent leurs recherches ou s'ils trouvent des imitateurs. (*) Moulé [d'après Klein). Di/Tiù-eiices entre les saucissons composi's de viande de bœuf et de porc et ceux falsifiés avez de la viande de cheval (A). (**) Uebcr den Nachwciss des Pferdefleisches in Nalirungsmittcln, von Niebel [B'). L'ÉTAT ACTUEL DE L'HIPPOPHAriIE EN EUROPE. 3 effréné, elle risquera de s'arrêter dans son essor ou même de succomber. Is. Geoffroy Saint-Hilaire s'est du reste exprimé à ce sujet d'une façon très pratique et pleine de bon sens : « Est-ce à dire, cependant, qu'il faille livrer indifféremment tous les chevaux à la consommation ? écrit ce savant. Non ; mais encore moins faut-il les exclure tous ; et parce qu'il peut y en avoir de mauvais, rejeter aussi les bons, qui sont de beaucoup les plus nombreux. Que fait-on contre les bœufs et les moutons charbonneux ? On leur refuse l'entrée des mar- chés où l'on favorise, au contraire, l'arrivée des bœufs ou des moutons sains. Faites de même pour l'espèce chevaline : écartez de la consommation les viandes des animaux malade>; ; appliquez-leur, et plus sévèrement encore, les mesures dont l'expérience a démontré l'efRcacité, mais ne renoncez pas à l'usage de -peur de l'abus ; ne privez pas le peuple de deux millions de rations de bonne viande à bon marché, pour éviter qu'il ne se glisse parmi elles, de loin en loin, quelques kilo- grammes de qualité suspecte ou mauvaise. En un mot, sur- veillez, ne prohibez pas » (C). Il appartient aux défenseurs de riiippophagie et aux inspecteurs vétérinaires de ne proposer et de ne recevoir pour l'alimentation humaine que des solipèdes se trouvant dans les conditions indiquées par Is. Geoffroy Saint-Hilaire. Avant que d'aller plus loin, nous tenons à remercier les confrères obligeants (I) qui ont eu l'amabilité de nous fournir (1) M. Deligne, d'Abbeville (1) ; M. Guitlard, d'Astaffort (2); M.Guit- tard, d'après M. CapcUe, d'Auch '2a] et M Pages, de Cahors (2 il ; M. Bossert, d'Amiens (3) ; M. Niord, d'Angoulême (4) ; M. Crochot, d'Auxerre (5) ; M. Baillet, de Bordeaux (6) : M. Gallier, de Caen (7) ; M. Pernet, de Châlons (8) ; M. Guillaumot, de Chaussin (9) ; M. Paruit, de Chaiieville (10) ; M. Fournier, de Chartres [11] ; M. Labrousse, de Chàteauroux (12) ; M. Orillard, de Châtellerault (13) ; M. Desnouveaux, de Cliaumont (14) ; M. Carieau, de Dijon (15); M. Charmeteau, phar- macien à Saint-Dizier (16) ; M. Garet, de Douai (17) ; M. Dumont, du Havre (18) ; M. Detroyes, de Limoges (19) ; AL Auzat, de Lorient (20) ; M. Leclerc, de Lyon (21) ; M. Raillard, de Moulargis (22) ; M. Berbain, de Nancy (23) ; M. Guerrin, de Nevers (24) ; AI. A'crain, de Provins !.25^; M. Girard, de Reims (26); M Bailleau, de Romilly (27) ; M, Veyssiére, de Rouen (28); AL Duflfaut, de Toulouse (29); AL Fachet, de Tours (30); AL Thomas, de Verdun (31); AL Lavault, de Versailles (32) ; AL Col- lard, de Vitry (33) ; M. Alandel, de Alulhouse (34) ; AL Koudelka, de Wiscbau (35) ; M. Van Hertsen, de Bruxelles (36) ; AL Dèle^ d'Anvers (37) ; AL Dèle, d'après AIAL Weemaes (37«) ; et Dehlock (37 i), d'An- 4 REVUE LES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. (les renseignements manuscrits, renseignements bien précieux en l'absence d'une statistique otîîcielle publiée sous les aus- pices du Gouvernement. FRANCE. ANjeville — Somme (1). Il \ a quelque temps, une bou- cherie hippophagique débitait 2 chevaux par semaine ; elle n'a pu tenir que deux ans. Agen — Lot-et-Garonne [2]. Il y a plusieurs années, une boucherie hippophagique a fonctionné quelque temps, mais sans aucun succès. — A Astaffort, tous les chevaux sains sacrifiés pour cause d'accidents' sont consommés par les habitants. Amiens — Somme (3). En 1890, 423 solipèdes consommés. Angoulème — Charente (4). Une boucherie hippophagique existe depuis sept ou huit ans. Elle ne va guère que l'hiver ; l'été elle est parfois un mois et demi sans vendre un cheval. En 1890, elle a débité une cinquantaine de solipèdes, dont une partie pour la nourriture des meutes. Aiich — Gers (2a). La moyenne annuelle des chevaux con- sommés dans ces dernières années varie de 270 à 280, et celle des ânes de 45 à 50. A/'.xerre — Yonne (5). En 1890, deux équarrisseurs de la ville ont abattu pour la consonnnation 12 chevaux et 10 ânes. Ils n'ont débité pour l'alimentation humaine qu'une faible partie de la viande de ces animaux ; ils ont vendu le reste pour les chiens ou l'ont jeté à la voirie après quelques jours d'étalage. Bordeaux — Gironde (G). Le nombre des solipèdes con- sommés a été, en 1888, de 538 chevaux, 43 ânes et 20 mulets. — En 1889, de 650 chevaux, 55 ânes et 25 mulets. — En 1890, de 1,080 chevaux, 99 ânes et 61 mulets. — En 1891, de 1,710 chevaux, ânes et mulets. En 1891, 80 solipèdes ont été saisis comme impropres â la consommation. La progression vers ; M. Lambert, de Garni (38) ; M. Brouwier, de Liège (39) ; M. Kvatcbkoff, de Sistova (40); M. Morcillo Olalla, de .Jativa (41); M. Dnont, de Rotterdam (42); M. Furlanetto, de Trevise (43) ; M. Boc- calari, de Gêues (44) ; .\L Furtuna, de Conslaula (45) ; M. Mantu, de Braïla (46) ; M. Neiman, de VViadicaucase (47; ; M. Str^bel, de Fri- bourg S. (48). L'ETAT ACTUEL DE L'HIPPOPUAGIE EX EUROl'E. 5 de riiippophagie est due à l'élévation du prix de la viande ordinaire. Les boucheries hippophagiques étaient au nombre de 10 en 1891, et de 13 au l""" mars 1892. Le prix de la viande de cheval varie de 25 centimes à 1 fr. le demi -kilo, selon les catégories. Caen — Calvados (7). Une boucherie hippophagique est installée depuis 1885. En raison de l'opposition faite par les bouchers ordinaires, le propriétaire de cet établissement n'a pas été autorisé par la municipalité à occuper une place à l'abattoir communal. Il a une tuerie extra-muros qui n'est soumise à aucun contrôle ; il introduit ensuite sa viande en ville et la débite dans son étal, sans inspection préalable le plus souvent. C'est ainsi qu'à Caen on méconnaît les droits de l'hygiène publique pour ne pas augmenter par des frais d'inspection les dépenses budgétaires de la commune et pour donner aux bouchers ordinaires une mesquine satisfaction d'amour-propre. A Caen on tue en moyenne par an 90 che- vaux, 1 ou 2 mulets et 4 ou 5 ânes. Les prix de la viande de cheval sont les suivants par demi-kilo : Filet =^ 90 centimes — faux- filet = 60 centimes — gite == 40 centimes. Pour les divers autres morceaux ils varient de 20 à 30 centimes. CaJiors — Lot (2/y). Févi'ier 1892. Il existe deux boucheries hippophagiques. Il vient d'être abattu dans dix mois 156 soli- pèdes, dont 92 chevaux, 4S ânes et 16 mulets. Châlons-sur- Marne — Marne (8). Il existe une seule bou- cherie hippophagique, ouverte depuis le 2 mars 1880 et qui a débité : Années.. 18S0 1SSI ISSS ISSÔ ISSi ISSo IS86 U87 I8SS iSSO 1800 IS!)I Chevaux. 12D 108 115 98 104 110 93 82 87 7(3 95 128 Anes . . . 23 16 9 H5 1(3 15 8 18 11 15 15 16 La viande de cheval se vend les prix suivants par demi- kilo : Biftecks épluchés, 60 centimes; aloyau, 50 centimes ; train- de-côtes, 40 centimes ; plat-de-côtes, 30 centimes ; jarret, 20 centimes ; rognures, 10 centimes ; saucisson, 70 centimes. Chalon-sur-Saône — Saône -et -Loire (9). Il existe une seule boucherie, dont le débit est intermittent et qui vend au plus 1 cheval par semaine. Cet établissement est presque cons- tamment fermé en été. 6 REVUE DES SCIENCES NATURELLES AFFLIQUÉES. Cliarleville—Ar demies (10). 19,000 liaLitants. La première l)Ouclierie hippophagique s'ouvrit le 5 septemhre 1869. Fer- mée après faillite en juillet 1873, elle ne fut remplacée par une autre boucherie qu'à la fin d'octobre de la même année. Deux nouveaux étaux hippophagiques s'installèrent en 1889 et depuis cette époque il y en a toujours eu trois. La viande de cheval se vend aux prix suivants par demi-kilo : Filet, 90 centimes; biftccJis, 60 centimes ; polaK-feu, 30 et 40 cen- times; saucisson, 60 centimes ; graisse brute, 40 centimes et graisse fondue, 50 centimes, En 1871 et 1872, après 200 pe- sées, M. Paruit a obtenu une moyenne de 235 kilos pour les quatre quartiers des chevaux de boucherie de Charleville. Il a contrôlé ce chitfi'e depuis et n'a trouvé qu'une variation de 5 kilos. Le nombre des chevaux sacrifiés à l'abattoir de Charleville a été : En 1S<>9 1S70 1S7t ^,S7* i87,y 7,S7.i iS75 iS7G iS77 IS7S 1S7!) ISSO De 169 312 S86 127 95 159 90 13G 1S8 214 221 222 En l8St mSi iSS5 iSSi iSSÔ ISSU 1SS7 ISSS tSSO 1S00 1SUI De 230 258 292 273 359 350 344 3i:5 G3l) 558 380 On a tué en outre quelques ânes et mulets chaque année, notamment 68 ânes et 2 mulets de 1869 à 1873 inclusivement. Chartres — Eure-et-Loir (11). Deux boucheries hippo- phagiques ; l'une est ouverte depuis 1870, et l'autre depuis 1891. Le demi-kilo de viande de cheval désossée et énervée se vend aux i)rix suivants, selon les catégories - Filet, 1 fr. 25 cent. ; faux-filet, roomsteclis et tranche, 60 cen- times; épaule et f/ite à la noix, 50 centimes ; autres mor- ceaux, 10 à 40 centimes. NOMBRK DE SOLIPEDES ABATTUS. Années ISSS 4889 I8UU ISOi Clievaiix 224 176 296 207 Anes et Mulels 35 21 34 68 Châteauroux — Indre {\^). Il n'existe qu'une seule bou- cherie hippophagique, dont les débuts remontent à vingt ans. On a sacrifié à l'abattoir de la ville : en 1890 , 103 che- vaux et 10 ânes ou mulots ; en 1891, 101 chevaux et 18 ânes L'ÉTAT ACTUEL DE L'IlIl'POl'HAGIE KX EUROPE. 7 OU mulets. Prix mojen de la viande de cheval : 50 centimes le demi-kilo. Cliâlelleraiilt' — Vienne (13). Une seule boucherie hippo- phagique. Elle fait peu d'afflures l'hiver et encore moins l'été ; elle débite quelques chevaux et un peu plus d'ânes. Chat ill on- sur- Seine — Cùle-cVOr. 4,877 ha])itants en 1891. Deux individus débitent d'une façon plus ou moins intermit- tente de la viande de cheval, au marché couvert, aux prix suivants par demi-kilo : Filet, 50 centimes ; faux-filet, cuisse et épaule, 30 centimes ; côtes, bas morceaux et débris pour les chiens, 10 centimes ; graisse brute, 50 centimes. La graisse fondue se vend 1 franc le litre. Nous donnons ci- dessous la statistique hippophagique de ces dix-huit der- nières années établie par l'administration municipale, d'après les registres de l'abattoir communal : Années.. I S7 i 1873 181H /,S77 -/STS 1H19 4SH0 iHHI ISfiS Chevaux. 10 2 11 3 8 9 li> W 25 Anno'es . . ISS.J /.SSî ISSï tSSfl 1887 -1888 188!» 1890 tSDI Chevaux. 21 23 46 40 35 26 20 33 25 Chaum ont — Haute -Marne (14). En 1889, on a abattu 27 chevaux; en 1890, on en a tue 41, dont 9 pour une ména- gerie. On consomme aussi quelques chevaux dans quelques autres localités de la Haute-Marne, notamment à Joinville, Langres et Nogent-le-Roi (14). Dijon — Côte-cVOr (15). Le nombre des boucheries hippo- phagiques était de trois en 1888-1889 et de quatre en 1890. On a consommé : En 1888 240 Chevaux. = Gl, 367 kilos viande. — 26 Anes.... = 2,116 — En 1889 313 Chevaux. = "76.501 — — 51 Anes.... = 4,736 — En 1890 421 Chevaux. =: 105.115 — — 60 Anes = 6,59u — Saint-Dizier — Haute-Marne (16). En 1890, il existait deux boucheries hippophagiques. Le nombre de solipèdes consom- més s'est élevé aux chiffres suivants : REVUE LES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. Années... !Sfi5 188G ISfiJ ISSS I8S9 1890 Chevaux 302 289 234 282 228 262 On a consomme en cuire 2 Anes en 1890. I>ôlc — Jura (9 1. La \ente hippophagique n'a lieu que l'hi- "ver. Pendant cette saison, un ancien boucher tue environ 3 chevaux par mois et les débite au marché. Douai — Nord (17). On a commencé à vendre de la viande chevaline, il y a environ vingt-cinq ans; au début, on débitait à peu près 1 cheval par semaine. Actuellement fl"'" avril 1892) il y a à Douai trois boucheries hi[)pophagiques, qui étendent leur vente jusqu'à 12 et 15 kilomètres dans le bassin houiller. Le demi-kilo de viande de cheval désossée se vend pour bif- tecks 50 et 40 centimes, selon les catégories. Le nombre des solipèdes abattus à Douai s'est élevé à 212 en 1888; 204 en 1889: 230 en 1890 et 234 en 1891. (Beaucoup de chevaux; très peu d'ânes et mulets.) Saint- Eiiamc — Loire. Le nombre de solipèdes consom- més a été : en 1889 de 534 chevaux, 18 ânes et 10 mulets, en 1890 de G7G chevaux, 24 ânes et 10 mulets. A Saint- Etienne, la viande de cheval est employée en grande partie pour la confection des saucissons ; elle y est peu appréciée à l'état Irais. « La classe ouvrière, qui trouverait dans la viande de cheval, aux époques de crises industrielles, un ali- ment sain et à bon marché, éprouve de la répugnance pour rhii)pophagie en raison de certain préjugé aussi absurde que peu fondé, qui consiste à admettre comme article de foi que le cheval n'a pas de vessie, que par conséquent la chair a la saveur de l'urine (1). » Chose curieuse à noter, cette croyance erronée a aussi cours en certains endroits d'Italie, ainsi que nous rapi)rend M. I. Xosotti, vétérinaire-inspec- teur des abattoirs, autrefois à Pavie et actuellement à Rome (D). A Saint-Etieuue, il a été saisi, en 1890, 19 solipèdes im- propres à la consommation, dont 12 pour morve chronique et 1 pour morve aiguë. Le Havre — Seine- Laférieure (18). La première boucherie hippophagique a été ouverte le 4 octobre 1869. 11 y a actuel- (1) LabuUy. Service de l'Inspection des viandes de la ville de Saint- Etienne. Statistique annuelle 1890. Brochure. Saint-Etienne 1891. L'ÉTAT ACTUEL LE L'HIPPOPHAGIE EN EURÛfE. 9 lement quati-e boucheries de c]ieval(P' mars 189'2). La \iaiitle de cheval se vend aux prix suivants par demi-kilo : Filci, 1 franc ; lilfleclis, 60 centimes ; les autres morceaux, 40 cen- times; le saucisson de première qualité, 1 Ir. 50 et celui de deuxième qualité, 90 centimes. STATISTIQL ES CONSOMltATION. HIPPOPHAGIQUES. NOMBKE DE TÊTES ANNÉES. CHEVAUX. ANES. 1888 315 2 1889 390 2 1890 431 4 1891 482 6 SAISIES TOTALES. SAISIES TOTAEES NOMBRE DE TÊTES. ET PARTIELLES. CHEVAUX. POIDS NET. 8 13 10 6 2,125 kilos. 12,000 — 2,305 — 1,730 — La maison Sansinena, de Buenos-Ayres, qui importe des moutons réfrigérés de la Plata en France, amène en même temps au Havre de la viande de cheval congelée, qui est en- suite expédiée à des fabriques de saucissons de diverses lo- calités de la France. Depuis trois ou quatre ans cette viande chevaline réfrigérée n'est plus admise pour la consommation locale ; elle ne l'a du reste été antérieurement que pendant très peu de temps. Le chiffre considérable des saisies hippo- phagiques de 1889 est dû, pour la plus grande partie, à un envoi américain reconnu avarié au débarquement. Lille — Nord. En 1847 la viande de cheval se vendait déjà depuis plusieurs années à Lille, sans autorisation officielle, au prix de 12 centimes le kilo, lorsque le Conseil central dliygiène du Nord demanda qu'elle lut soumise à l'inspec- tion sanitaire (E). 11 a été consommé 900 chevaux en 1888 et autant en 1889 ; il y en a eu 10 de saisis en 1889 (1). Limoges — Hau.fe- Vienne (19). Le nombre des solipëdes consommés a été de 20 du 15 octobre au 31 décembre 18^9 et de 197 en 1890. C'est à partir du 15 octobre 1889 qu'un étal hippophagique a pu réussir à Limoges, grâce à l'éléva- tion du prix de la viande ordinaire. Avant cette époque plusieurs commerçants avaient tenté infructueusement de monter des boucheries chevalines ; après avoir tué 1 ou 2 chevaux demeurés invendus, ils avaient été obligés de (1) Yittu. Rapport au Maire sur l'abattoir de Lille en tSSO. Brochure iu-8. Lille 1890. 10 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUEES. fermer leurs établissements. C'est plutôt la classe demi- bourgeoise que la classe ouvrière qui mange du cheval . L07'ienf — MorljUian (20). Le nombre des chevaux con- sommés a été de 123 en 1888, 56 en 18^9, 64 en 1890 et 61 du 1*^'' janvier au 16 septembre 1891. Lyon —Rhfyne (21). Nombre de solipèdes consommés : TOTAL ANNÉIÎS. CHEVAUX. ANES. MULETS. DES SOLIPÈDES 1888 2,944 111 118 3,173 1889 2,733 110 85 2,928 1890 2.969 103 91 3,163 1891 2,608 117 91 2,816 Le nombre des solipèdes saisis a été de 110 en 1888, 108 en 1889 et 81 en 1890, en tout en trois ans 299 saisies totales dont 107 pour morve, 22 pour carcinose, 22 pour mélanose, 16 pour infection purulente, 33 i)our péritonite et pleurésie, 34 pour maigreur extrême, 46 pour fièvre générale et 19 pour mort natui'olle. Il y a eu en outre 2690 saisies partielles (abats et viscères) dans les trois années précédentes. Chaque cheval livré à la consommation iiaie un droit d'abatage de 8 francs. Au l^- janvier 1892, il y avait à Lyon seize étaux hippopha- giques tenus par douze bouchers. La viande de cheval se débite actuellement aux prix suivants par demi-kilo : Filet, 90 centimes. Cuisse, 40 centimes. Quartier de devant, 20 cen- times. Saucisson, 1 franc. Mézières — Ardennes (10). Une boucherie hippophagique s'est montée en 1889 et n'a duré que quelques années. Elle n'avait qu'un débit restreint et s'approvisionnait de chevaux abattus à Charleville. iMontargis — Loiret (22). Un équarrisseur des environs vient de temps à autre débiter de la viande de cheval à Montargis. Nancy — Meurthe-et-Moselle ('23}. Le premier cheval de boucherie fut vendu à Nancy le 15 mai 1866, sous les aus- pices de la société régionale d'Acclimatation du Nord-Est. La première boucherie hippophagique date de 1866 et la seconde du 15 septembre 1871. Les solipèdes de boucherie ne com- mencèrent à être inspectés régulièrement qu'en 1869. Au l'='' janvier 1892 il y avait onze étaux hii)i)Ophagiques tenus par huit bouchers. Le i)rix de la viande de cheval, excessivement L'ÉTAT ACTUEL LE L'IIIPPOPHAGIE EX EUROPE. 11 arbitraire, varie actuellement de 30 à 80 centimes le demi- kilo. Le nombre des solipèdes consommés a été : En ISGO 1870 IS7I /.S7» ISlô IS74 -/STJ" IS76 1877 1878 1870 1880 De 31 i 2S9 245 194 ITT 103 210 3GT 562 756 "705 691 En 1881 1882 i8S3 I88i ISS-ï 1886 1887 1888 188!) 1890 1891 De 610 793 1,041 954 1,149 1,337 1,329 1,280 1,340 1,561 1,194 Parmi les solipèdes consommés annuellement, on peut compter approximativement '20 ânes et 10 mulets ; le reste se compose de chevaux (1). JSevers — JSièvrc (24i. Le nombre des solipèdes con- sommés a été de : 36 chevaux et 10 ânes en 1889 ; 40 che- vaux et 13 ânes en 1890 ; 23 chevaux et 14 ânes dans le P'' trimestre de 1891. Nouzon — Ardcmies (lOi. La première boucherie de cheval s'est montée en 1883; il s'en est installé d'autres ensuite; il y en a eu jusqu'à cinq à la l'ois. Comme elles taisaient toutes de médiocres affaires, elles ont disparu actuellement et l'on ne tue i)lus de chevaux à Tabattoir de Nouzon. Depuis décembre 1891 un bouclier hippopliagique de Charleville va deux fois par semaine à Nouzon et y débite dans ces deux jours environ 100 kilos de viande fraîche et une certaine quantité de saucissons de cheval. Le nombre des chevaux abattus à Nouzon a été : En 1885 1884 188:i 1886 1887 1888 1889 1S90 1891 De 62 47 58 72 117 53 44 22 9 plus 15 ânes de 1883 à 188^ inclusivement. Pœr-is et banlieue — Dêparicmenl de la Seine. Les débuts de l'hippophagie sont beaucoup plus anciens qu'on ne le croit généralement. Ainsi M. le D'" Hector George rappelait der- nièrement qu'on avait été obligé de manger du cheval au (1) Les chiffres des anne'es 1873 à 1878 différent plus ou moins sensiblement de ceux figurant dans la 2'^ e'dition du Traité d'insvection des viandes, de M. L. Baillet, 1880, p. 632. 12 RKVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. siège de Paris par Henri IV (1). On ne doit pas s'étonner que cet essai forcé n'ait pas eu de suite, si l'on admet avec M. le mar(xuis de Cherville que le siège de Paris de 1870-1871 a plutôt retardé que favorisé la propagation de l'hippo- pliagie (2). La statistique agricole annuelle du Ministère de l'Agri- culture pour 1886, 1887, 1888, 1889 et 1890 donne sur le dé- partement de la Seine les renseignements suivants, auxquels nous ajoutons ceux de 1891 fournis par le Recueil de méde- cine vétérinaire (A*) : SOLIPÈDES LIVRÉS A LA. CONSOMMATION dans le département de la Seine à diverses époques. ANNEES. cuEVAtrx. ANES. MULETS. SOLiPÈDIiS. TOTAL EN VIANDE 188G 17,617 343 39 18,029 3,377,490 kilos. 1««7 15,958 204 38 16,200 3,529,430 — 1888 16.940 241 43 17,224 3,748,310 — 1889 17,948 196 31 18,175 3,965,180 — 1890 20,889 227 40 21,156 4,615,730 — 1891 21,231 275 61 21,567 4,697,990 — flj Le cheval de boucherie, lu Journal d'Agriculture pratique, Paris, 1891, t. II, n" 53, p. 941 ~ 1892, t. III, n" 14, p. 504. Le même auteur nous apprend qu'on mangea également du cheval au siège de Molz. par Charles Quint. Après avoir recommande l'alimentation des armées en campagne par la viande des chevaux tués à la guerre, il insiste non moins justement sur l'avantage qu'ont « les proprie'taires et les fermiers à consommer la chair des chevaux mis hors de service par accident... et les matelots, celle des chevaux tués ou blesses grave- ment, que jadis on jetait à la mer ». (2) On a prétendu que le siège avait favorise le développement de l'bippophagie ; nous croyons, au contraire, qu'il en a momentanément paralysé l'essor. Quand on a été' pendant cinq mois au régime exclusif du cheval, on est bien excusable de n'en pas avoir le fanatisme. Nous n'en sommes pas moins convaincu qu'elle est appele'e à faire une cer- taine ligure dans l'avenir ; le jour viendra où, au lieu de faire du vieux serviteur une bête martyre, en lui imposant un labeur que ses forces c'puisecs ne lui permettent pas d'accomplir, on le préparera par l'en- graissement, c'est-à-dire par quelques mois de repos et de bonne nourriture, au dénouement fatal auquel nul ici-bas ne peut se llatter (réchapper. Ce sera un bienfait, non seulement pour l'alimentation publique, qui trouvera dans cet appoint un utile renfort, mais pour l'animal lui-même, auquel il épargnera la longue et douloureuse agonie, que rcpre'sente la vieillesse du cheval. » [Les Bêtes en robe de chambre. Paris, 1890. Lei chevaux à Paris, p. 229 et 230.) L'ÉTAT ACTUEL DE L'HIPPOPHAGIE EX EUROPE. 13 Quelques-uns de ces chiffres offrent de légères différences avec ceux donnés dans les statistiques publiées par M. De- croix, et le Comité de la viande de cheval. SOLIPÈDES NON LIVRÉS A. LA. CONSOMMATION. ANNÉES. REFUSÉS SUR PIED. SAISIS APRÈS ABATAGE. 188G... 5 Chevaux, 1 Mulet. 295 Chevaux, S Anes, 1 Mulet. 1887... » >> 244 Chevaux, 1 Mulet. 1888... 9 Chevaux :107 Chevaux, 5 Anes. 1889. . . 38 Chevaux 372 Chevaux, 2 Anes, 2 Mulets. 1890 ... 8 Chevaux 394 Chevaux, 2 Ane.s. 1891 ... 21 Solipèdes 733 Solipèdes. Le nombre des étaux hippophagiques était de 108 an l-^'- juillet 1886 et au P-" janvier 1887; de 118 au P-- juillet 1887; de 127 au p-" janvier 1888 ; de 130 au l^^ juillet 1888 ; de 132 au P-" janvier et au l"'' juillet 1889 ; de 138 au P'' jan- vier et au P-- juillet 1890 ; de 180 au 1«'- janvier 1891 et de 184 au 31 décembre 1891. Les prix de la viande des solipèdes (sans distinction d'espèces) ont été établis de la façon suivante au demi-kilo : P filet, 1 fr., de 1886 à 1890 ; 2° faux-filet, 75 cen- times en 1886 et 1887 et 50 à 75 centimes en 1888, 1889 et 1890 ; 3« tranche et train clç côtes, 50 à 60 centimes en 1888 et 1889 et 40 à 60 centimes en 1890 ; hasse-viande, 10 à 20 cen- times en 1886, 10 à 15 centimes en 1887 et 20 à 30 centimes en lb'88, 1889 et 1890. Le poids en viande nette des solipèdes a été fixé en 1886 à 190 kilos par cheval, à 190 kilos par mu- let et à 50 kilos par âne ; en 1887, 1888, 1889, 1890 et 1891 à 220 kilos par cheval, à 220 kilos par mulet et à 50 kilos pav- ane (1). Dans son Rapport sur le service cVlnspection de la hou- clierie de Paris pour 1S90, p. 40, M. Villain nous apprend qu'il est sorti des abattoirs de Villejuif et de Pantin, pour la consommation publique, 20,771 chevaux, 242 ânes et 68 mu- (1) Le 28 fe'vrier 1892, un banquet hippophagique a eu lieu à Paris, chez Véfour, au Palais- Royal, en l'honneur de M. Decroix, le zélé propagateur de la consommation de la viande de cheval. Au dessert, les bienfaits de Thippophagie ont été' vantés dans des dis- cours prononces par MM. Decroix, Geoffroy Saint-Iîilaire, directeur du Jardin d'Acclimatation, et Pelvey, président de la Société protec- trice des animaux. [Pedi Journal, du mardi 1" mars 1892, n" 10658.) 14 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. lets. (A signaler une différence entre ces chiffres et les sta- tistiques hippophagiques du département de la Seine pour 1890 publiées par le Comité de la viande de cheval, 21,291 chevaux, 229 ânes, 40 mulets, représentant 4,015,830 kilos de viande). Il a été saisi après abatage 413 chevaux, dont 46 morveux, non compris les saisies partielles s'élevant à 13.118 kilos de viande. Ces chiffres de consommation donnés par M. Villain diffèrent un peu de ceux émanant du Minis- tère de VAgriculUire. D'après M. Villain, le préjugé contre la viande de cheval est toujours très fort à Paris. La classe pauvre n'en achète pas et les indigents dédaignent les bons hippophagiques des bureaux de bienfaisance. Les boucheries de cheval ont une clientèle assez restreinte, composée de petits rentiers, de commerçants nourrissant leurs emploj'és, d'établissements ayant des pensionnaires, de restaurants po- pulaires et aussi de ménagères économisant sur les repas à l'insu de leurs maris. En résumé, il y aurait « plus d'acheteurs discrets que d'amateurs ayant le courage d'acheter ouverte- ment ». On peut aussi compter, comme clients importants des abattoirs hippophagiques, les pharmaciens qui fabriquent des l)oudres nutritives avec la viande de cheval, ainsi que les propriétaires des ménageries ambulantes si nombreuses aux diverses foires et fêtes du département de la Seine. M. Vil- lain estime que les deux tiers de la viande des solipèdes abattus à Villejuif et à Pantin servent a fabriquer des sau- cissons destinés à être vendus un peu partout. « La viande hachée, ajoute-t-il, est même expédiée en province ; elle sert alors à faire des saucissons mélangés de bœuf et de porc, (lui nous reviennent ensuite sous les noms pom- peux de saucissons de Lyon, d'Arles et de Lorraine. » [A suivre). LES MIGRATIONS DES CANARDS et inductions à en tirer sur la mer libre du pôle Nord Par m. Gabrel ROGERON (1). Les migrations des Canards vers le sud sont de deux sortes. Les migrations régulières à époque fixe, à la fin de l'automne, et les migrations irrégulières à époques indéter- minées, dans le courant de l'iiiver. Les premières, les migrations régulières à époque fixe, ont lieu vers la fin d'octobre, ne variant que de peu de jours chaque année et ne tenant aucun compte de la température douce ou froide, mais seulement, d'ordinaire, de la direction du vent. Ces premières migrations semblent être absolument de long cours, par longues traites et s'étendre de l'extrême nord au centre du continent africain. Les Canards qui en font partie passent rapidement et s'arrêtent peu. Aussi font-ils souvent le désespoir des chasseurs qui connaissent bien ces sortes de canards et qui ne peuvent le plus souvent parvenir à les faire descendre, malgré toutes les séductions de leurs apjyelants. Quelquefois, blottis dans leur hutte, ils entendent à cette époque les sifflements des ailes de ces nombreux voyageurs une nuit entière sans pouvoir tirer un seul coup de fusil ; bien que ces malheureux oiseaux s'arrêtent trop encore, comme l'attestent les multitudes de leurs cadavres que leurs bandes sèment sur leur route, lesquels viennent grossir nos marchés sur leur long itinéraire. Et il m'est arrivé de revenir d'un voyage d'Italie à cette époque ; d'un bout à l'autre de la pé- ninsule, depuis Naples jusqu'à Gênes, les étalages des mar- chands de gibier regorgeaient de ces oiseaux. Les Canards sauvages proprement dits, les cols verts {Anas Bosclias) faisant partie de ces passages réguliers, sont aussi [1] Lecture faite au Congrès des sociétés savantes le 9 juin 1892. 'IG REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUEES. (l'une race plus pure, plus fine ; le coloris de leur plumage est également d'un plus vif éclat, preuve qu'ils viennent de régions inhabitées où leur espèce n'a pu être en contact avec notre race domestique. Ces migrations régulières, que rien n'explique puisqu'elles semblent se produire sans motif apparent, alors que ni le froid ni le manque de nourriture à cette époque ne sont en cause, pour lesquelles on ne peut pas même alléguer, comme chez certains oiseaux de passage, l'instinct migrateur de la race, car une partie d'entre eux n'émigre pas alors des con- trées du nord comme on va voir tout à l'heure, ces migra- tions régulières d'automne, dis-je , ne seraient-elles pas causées par les nuits des contrées polaires que ces oiseaux habiteraient ? On présume, en effet, que sous l'influence des courants d'eau chaude sous-marins, du gulf-stream, il existe une mer li])re au p(31e baignant des ])ays tempérés, des continents et des lies couverts de végétation. De liardis voyageurs, l'Amé- ricain Kane et ses compagnons en 18."34 ont même prétendu l'avoir découverte. Après avoir traversé d'immenses déserts de glace, ils auraient trouvé cette mer libre peuplée d'une innombrable multitude d'oiseaux d'eau, Mouettes, Canards, Oies sauvages, etc. Mais, néanmoins, quand même les rigueurs du froid ne se feraient jamais sentir dans ces régions i)olaires, (|u'on y Jouirait toujours de la plus agréable température, les longues nuits qui les enveloppent pour plusieurs mois, sont à elles seules un obstacle insurmontable au séjour continuel de ces oiseaux. 11 leur faudrait, à un moment donné, fuir ces ténè- bres menaçant de les envahir, et émigrer du cijté du jour et du sud, comme ils le feraient sous l'impulsion du froid. Aussi,, ces grandes migrations régulières des Canards ont-elles lieu vers la fin d'octobre et le commencement de mars pour le retour, époque coïncidant précisément avec celle où com- mence et finit la .nuit polaire. Les autres migrations de Canards sont, au contraire, irré- gulières, parce qu'elles coïncident avec les froids dont elles sont la conséquence. Quand les bulletins météorologiques annoncent une forte baisse de température dans le nord de l'Europe, on peut s'attendre à voir apparaître ces dernières. LES MIGRATIONS DES CANARDS. 17 et d'autant plus nombreuses que la zone de t'roid est plus étendue et surtout que celui-ci est plus intense. Car tous ne partent pas ensemble ; beaucoup ne déménagent qu'à la der- nière extrémité, et quand les cours d'eau qui se glacent ordi- nairement plus tard que les étangs et marais, sont également pris. De plus, ceux-là ne demandent pas mieux que d'émigrer le moins loin possible, de s'arrêter chez nous et d'y séjourner, s'ils le peuvent, ne semblant s'avancer qu'à regret vers le midi et seulement à mesure que ces contrées deviennent in- habitables à cause du froid, ou, ce qui est plus exact, au fur et à mesure de la congélation des eaux, car toute cette race peut supporter les plus basses températures sans inconvé- nient. De même, par contre, dès que le dégel est arrivé, et qu'un vent plus tiède vient à soutÏÏer du sud, sans prendre garde à l'époque oii on se trouve, la plupart d'entre eux ont hâte de regagner les régions du nord, quitte à revenir un peu plus tard nous rendre visite encore le même hiver si des froids nouveaux les y contraignent. Aussi, leurs allées et venues du nord au sud, nous semblent-elles un présage de froid ou de chaleur. Comme, en effet, la zone de froid gagne d'habi- tude de proche en proche, et qu'ils ont tout intérêt à la de- vancer de la puissance de leurs ailes, on aperçoit d'ordinaire leurs avant-gardes avant que le froid ne soit devenu rigou- reux. Quant au temps doux, c'est à tort qu'on se figure cette fois qu'ils l'annoncent. Ils le constatent seulement, puisqu'ils ne remontent vers le nord que lorsque le dégel est déjà arrivé dans le pays qu'ils traversent. Les Canards de cette seconde catégorie de voyageurs, de ces migrations d'hiver, sont d'ordinaire beaucoup moins dis- tingués de formes, plus épais, de couleurs plus ternes, et même un certain nombre sont plus ou moins chamarrés de blanc et d'une multitude de nuances appartenant à nos canards domestiques, mais étrangères à la livrée du véritable tj'pe; preuve évidente de rapprochements, de mésalliances avec les races domestiques, preuve également que leur patrie est voisine des lieux habités par l'homme. Et chose remar- quable, ce sont ces (]anards sauvages, si étrangement cha- marrés (il en est même de tout blancs), connus de nos chas- seurs d'Anjou sous le nom de Canes O'étangs, qui forment toujours l'arrière-garde de ces migrations d'hiver, car il faut Juillet 1892. 2 18 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUEES. des froids excessifs du nord pour que nous les voyions appa- raître chez nous. Il est donc à supposer qu'avec le sang- domestique qui, sans doute, coule plus ou moins dans les veines de ces derniers, joint à leur corps plus pesant, à leurs ailes moins robustes, il leur en coûte davantage pour prendre le parti de s'expatrier et qu'ils ne peuvent se résoudre à cette dernière extrémité qu'après que tous leurs congénères ont déjà quitté le pays. Le départ par les grands froids de ces Canards émigrant des contrées septentrionales pour gagner les nôtres, et ensuite celles du midi, s'il y a lieu, semble avoir la plus grande ana- logie avec celui de nos Canards de Maine-et-Loire, qui n'a- bandonnent, eux aussi, leurs étangs que lorsqu'ils sont glacés, pour gagner évidemment de même le sud. Les uns comme les autres sont atteints fréquemment d'albinisme, semblent à peu près sédentaires, en principe du moins, dans le pays qu'ils habitent, ne le quittant que sous l'impulsion du froid, avec cette diirérence seulement que, dans le nord, ils sont plus souvent forcés de se résoudre à cette extrémité, puisque les grands froids y sont plus rigoureux de même que plus fré- quents. Et ainsi de suite les migrations doivent être de moins en moins fréquentes en avançant vers les contrées méridio- nales oii, enlin, l'hiver finissant par ne plus jamais faire sentir ses rigueurs, les canards qui les habitent semblent ne plus devoir émigrer. On peut .donc induire de la différence de ces deux sortes de migrations , que la première, celle d'automne , périodique régulière (lin d'octobre) est formée de Canards venant di- rectement de la mer libre. Sinon, pourquoi, parmi tous ces Canards venant également du nord, les uns arrivent-ils à époque fixe, a^ec une régularité parfaite, indépendante de la température, tandis que les migrations des autres sont l'irré- gularité même et toujours soumises à l'impulsion d'un motif connu, le froid? Pourquoi cette apparente difierence de mœurs et d'habitude chez des oiseaux de même espèce et semblant venir des mêmes régions ? Une seule explication est donc, en effet, possible, c'est la mer libre (et cette mer n'aurait pas été découverte qu'il fau- drait la supposer), c'est que les Canards de la migration d'oc- tobre viennent de fuir la longue nuit de six mois, qui LES MIGRATIONS DES CANARDS. 19 l)récisément à cette époque vient de voiler leur pays pour jusqu'au retour du printemps. Quelle autre cause plausible aurait pu forcer à émigrer à époque fixe cette race si volon- tiers sédentaire, alors que le froid n'existe pas encore, et que leurs congénères n'émigreront que plus tard, peut-être même ]>as du tout, et seulement sous rimpulsion des froids les plus vifs •? D'ailleurs, si Kane a réellement vu cette multitude de Ca- nards et autres oiseaux aquatiques dont il fait mention, il ne peut en être autrement pour ces oiseaux ; car il ne leur reste aucun choix ; il leur faut émigrer sous peine d'être enve- loppés dans ces ténèbres. Et à quelles contrées iront-ils alors demander l'hospitalité, ces oiseaux habitués à une lumière sans fin, à cette longue journée d'une demi -année et à un soleil si chaud qu'il est capable, dit-on, de fondre le gou- dron? Ce ne peut être aux plus rapprochées, plus ou moins glacées, privées presque de soleil pendant l'hiver, et par là même si différentes de leur pays l'été. Ce ne serait d'ailleurs ([u'une installation désagréable et précaire, puisqu'il faudrait émigrer. de nouveau d'un instant à l'autre aux premiers froids plus rigoureux. N'est-il donc pas supposable, au contraire, qu'obligés de quitter leur pays pour une période longue et fixe, ils choisis- sent une contrée d'où ils ne risquent pas d'être dérangés par le froid, presque aussitôt arrivés, et oi^i ils retrouvent, sinon une journée de six mois, au moins de longs jours, le soleil, et un climat, malgré sa situation si différente, devant pré- senter une certaine analogie avec leur précédent, l'été. Mais pour rencontrer ce pays sans hiver, il faudra entreprendre un long voyage, s'installer sans doute, jusque dans l'Afrique cen- trale, ce qui, d'ailleurs, n'est pas fait pour les effrayer avec la puissance de leurs ailes, leurs savantes combinaisons de route fen ligne, en angle, où chaque membre de la troupe vient se reléguer pour fendre l'air) et le soin qu'ils ont de profiter du vent pour les aider dans leur marche vers le sud. Tandis que les autres Canards du nord, mais dont la patrie est en deçà de la région des nuits d'hiver perpétuelles, et qui par là même n'ont d'autre cause de migration que des froids momentanés, s'écartent le moins possible, et seulement vers la limite des fortes gelées afin de pouvoir rentrer chez eux dès la période de froid passée ; temps toujours relative- âO REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUEES. ment court et pouvant prendre fin à chaque instant. De plus, liabitués à habiter les pays froids ou tempérés, ils ne ressen- tent pas le besoin d'émigrer dans des pays différents des leurs. Ainsi plusieurs raisons semblent donc confirmer la théorie, que la première migration, celle d'octobre, nous \ient des régions entrevues, mais encore inconnues et inexplorées, du pôle. Ces raisons sont : l'instinct assez volontiers sédentaire des Canards qui ne les porte pas à se déplacer aussi loin sans motif; le lieu même où il est présumable qu'ils séjournent l'hiver; leur façon d'émigrer si différente de celle des autres Canards du nord qui ne le font que sous l'impulsion de la température la plus rigoureuse, tandis qu'eux nous arrivent avant que les froids sérieux aient envahi les régions du nord; les multitudes de Canards vus sur la mer libre qui doivent évidemment émigrer quelque part, quand celle-ci est cou- verte de ténèbres ; l'époque où ils arrivent qui est précisé- ment celle oii la nuit polaire commence ; enfin la pureté du plumage des cols-verts de cette première migration, semblant évidemment prouver qu'ils viennent de contrées où l'homme n'habite pas, puisque partout ailleurs, les mélanges avec les Faces domestiques influent plus ou moins sur leur coloration. VISITES FAITES AUX ÉTABLISSEMENTS D'AVICULTURE Par m. MAROIS ÉTABLISSEMENT DE M. POINTELET AVICULTEUR A LOUVECIENNES (sEINE-ET-OISe). L'établissement avicole de M. Pointelet est divisé en deux parties, situées à droite et à gauche de la première rue qui suit le 3^ pont du chemin de 1er, après la station de Louve- ciennes, ligne de Marly-le-Roi. Première partie à gauche. Grand jardin planté d'arbres fruitiers avec massifs de fleurs, clôture sur la rue par un mur bahut avec grille au- dessus, porte-grille à deux vantaux. Tout au pourtour, mur de clôture ordinaire. A droite en entrant, partie figurée au plan lettre B. Parquet en partie couvert en planches avec papier gou- dronné sur le dessus, au-devant volières en grillage, sol de la partie couverte, sable fin; le sol de la volière est recouvert avec du gravillon. Plantation d'arbres verts dans la volière. Les eaux du toit dans ce parquet et dans chacun des autres sont conduites par un tuyautage dans un puisard en pierre sèche, de sorte que les cabanes n'ont aucune humidité. Dans ce parquet, au fond, cabane contenant dans cette saison des Lapins et servant pendant la chasse et à la fermeture à re- miser momentanément les Lièvres et les Lapins destinés au repeuplement des chasses (M. Pointelet s'occupant beaucoup du commerce du gibier pour le repeuplement). Au-dessus de ces cabanes, 6 autres cabanes beaucoup plus grandes pou- vant servir à mettre des volailles ou faisans. Les dites ca- banes sont en bois avec portes en fer rond, grillagées. Grand coffre à grains pour la nourriture des volailles. Races de volailles, Lapins, Canards, Pigeons dans ce parquet. 22 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUEES. 1 co(i race Langslian ; 4 poules ; 1 Canard race de Pékin ; 3 canes ; Lapins Angora et Japonais ; Pigeons Montauban variés. Les perchoirs sont en bois ronds d'assez forte dimension ; les pondoirs sont en bois avec paille dans l'intérieur ; les nids à pigeons sont en plâtre. A gauche en entrant, 16 parquets figure C. Détail d'un pour tous : Partie couverte de 4'", 50 de lon- gueur sur 3"\00 de largeur et 2'", 25 réduits de hauteur; sur le devant volière grillagée en tous sens de 2"\50 de longueur sur 3"\00 de largeur et 1"\90 réduits de hauteur. Sol, couverture, perchoirs, pondoirs comme le parquet B. Touffe d'arbre vert dans la volière et de plus un perchoir en bois comme pour les perroquets, mais avec plusieurs tra- verses horizontales en bois. Pour les pigeons, les nids sont adossés à la panne longeant les parquets. Les seize parquets sont semblables. Dans quelques-uns , cabanes en bois à pigeons et à lapins avec i)ortes en grillage ou en fil de l'er. L'ouverture de ces parquets est intérieu- rement ; la raison est celle-ci : lorsque ces parquets sont occupés par du gibier, il y a moins de danger à en laisser échapper qu'avec une jtorte de communication extérieure à chaque parquet; c'est pour cela que le 1'='' et le 16« parquets ne sont pas destinés à recevoir le gibier. ler parquet : 1 coq race du Mans ; 4 poules, Pigeons Bou- lants et Tunisiens. 2" parquet : 1 coq race Hambourg argenté ; 3 Poules ; Pi- geons Tumblers, Blondinettes, Satinettes, Faisans dorés, (volière en bois sous la )>artie couverte avec bandeaux en 1er). 3^ parquet : 1 coq race de la Flèche ; 5 poules ; Pigeons Brésiliens, Polonais rouges (volière comme ci-dessus), Faisans de Mongolie. 4« parquet : un coq race Coucou de Rennes ; 3 poules ; Pi- geons Boulants et Capucins. Cabanes pour couveuses en bois avec portes grillagées. Faisans Indiens. 5° parquet : 1 coq race Dorking argenté ; 'A [loules ; Pigeons Mondains, Tunisiens, Blancs à queue noire, cabanes à lapins, en bois avec portes grillagées. Faisans de Mongolie. 6«= parquet : 1 coq de Crèvecœur noir ; 2 poules. Collection de Pigeons Carriers, cabane à lapins. Faisans panachés. ; s;:"\:SfeMk,..^>^É M ^ N-»^^^è«^ ^e#^. - ' .','-' A mm?- '-I r:z3: '--j n f -] ^ -i ■ \ j m ... y|mmy^^^^M.'^wy^m| 12 TL p^^^^s:^ ^ j?- ra CF ^ d — ^ + ^ Lj T--^- H- I 1 n-i — I r^ jlwc ■ 1 V Établissement d'aviculture de M. Pointelet. 24 REVUE LES SCIENCES NATURELLES- APPLIQUÉES. 7° parquet : 1 coq race de la Flèche ; 5 poules, Pigeons étourneaux ; Faisans de Bohème ; dans une cabane sous partie couA^erte : un coq Courtes-pattes. S'^ parquet: 1 coq, race Bresse, noire; 3 i)Ou]es, Pigeons, poules et bouvreuils d'Arkhangel ; Faisans versicolores. 9« parquet : 1 coq, race de Houdan ; 5 poules, Pigeons Tu- nisiens, Faisan Indien. > 10<' parquet : 1 coq, race de Courtes-pattes; 3 poules; Pigeons Gazzi de Modène. 11" parquet: 1 coq race Cochinchine lauvc ; 4 poules; Pigeons Romains bleu et pies. 12" parquet : Apiculture; 10 ruches en travail. 13^ parquet : 1 coq race Padoue hollandais, huppe blanche ; Pigeons Tambours de Dresde et Mondains rouges. 14° parquet : Parquet de Coqs de diverses races ; Pigeons Mondains et Tunisiens blancs. 15» i)arquet : 1 coq, race Houdan ; 1 poule ; Pigeons Tuni- siens bleus et Mondain : Faisans Isabelle. IG" parquet : Poules diverses ; Pigeons Mondains. Parquet marqué A contre mur du Tond : le parquet, destiné à l'élevage, est tout en planches avec grillage sur le devant ; couverture en bois avec ])apier goudronné sur le dessus. Dans ce parquet : cabanes à lapins servant dans la saison à recevoir lièvres et lapins en grande quantité. Dans cette saison, ces cabanes sont occupées par des poules couveuses. La litière des cabanes des couveuses est composée de loin, l)réservatir contre les poux et autres insectes. Ce parquet est actuellement occupé par 2 coqs, race Pa- doue argentés, 3 poules ; Pigeons, Poules ou Maltais. A signaler comme' beaux types dans ces parquets, les Langshan, Padoue argentés. Courtes-pattes, la FlC-che et les Pigeons en général, dont les nids sont occupés par des jeunes ou des œul's. Au-devant de ces volières, beau jardin planté d'arbres Iruitiers. Deuxième partie à droite de la rue. (Grande volière marquée F.) . Deux parties couvertes en tuile de Bourgogne sur le dessus, la partie contre le mur de clôture sur rue sert d'abri VISITES AUX ÉTABLISSEMENTS D'AVICULTURE. 9;^ pour les pigeons, paons, canards, oies. La partie au fond, divisée en deux, sert : le haut pour magasin d'emballage, le bas pour les volailles et poulailler. Entre ces deux parties couvertes, partie grillagée sur le devant et le dessus. A l'en- trée, contre le mur sur rue, petit magasin. Le sol de cette volière est en partie pavé et sablé en gravier. Sous la par- tie couverte au fond, le sol est recouvert de sable fin sur une épaisseur de 0'",20. Cabanes à lapins et lièvres, cabanes à pigeons, etc. Dans cette volière : Oies de Toulouse, Canards de Rouen, Mandarins, Carolins. 1 coq race Dorking argenté, 4 poules, Paons, Pigeons divers. A citer de très beaux Queue-de- Paon blancs, Lapins Béliers, Angora, Géant des Flandres, Argentés. Ce parquet est remarquable par les oiseaux le composant. Au fond de la cour, 4 volières contenant des oiseaux du Sénégal , des Perruches , des Pigeons Queue-de-Paon blancs. Polonais, Bouvreuils. Dans la cour, cabanes â pi- geons, marquées E, au nombre de 4. Ces cabanes sont en bois ; elles sont â 3 compartiments, recouverts sur le dessus en bois, avec partie fermée en bois à chaque compartiment et volière grillagée sur le devant. Dans la !■■« cabane : Pigeons Carriers très beaux ; dans la 2e cabane ; Capucins noirs, Queue-de-Paon, Poules ou Mal- tais ; dans la 3° cabane : Pigeons Tambour de Dresde; dans la 4" cabane : Pigeons Montauban divers. Dans la cour, en liberté : le superbe lot de Langshan, prix d'honneur du concours général de Paris en 1892 (éle- vage spécial de M. Pointelet). Dans un jardin, en dehors de l'établissement : remise pour les paniers, boîtes d'envoi pour le gibier : cerfs, chevreuils, lièvres, lapins, faisans. Un lot de Dindons, prix d'honneur du Jardin d'acclimatation en 1892. Isourritiire des animaux. — Volailles : maïs, sarrasin, blé. Pendant la ponte, du chémoise. Pigeons : blé, maïs, sarrasin, millet. Lapins : avoine, luzerne, carottes. Deux fois par semaine du son mouillé. Emploi de couveuses ordinaires ; pas de couveuses arti- ficielles. Les boîtes d'élevage en bois pour les volailles et gibier, 26 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. système Pointelet, sont remarquables. La boîte est divisée en trois parties, la première pour la poule, à la suite un compar- timent pour la sortie des poussins : cette partie est vitrée. Sur le dessus, couverture mobile en bois s'enlevant à volonté pour couvrir la boîte en cas de pluie et pendant la nuit. La boîte a comme dimensions l'",25 de longueur, sur 0'",40 de lar- geur et 0'",40 de hauteur. Le compartiment pour la mère a 0"\45 sur 0'",40 et 0'n,50 de hauteur. Cette boite est portative et se déplace à volonté. A voir aussi, dans la remise du jar- din, en dehors de l'établissement, les boîtes servant à l'em- ballage des envois de gibier : cerfs, chevreuils, faisans, lièvres, perdreaux. Ces boîtes sont très bien faites et d'une grande commodité ; avec le système Pointelet, la perte est nulle. Au rez-de-chaussée delà maison d'habitation, se trouve le bureau, salon de réception de M. Pointelet. Les murs sont recouverts de massacres de cerfs, chevreuils, daims, plu- sieurs sujets naturalisés de faisans, perdreaux, volailles. Dans une vitrine sont exposées les récompenses obtenues : Prix d"honneur de la reine du Danemark, ministre du Danemark, Société de Rosemberg, concours régionaux de Chàteauroux, Versailles, Comice de Seine-et-Oise, Jardin d'Acclimatation, médaille d'or à l'Exposition universelle de LS89. Concours français et étrangers : Médailles or, argent, vermeil, bronze, au nombre de 548. A la i)lace d'honneur, contre le mur à gauche, en entrant, le magnifique prix d'honneur du Concours général de Paris en 1892. La maison Pointelet a été fondée par son propriétaire ac- tuel en 1881. Elle est dirigée par M. Pointelet, assisté de M"'^ et M"« Pointelet, qui, j'ose le dire, apportent un dévoue- ment spécial dans les soins à donner aux animaux, ce qui contribue à augmenter chaque jour le développement de leur maison. La réception que l'on y trouve est charmante : on est toujours sûr de recevoir un bon accueil et des rensei- gnements précieux au point de vue pratique. Cette maison est digne d'être visitée pour la bonne tenue, la régularité et les espèces diverses de volailles, pigeons, oies, dindons, lapins et gibiers, composant les éléments de cet établissement. L'OLIVIER SON AVENIR, SES PRINCIPAUX ENNEMIS, MOYENS DE DESTRUCTION Par m. DECAUX, Membre de la Sociélé entomologique de France. fSUITE * ) Insectes s"attaquant a l'Olive. Dacus olete Meig. Mœurs et destruction. — De tous les ennemis de l'Olivier, la Mouche ou Keïron, appelée scientifiquement Daçus oleœ est celui qui, depuis plus de cent ans, préoccupe le plus vive- ment les cultivateurs. Un nombre considérable de publica- tions (plus de soixante) sur ses mœurs et les moyens de le détruire ont été faites par de savants observateurs : cepen- dant aujourd'hui, comme il y a un siècle, ce moucheron, cette ridicule bestiole, longue de cinq millimètres, continue à détruire les 2/5 de la valeur de cette riche production. Pour notre étude, en plus de nos observations personnelles poursuivies sans relâche depuis 1862, en France et en Es- pagne, nous avons utilisé les travaux des savants auteurs qui nous ont précédé (1). Notre intention en écrivant ces pages est de prouver qu'avec certaines précautions, il serait facile, sinon de faire complètement disparaître le Dacus oleœ, du moins d'en atténuer considérablement les ravages. Le Dacus oleœ (Meig.) est un insecte de la famille des Athéricères, tribu des Muscides {Fig. /). Cette Mouche élégante, moins grosse que notre Mouche commune (5 millimètres) est d'un gris cendré sur le dos, la tète d'un jaune-orange, porte deux antennes à palette , ayant chacune à leur base un petit poil, plus long que les antennes, (■*) Voyez Revue, année 1892, 1*' semestre, p. 375. [1) Voir Index hibliofjraphique. 28 RKVUE LES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. les yeux verts et le Iront jaune marqué de deux points noirs ; son corselet est orné de quatre taches d'un jaune pâle, les jambes et les pieds jaunâtres ; les ailes, au nombre de deux, sont transparentes, irisées ; abdomen ovale\ noirâtre avec une bande longitudinale jaune à son milieu ; la tarière ou l'oviducte des femelles est également noir; ses mouvements sont brusques et saccadés. La larve de forme conique est molle, apode, sa longueur est de 6 millimè- tres, sa couleur est ])lanc-jaunâtre; la t(He [)ortedeux cro- chets noirâtres qui lui servent à ronger la i>ulpe de l'olive. La chrysalide en forme de barillet de 4 millimètres n'est que la peau de la larve durcie, elle est d'un ovale parfait et jaunâtre avec la ligne des anneaux légèrement plus foncée. Ponte : Vers le 15 juillet lorsque les ohves sont formées ; la femelle du Dacus étant fécondée, commence par explorer une olive de tous côtés, en la touchant avec ses petites an- tennes et avec sa trompe pour voir si d'autres mouches n'ont ]tas déjà pondu sur le fi-uit et pour juger s'il offrira à sa pos- térité toutes les conditions désirables d'existence. Pour pondre elle rapproche ses pattes de devant de celles de der- rière, élève ainsi son dos, courbe son ventre en dessous et porte son oviducte verticalement sur la peau du fruit. On la voit alors faire des efforts pour percer la peau de l'olive avec sa tarière , et elle est tellement absorbée par ce travail l)énible, qu'on peut s'en approcher et assister à cette opéra- tion. Tout à coup la mouche est saisie d'un frémissement général, ses ailes qu'elle a tenues étendues jusqu'ici , sont agitées comme si l'insecte volait, c'est le moment de la lîonte. Enfin tout se calme, l'oviducte est retiré, la mouche reste un instant immobile comme si elle était épuisée par les efforts qu'elle vient de faire ; on la voit enfin se ranimer sous l'in- Fiij. I. — Le Dacus olea; l'cmeîlo, qui (iépose ses œufs dans l'Olive. L'OLIVIER, SES ENNEMIS 29 lluence du soleil, elle s'envole, va chercher une autre Olive afin d'y déposer un autre œuf, jusqu'à ce qu'elle ait placé ainsi sur autant de fruits, les trois cents œufs qu'elle pond, au dire des savants les plus compétents et confirmé par des observations anatomiques. Quelquefois lorsque la récolte n'a pas été très abondante, on trouve jusqu'à trois ou quatre dépouilles dans la même Olive ; mais si la récolte est abondante, le plus souvent, on ne trouve qu'une seule larve par Olive. La mouche commence toujours son funeste travail dans les sites les 'plus abrités, les plus chauds, vers les parties de l'arbre les plus exposées au soleil, et particulièrement sur les Oliviers chétifs qui ont des Olives en petit nombre et par cela même plus aA'ancées dans leur maturité. Au contraire, les Oliviers vi^ioureux, chargés de fruit, sont en général les der- niers à être attaqués par la mouche. Par une température convenable, il faut environ quinze à seize jours pour que les larves aient acquis toute leur crois- sance. Alors leur peau se contracte, leur corps diminue de longueur et se transforme en une coque ovalaire nommée pupe ; vue à la loupe cette pupe présente du coté de la tête une fine suture qui marque une calotte soudée seulement, et que la mouche en éclosant pourra faire sauter, en poussant un peu avec la tête. Douze à quinze jours après la métamorphose en chrysalide, la mouche éclot ; il lui a donc fallu vingt-sept à trente jours, depuis le moment où l'œuf a été pondu. On voit que cette espèce peut se reproduire chaque mois et donner deux ou trois générations de fin juillet à octobre. Que deviennent les larves provenant de la ponte de fin .septembre et même des premiers jours d'octobre ? Cette question a donné lieu à bien des explications di- verses, qui peuvent être toutes justes, selon le moment et la température où l'observation a été faite. Selon nos observations souvent répétées en France et en Espagne, voici ce qui se passe : Lorsque vers le 15 octobre la température descend et tend à se rapprocher de 10 degrés centigrades, par un instinct de prévoyance et de conservation, les larves arrivées à toute leur croissance quittent l'Olive pendante, se laissent glisser à terre (pendant la nuit ou par un temps sans soleil), y pénè- 30 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. trent, se changent en pupe et y demeurent jusqu'au prin- temps suivant. Aussitôt que la température ne dépasse plus 10 degrés centigrades, les œufs et les jeunes larves restent engourdis dans l'olive pendante, cessent de manger et de croître. Ce sont celles-ci que l'on trouve dans les tas d'olives mises en magasins après la cueillette, et que l'on voit sortir pour se métamorphoser à la laveur de la chaleur dégagée par la fermentation. Normalement, pendant la saison de juillet à octohre, la mé- tamorphose du Dacus se fait dans l'olive pendante. On peut s'assurer de cette règle générale, en ouvrant les olives per- cées de cette catégorie, qui contiennent toujours la pupe avec la calote ouverte. Quelle que soit l'époque, si une olive un peu mûre tombe, ce qui arrive souvent quand elle est rongée par le ver du Dacus, la larve continue à manger jusqu'à son entier déve- loppement et sort du fruit pour se métamorphoser en terre. Il en est de même pour la larve provenant de l'œuf non éclos au moment de la chute, qui continue à se nourrir et quitte rolive pour se transformer en terre. Mais si l'olive tombe lorsqu'elle est encore verte, peu charnue et coriace, la larve meurt, à moins qu'elle ne soit arrivée au moment de se transformer, dans ce cas elle sort du fruit et entre en terre pour se chrysalider. Si la Mouche née à la fin de septembre ou au commence- ment d'octobre est surprise par un abaissement de tempéra- ture à 10 degrés centigrades, elle ne s'accouple pas, ou, si elle est fécondée, ne pond pas, elle cherche un abri dans le creux des arbres, sous les écorces, etc., pour y passer l'hiver. Ce sont ces dernières qui se réveillent en avril et pondent sur les olives oubliées, ou, ce qui est plus grave, celles sorties des olives pas encore récoltées. Cette première ponte est désastreuse pour la nouvelle récolte ; elle multiplie le nombre des femelles de celle-ci par les 300 œufs que chacune confie aux anciennes olives, et lorsque arrive la fin de juillet ces premières éclosions renforcées par les Dacus qui se sont transformés en terre se répandent sur les nouvelles olives et ont bientôt anéanti la récolte. Dans ce cas particulier, il faut suivre le conseil donné par Guérin-Méneville en 1841, c'est-à-dire récolter hâtivement; L'OLIVIER, SES EXXEMIS. 31 il est démontré que, dans le.s années du ver, les olives mû- rissent beaucoup plus tôt, et les détriter le plus vite possible pour détruire les larves qu'elles contiennent. Ce savant a fait plusieurs expériences près de Toulon, qui démontrent que 16 doubles décalitres d'olives avaient donné, jusqu'au 12 octobre, 33 à 34 litres d'une liuile de médiocre qualité, mais que, passé cette époque et jusqu'au 21 octobre, la même mesure ne donnait plus que 13 à 16 litres de la plus mauvaise huile. Plus tard, le résultat était tellement minime et de si mauvaise qualité, qu'on avait renoncé à porter les olives au moulin. Toujours les olives récoltées les premières dès le 1^'" oc- tobre, ont donné plus que celles qui avaient attendu l'é- poque habituelle de la récolte. Cette récolte de 33 à 34 litres d'une huile médiocre est loin du résultat obtenu dans les bonnes années (de 60 à 80 litres), mieux vaut cependant une demi-récolte, que de n'avoir rien, surtout quand ce procédé a encore l'avantage de faire périr une grande partie des vers destinés à perpétuer cette race nuisible. Nous avons eu souvent occasion de remarquer, et de nom- breux cultivateurs sérieux l'avaient fait avant nous, que les oliviers récoltés en automne, ou qui pour causes clima- tériques ne conservent pas le fruit dans cette saison, se char- gent de fleurs et de fruits l'année suivante. Nous pourrions citer comme exemple l'arrondissement d'Aix, où la cueillette se fait en novembre, les récoltes ont lieu presque régulière- ment tous les ans. Quelques personnes croient que la Mouche vient de la putréfaction des résidus que les moulins de recense laissent entassés dans leur voisinage ; c'est une erreur qui a été démontrée par de nombreuses expériences faites par M. Gi- mon en 1859. De quoi vit le Dacus oleœ ? En s'appuyant sur ce que l'on connaît de la manière de vivre des mouches en général, on s'aperçoit que, lorsqu'elles sont arrivées à leur état parfait, elles ne se nourrissent plus des mêmes aliments qui servent à les développer lorsqu'elles sont à l'état de larves et que toutes recherchent les matières sucrées . La Mouche de l'Olive suit la même règle, à l'état libre, elle suce la gomme-résine qui découle des oliviers, le suc des 32 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. fleurs, des fruits mûrs sucrés, jamais de l'olive; peut-être bien des sécrétions des pucerons et cochenilles de l'Olirier ? D'après A. Peragallo, elle recherche les matières excré- mentielles et elle suce les larves mortes de ses semblables ; nous n'avons pu confirmer ces observations. Cauvin rapporte qu'il a pu conserver en captivité des Dacus pendant huit à dix mois, en leur donnant du miel et des raisins secs écrasés. A. Peragallo préconise, comme moyen de destruction, de faire usage des liquides de M. Bertrand, suspendus au milieu des arbres, ou de tout autre liquide sucré, visqueux et aro- matisé ; des ficelles miellées tendues entre les branches, oii les Mouches viendraient s'engluer. Nous avons expérimenté ces conseils, les vases dont nous nous sommes servis, ont englué quelques papillons, dont il sera parlé plus tard ; et à peine deux ou trois mouches par vase dans l'espace d'une semaine du mois d'août. Les ficelles se sont desséchées et n'ont rien détruit. Norbert BonaCous a lait une série d'expériences, que nous avons refaites avec le plus grand soin, vu l'importance qu'elles peuvent avoir pour la destruction du Dacus au mois d'avril surtout. Nous laisserons parler M. Bonafous : « En octobre 1859, j'ai retiré d'olives véreuses un certain » nombre de chrysalides ; j'en ai fait trois parts, et les ai intro- » duites dans trois verres difierents, que j'ai ensuite recou- » verts d'une toile en canevas. J'ai obtenu dans chaque verre » des Mouches, que j'ai traitées de la manière suivante : » Sous la toile du verre n" 1, j'ai déposé quelques gouttes » de miel. Les Mouches se sont appi'ochées du miel et en ont » sucé avec avidité ; huit jours après, elles sont vigoureuses >y et promettent de vivre aussi longtemps que je leur four- » nirai du miel et de la chaleur. » Sous la toile du verre n° 2, j'ai exprimé le jus d'une .) olive. Les Mouches n'ont pas touché au jus d'olive et sont » mortes de faim, le ventre desséché, six jours après leur » naissance. » Et sous la toile du verre n" 3, j'ai versé quelques gouttes v> de miel, mélangé avec du Cobalt en poudre. Les Mouches » se sont approchées du cobalt emmiellé, en ont mangé, et » sont toutes mortes, les unes le même jour, les autres le » lendemain. >> L'OLIVIER, SES EXXEMIS. 33 Dans les expériences que nous avons faites avec 20 à 25 mouches par bocal, le jus d'olive exprimé chaque jour n'a pas empêché toutes les Mouches de mourir de faim, entre le cinquième et le septième jour. Dans le bocal où nous avions déposé du miel additionné de 1 p. •'jo d'acide arsénieux, les Mouches en ont mangé et sont toutes mortes entre la quatrième et la quinzième heure. Nous avons tenté l'expérience à l'air libre, en plaçant dans un olivier bien abrité du vent, et exposé au soleil, un vase plat contenant un peu de miel arsénieux, nous avons vu des Mouches s'en repaître, une seule est morte sur place, les autres se sont envolées ; il est présumable qu'elles seront mortes quelques heures plus tard ? Ces expériences établissent d'une manière certaine que l'on pourrait détruire un bon nombre de Dacus de cette façon. C'est surtout contre les mouches qui se réveillent au mois d'avril et qui doivent former la première génération, que ce procédé doit être employé. Nous rappellerons qu'une femelle détruite à cette époque diminue (eu théorie), la deuxième génération de 300 fois 300 individus, soit 90,000 Mouches, qui à la troisième génération donneraient 27 millions de Dacus. Heureusement qu'en réalité, il n'en est pas ainsi, les oiseaux et autres ennemis du Dacus réduisent ce nombre dans de grandes proportions. Cependant on peut estimer que cette femelle sera cause de la perte de plusieurs milliers d'olives ? Il ne nous a pas été possible de nous assurer si des oiseaux ont été incommodés, pour avoir mangé des mouches ayant sucé le miel arsénieux. Si, contrairement à nos prévisions, on s'aperçoit que la faible quantité d'acide arsénieux absorbé par les Mouches offre des dangers pour la vie de ces défen- seurs de nos plantations agricoles, nous espérons que nos savaTits chimistes découvriront un toxique mortel pour les mouches et inoffensif pour les oiseaux qui les mangeraient. Dans les années de grandes récoltes, les moulins manquant pour détriter les olives au fur et à mesure de la cueillette, on a la fâcheuse habitude de les entasser dans des chambres ou des greniers ; la fermentation amène une chaleur assez forte pour ranimer les larves de Dacus, qui ne tardent pas à sortir de l'olive pour se chrysahder dans la crasse. Nous ne saurions trop recommander de changer les tas d'olives de place chaque jour, de recueillir avec soin les balayures et de les brûler. r. Juillet 1892. 3 34 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. En se conformant strictement à cette recommandation, on diminuera la fermentation et les chances de moisissures, en outre on détruira une quantité considérable de pupes, qui ne tarderaient pas à se transformer en mouches, qui profite- raient du premier beau jour pour s'échapper au dehors. M. Boyer de Fonscolombe propose, pour détruire les vers et les mouches, de tenir fermé le local où sont entassées les olives, d'y mettre des rouges-gorges, des bergeronnettes, des mésanges ; ces oiseaux, qui recherchent volontiers nos habi- tations pendant l'hiver, se nourrissent d'insectes et feront la chasse au Dacns oleœ. Ce conseil est-il d'une application facile? Nous lui préférous le procédé qui précède, qui diminue la fermentation et la moisissure, tout en détruisant un grand nombre de pupes. En répondant à la question que deviennent les larves de Dacns, provenant de la ponte du commencement d'octobre, nous avons vu qu'en plusieurs circonstances, un certain nombre de larves pouvaient se transformer en terre en tous temps, et que la ponte d'automne fournissait plus parti- culièrement un assez grand nombre de larves, qui passent l'hiver en terre, sous la forme de pupe. Nous })ensons qu'il serait possible de détruire le plus grand nombre possible de ces mouches, devant servir à former une des souches de la première génération, i)bui- l'année sui- vante : 1° En labourant légèrement à la main, afin de ne pas blesser le chevelu de l'arbre (le plus souvent possible), la terre sous les Oliviers, en été et surtout en décembre, janvier et février, de façon à ramener les pupes à la surface du sol, où elles seront dévorées par les oiseaux ou détruites par les intempéries ; 2'' En semant sous les arbres, après le labour du printemps, un mélange par parties égales de suie de cheminée et de cendres de bois, qu'on pourra renouveler vers le 15 sep- tembre. Ce procédé est basé sur les nombreuses observations faites par nous, particulièrement contre la larve d'un Diptère voisin du Dacus, la Pegomija hyoscyami, qui mine les feuilles de la betterave à sucre, et sur diverses clienilles se transformant en terre, qui ont démontré que toutes larves enveloppées par ce mélange sont prises de convulsions, et ne tardent pas L'OLIVIER, SES ENNEMIS. 35 à périr. Or, pour entrer en terre, les larves doivent traverser d'abord la légère couche de suie et cendres et périront pour la plus grande partie. .3° En employant de préférence des chiffons de laine, im- prégnés de pétrole comme engrais. 11 nous a été démontré par des expériences répétées pen- dant trois années, sur plus de cent hectares de récoltes di- verses : betteraves, céréales, etc., que les chiffons pétroles conservent leur pouvoir antiseptique pendant plusieurs an- nées, et que les larves souterraines d'insectes ne pouvaient pas vivre dans son voisinage. La nature toujours prévoyante a créé plusieurs parasilcs qui dévorent la larve du Dacus, dans l'intérieur de l'Olive et qu'il ne faut pas détruire. Euloplius %)Cctinicornis (Latrkille.) [Fig. 2.) Longueur 3 millimètres, d'un beau vert métallique, avec les cuisses de même couleur et les tibias jaunâtres ; les quatre ailes sont diaphanes. Cet Hyménoptère, de la famille des Chalcidites, a été signalé, en 1880, par M. Laugier, directeur de la station agronomique de Nice. Il dépose un œuf dans l'O- liA^e habitée par le Dacus, quelques jours après, il naît une petite larve, qui s'attache à celle du Dacus et la dévore ; lorsqu'elle a acquis tout son Fig. ». — UEulophus pecti- développement, elle se transforme en 'licomis lemeiie, parasite nymphe d un non' luisant et sort in- secte parfait pour procéder à une nouvelle génération. Les espèces suivantes ont été obtenues d'éclosion par A. Peragallo en 1882, elles vivent généralement aux dépens de la larve du Dacus. Eurytoma ... ? Ce Chalcidien de 3 à 4 millimètres de long est d'un noir mat, avec les pattes de derrière blanchâtres, les 4 ailes sont diaphanes . 36 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUEES. Ephialtes cUvinator (Gravenson). Cet Ichneumonide. de 10 millimètres de long, a le corselet rougeàtre, l'abdomen noirâtre sur le dessus et blanchâtre sur les C(3tés, Nous pensons qu'il serait possible d'élever et propager (comme nous l'avons fait) ces précieux parasites; il suffirait de recueillir les balayures contenant les pitpcs trouvées dans les tas d'Olives en magasin, de verser le tout dans un grand baquet recouvert d'une toile quelconque ; après quelques jours, on obtiendrait l'éclosion des parasites et des Dacus. En levant la toile le soir (éclairé d'une lanterne), il serait facile d'écraser le Dacvs avec les doigts et de donner la liberté aux parasites accrochés à la toile. Cette opération, qui ne nécessite que quelques soins, doit être renouvelée tous les deux ou trois jours, jusqu'à ce qu'il n'y ait plus d'éclo- sion de parasites, puis on jette les balayures au feu. Mais ce que nous devons protéger avant tout, ce sont les petits oiseaux insectivores, qui détruisent, chaque jour, un nombre considérable de Dacus et de Chenilles, et autres in- sectes nuisibles à l'Olivier. Nous })ensons qu'il serait possible d'attirer un certain nombre de ces oiseaux, en plaçant des nichoirs artificiels dans les Oliviers où les Mésanges, Rouges- queues, etc., viendraient établir leurs nids. Nous avons eu occasion d'observer un nid de Mésange charlionnière ayant 6 petits, le père et la mère ont apporté chacun 12 à 13 becquées par heure, soit 300 insectes par jour pour les petits et en comptant 150 à 200 pour la nourri- ture des parents on peut estimer la destruction à 400 ou 500 Dacus et autres larves ; les petits se sont envolés le quinzième jour et ont continué à être nourris par les parents pendant cinq jours, ce qui porte à environ dix mille insectes détruits par une seule couvée en vingt jours. La Mésange fait ordi- nairement trois couvées par an. [A suivre.) II. EXTRAITS DES PROCÈS -VERBAUX DES SÉANCES DE LA SOCIÉTÉ. SÉANCE GÉNÉRALE DU 20 MAI 1892. PRÉSIDENCE DE M. A. GEOFFROY SAINT-IIILAIRE, PRÉSIDENT. Le procès- verbal de la séance précédente est lu et adopté. M. le Président proclame les noms des membres récem- ment admis par le Conseil : MM. PRÉSENTATEURS. !A. Geoffroy Saint-Hilaire. P -\m. Pichot. Raveret-Wattei. [ J. de Claybrookc. Gâté (Henri), propriétaire, à la Ville- ^ ^ «Pnff.nv Snint- Houx, à Sainl-Servan. / A. Geoffroy Saint-Hilaire. Vigour. Gouyon-Beaufort (le vicomte de], au l J. de Claybrookc. château de Beaufort, à Plerguer (lUe-et- j A. Geoffroy Saint-Hilaire. Vilaine). ( E. Wuirion. LOMBARDON , négociant en couleurs et ( Chartier. vernis, 137, faubourg Saiut-Martin, à < A. Geoffroy Saint-Hilaire. Paris. f E. Wuirion. { D'- Heckel. Pierre (Em.), directeur du Jardin d'essai, ) ^^^^^ Grisard à Libreville (Congo français). | ^ Paillieux.* [ D' Le Fort. PoiLLY (le baron de), 53„ rue Ponthieu, à ^ ^^^^^.^^^ Saint-Hilaire. ^^"^' ( Comte de Puylou laine. . M. le Secrétaire procède au dépouillement de la corres- pondance. — M. de Confevron écrit de Flagey (Haute-Marne) : « Eu même temps que celte lettre, vous sera remis un colis postal contenant desbrauclies tleuiies d'un Poirier sauvage que j'ai de'couvert dans les champs loin de toute habitation. Vous remarquerez que ces lleurs durèrent sensiblement du. type connu, sont très gracieuses et plus décoratives que celles de bon nombre d'arbres cultive's pour l'or- nement des jardins. J'en ai fait, ces jours derniers, un surtout de table qui a été' fort admiré. » Voici, selon moi, les caractères qui distinguent ce nouveau Poi- rier et sur lesquels j'appelle votre attention: 38 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. ■D Les boutons sont roses, la fleur dans son ensemble est plus arron- die, ainsi que les pétales, régulièrement concaves en dessus et colo- rés en dessous d'une charmante teinte rose. 11 n'y a pas là anomalie ou bizarrerie, j'ai attendu pour signaler le fait; tel cet arbre a fleuri l'année dernière, tel il fleurit aujourd'hui. J'ajoute que les anthères sont roses, que la feuille ressemble beaucoup à celle du Poivrier sau- vage commun, peut-être un peu plus ronde avec le pe'tiole un peu plus allonge. Le fruit, très petit, a beaucoup d'analogie avec celui du Poirier, connu dans ce pays sous le nom vulgaire de bieusson, c'est-à-dire dont l'amertume s'oppose à ce qu'il soit mangé autrement que blette. » Cet arbie est-il une espèce ou un hybride de Poirier avec Pom- mier ou encore de Poirier avec l'Epine blanche, dont les fleurs ont l'odeur très typique de Hanneton, sur laquelle j'avais omis d'appeler votre attention et que vous remar(|uerez ? » Quoi qu'il en soit, le trouve le cas intéressant et ces questions que je me pose, je vous prie de les soumettre à notre Société', ainsi qu'aux personnes très compétentes, tant eu botanique (ju'eu horticul- ture, que vous pouvez connaître. » Une des rai ;ons qui me feraient pencher en faveur de l'hybridation, c'est que les pistils ne sont pas en nombre égal sur chaque fleur, les unes en ont trois, d'autres quatre, d'autres deux seulement. » J'oubliais de vous dire que la floraison a lieu plus -tardivement que celle du Poirier sauvage commun. » Dans une autre lettre, notre confrère adresse les rensei- gnements suivants : « Je liens à signaler à notre Société un fait de pêche assez curieux, qui s'est produit dernièrement dans la Haute-Marne et qui mérite à mon avis de fixer l'attention des ichtyologisles et des pisciculteurs. » Dans le re'servoir du canal de la Marne à la Saône, créé sous Langres et mis en eau, il y a quelques années seulement, les fermiers de la pêche ont pris, en assez grand nombre, un poisson inconnu d'eux, et qu'ils ont envoyé' à l'aquarium de Paris où il a o'to détermine' pour le Coregonus clupeoïdes. 11 paraît que le bassin en question renferme une grande quantité' de ces poissons relativement rares et qui ne se trou- vent guère qu'en Ecosse. » Aucun sujet de cette espèce n'ayant été mis dans le réservoir dit de la Liez, nous ne pouvons que croire qu'ils y ont été' importes à l'e'tat d'œufs non digére's, par des oiseaux aquatiques, grands rapaces ou palmipèdes, et nous devons en induire que ces oiseaux font le trajet, d'Ecosse au centre de la France, dans un temps très court. » J'ai pris mes mesures pour être mis, lorsque la pêche sera réou- verte, en possession de quelques-uns des poissons en question, que j'aurai l'honneur d'adresser à notre Socie'tè. » PliOCÈS -VERBAUX DES SÉANCES DE LA SOCIÉTÉ. 39 — ^r. le baron F. Von Mueller écrit de Melbourne (Aus- tralie), à M. le Président : « Par le courrier de celle semaine, je me pcrmcls de vous envoyer des fruits frais, séchés avec soin cl contenant des graines miîres de Mesembrianthemum œquilatemle. Elles ont été recollées dernièrement pour être envoyées à la Société nationale d'Acclimatation. Si ce Me- sembrianthemum était acclimate dans le Sahara ou tous autres terrains salés, il deviendrait une grande ressource pour les Chameaux. Quand l'expédition de Sir Thomas Elder's. conduite par M. Lindsay et que j'avais fait venir moi-même, explora en Australie le grand désert du sud de Victoria, elle fut sauvée par ces plantes, parce que, n'ayant pas trouvé d'eau pendant trente-quatre jours, les Dromadaires élau- chèrent leur soif au moyen de ces végétaux. » Dans une autre lettre notre confrère s'exprime ainsi : « Vous recevrez par ce courrier des graines fraîches de deux <' Salt- bushs ^> de l'Australie centrale, pour pâturages, et aussi de Cyprès du désert faciles h acclimater [Callitris verrucosa) et d'un Acacia du désert, pour le cas où vous désireriez introduire ces plantes de haute valeur dans l'intérieur de l'Afrique, dans des endroits sans eau. Je vous enverrai des graines dans ce but, quand l'occasion s'en pré- sentera. » — M. Durand, professeur à l'Ecole nationale d'Agricul- ture de Montpellier, adresse la note suivante sur le Genêt d'Espagne, dans l'arrondissement de Lodève (Hérault) : « Le Genêt d'Espagne (Sparliutn juncsim h.) qui, presque partout, n'est utilisé que comme menu bois de chauÊfage, était encore il y a une trentaine d'années, dans l'arrondissement de Lodéve, l'objet d'une petite industrie qui tend de plus en plus à disparaître. La filasse ex- traite des fibres libériennes des jeunes rameaux coupés à la serpe en août ou septembre, était employée à faire de la toile qui s'y fabriquait pendant l'hiver. » Les centres de récolte et de fabrication étaient les communes des Plans, Olmet-et-Villecun, Lavalelte, Dio-et-Valquiéres, Latour sur- Orb, Lunas (hameau de Cannas), Saint-Pierre-la-Fage (Parlalges). Saint-Étienne-de-Gourgas, Saint-Jean-!a-Blaquière, Usclas, le Bosc, Saint-Privat, etc. » La toile de Genêt n'a jamais été fabriquée que sur commandes faites par les haliitants du pays qui préparaient et filaient eux-mêmes la filasse. V Suivant l'état de finesse du fil, on obtenait une toile plus ou moins grossière, mais toujours solide et d'un long usage, avec laquelle on confectionnait des sacs, des civières, des serpillières pour trans- 40 KEVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. porter les fourrages, et même des draps de lit, du linge de table ou do corps, qui restaient dans le pays. » Le prix moyen du fil est actuellement de 2 francs le kilog. » Celte petite industrie locale aura bientôt disparu; quand dans une commune un tisserand meurt, il n'est remplacé que difficilement; il n'y en a généralement plus qu'un pour plusieurs communes. » Nulle part, dans la région, on ne sème aujourd'hui le Genêt d'Es- pagne, qui y croit spontanément, surtout dans les terrains silicieux. » — M. le Président dépose sur le bureau la seconde édition du Potager dhoi curieux par MM. Paillieux et Bois. (Voyez plus haut, l*^'" semestre, p. 657.) — M. le D-" Laboulbène fait hommage à la Société d'une communication qu'il a faite à la Société nationale d'Agricul- ture sur les ravages causés par le Hanneton et les meilleurs moyens de le combattre. L'auteur i»réconise principalement le ramassage et la destruction de l'insecte parlait. Il étudie aussi les moyens de diminuer le nombre des lam-es par des labours et hei^sages, destruction par les Poules, etc. — M. Decaux fait une communication sur l'Olivier, ses ennemis et les moj^ens de les détruire. A cette occasion une intéressante discussion a lieu entre M. le D"" Laboulbène et l'auteur, au sujet des mœurs des in- sectes qui vivent sur cet arbre utile. — M. le Président déiwse sur le Bureau une note sur l'in- cubation artificielle en Egypte, rédigée par M. Cazard, élève chancelier au Consulat de France à Alexandrie, et adressée en communication par M. le Ministre de l'Instruction pu- blique. M. Magaud d'Aubusson donne lecture de ce document. Notre confrère, qui a visité en Egypte des établissements analogues, dit que les renseignements fournis par cette note sont parl'aitement exacts. C'est bien là la manière de procé- der des Egyptiens. Ces fours à poussins sont indispensables parce que la poule du pays, connue sous le nom de Poule arabe, ne couve pas. Ces poules sont très petites, leur plu- mage varie beaucoup, il y en a de fauves, de grises, etc. .. quelques-unes, d'un bleuâtre cendré, sont fort jolies. A côté des poules arabes, existe une autre race que l'on nomme dans le pays Poules indiennes, Poules Dongolaivi. Ce dernier nom vient de ce qu'il en arrive beaucoup du Don- gola, par les dahabieh, qui descendent le Nil. Cette race res- PROCÈS-VERBAUX DES SÉANCES DE LA SOCIÉTÉ. 41 semble à nos races de combat, à la race malaise, mais elle est un peu moins fortement membrée. Cette poule est excel- lente mère, mais dans les villages lellahs on livre générale- ment tous les œufs destinés à la reproduction aux fours à poussins. Les deux races vivent côte à côte dans les villages et s'y mêlent sans que les habitants prennent aucun souci de la sélection. Lorsque les poussins sont éclos dans les fours, on les distribue aux intéressés, au bout de quelques Jours, et les femmes les élèvent. Les poussins n'ont pas à redouter, comme en d'autres pays, les pluies, les orages, l'humidité, aussi la mortalité n'est-elle pas aussi élevée qu'on pourrait le croire, à la vue de l'espèce d'abandon dans lequel on les laisse souvent. Une maladie que Ton rencontre fréquemment chez les vo- lailles qui arrivent en dahabieh et que l'on porte ensuite sur les marchés, est la gale des pattes. Cette gale gagne la tête, l'oiseau dépérit et finit souvent par mourir. Un remède, que notre collègue a indiqué à plusieurs fellahs, propriétaires de volailles malades et qui a parfaitement réussi, est le lavage des parties atteintes avec du pétrole. M. Magaud d'Aubusson ajoute que les essais d'introduction des races européennes en Egypte n'ont pas trop bien réussi jusqu'à présent, mais il pense que l'on n'a pas pris tous les soins nécessaires. Les races qui ont le mieux réussi sont : les Cochinchinois et les Bramapoutras. Nul doute que, malgré quelques difficultés, on n'arrive également à acclimater d'autres races. Sur une question posée par M. le Président, M. Magaud d'Aubusson répond que l'usage des fours à poussins existe dans toute la vallée du Nil. — M. J. Grisard donne lecture d'une note de M. Tcherni- gofï'sur les Oies en Russie. Pour le secrétaire des séances, Jules Grisard, Secrétaire du Comilé de rédaction. III. CHRONIQUE ÉTRANGÈRE. Un Congrès d'acclimatation, organisé par les soins de la Société Impériale Russe d'Acclimatalion des animaux et des plantes, se tiendra à Moscou du 2 au 9 septembre, à la suite des Congrès internationaux d'Archéologie préhistorique, d'Anthropologie et de Zoo- logie. Nous avons parlé en son temps de l'Exposition d'acclimatation des plantes qui doit s'ouvrir au Jardin zoologique de Moscou le 27 juin et sera fermée le 13 octobre (1). Primitivement, le programme n'avait pas d'autre objet, mais l'importance et la multiplicité des questions qui sont venues prendre place à l'ordre du jour ont déter- miné les organisateurs, qui ont à leur tète l'éminent savant russe,. M. Anatole Bogdanoff, à convier une réunion de spécialistes, atin de faire connaître ce qui est fait et d'indiquer, ne serait-ce que dans ses grandes lignes, la marche à suivre dans l'avenir immédiat. Le Comité d'organisation fait donc appel à toutes les bonnes volonle's pour lui proposer des programmes d'études, lui poser les questions à élucider et lui indiquer les personnes dont le concours serait utile au Congres. Voici quelques-unes de ces questions -• — Quelles sont les essences forestières déjà acclimate'cs en Europe qui sont les plus utiles dans la sylviculture en ge'ne'ral et qui seraient particulièrement désirables pour la Russie ? Ou sait, en ellct, que de nomi)reux arbres et arbustes originaires de l'Amérique septentrionale, du Japon, etc., ont été acclimates en Europe, mais il serait into'ressant de savoir ceux qui offient le plus- d'avantages, dans les cultures, soit par leur croissance rapide et la solidité de leur bois, soit pur leur nature pou difficile sur le choix du terrain qui permettrait leur cullurc là oii les ^n-brcs européens ne pourraient vivre, etc. Quels sont parmi les ve'gélaux exotiques ne se prêtant pas à l'accli- malation dans l'Europe occidentale, ceux qui auraient chance de réussir en Russie? La Russie, avec son immense territoire, la diversité de ses climats, présente des conditions particulièrement favorables pour l'acclimata- tion. C'est ainsi que le Jikus verdie' fera qui fournit aux Japonais le- vernis si apprécié n'a pu Otre acclimaté dans l'Europe occidentale qu'à Francfort-sur-Mein. Il trouverait dans le Caucase et môme un peU' plus au nord, d'excellentes conditions pour son développement. — Quelle est lextrèmo limite nord de la culture de la Vigne à ciel ouvert, et quels sont les ceps les plus résistants? Il y a en Russie des exemples isolés de vigne cultivée e dont le (t) Voyez Revue, 1892, V' semestre, p. 334. CHRONIQUE ÉTRANGÈRE. 43 raisin a acquis une parfaite maturité, dans des localités situées consi- dérablement plus au nord que la limite généralement admise pour la propagation de C3 végétal. Tel est le cas de la ville de Ranenbourg, gouvernement de Riasan, d'une propriété des environs de Saint- Pétersbourg, etc. En outre, la vigne croissant au Turkestan, par exemple, offre évidemment une résistance suffisante aux froids hiver- naux de ce pays, tout en donnant des fruits parfaitement mûrs. — La culture du Jute [Corchorus capsularis] est-elle à introduire en Russie sur une grande échelle ? Cette plante, qui croît dans des marécages, fournit six fois plus de fibres textiles que le chanvre. Les essais de culture dans les marais du Caucase ont donné d'excellents résultats, mais il serait prudent, avant de se lancer plus avant dans cette voie, de s'assurer un débit dans l'industrie russe ou étrangère. Les fabriques allemandes se ser- vent du produit provenant des Indes. — Est-il démontré que les vallées à l'abri du vent et ayant le ver- sant exposé au Nord sont plus propices à l'acclimatation des plantes ou arbres fruitiers exotiques que celles tournées au Midi ? Il existe, en effet, une opinion d'après laquelle les versants méri- dionaux, tout en étant plus favorables à la culture des variétés tendres, offrii'aient l'inconvénient d'être trop accessibles aux variations brusques de température, pendant les changements de saisons, ce qui a quel- quefois pour effet de faire périr les plantes. Sur les versants Nord, abritées, elles sont plus vigoureuses et ne périssent qu'exceptionnel- lement. Cette opinion se justifierait surtout en ce qui concerne le* arbres fruitiers. Les récoltes de fruits, plus abondantes sur les versants méridionaux, y sont cependant plus rares, et à prendre la somme de récolles faites sur l'un et l'autre versants, pour une durée de 10-15 an- nées, on verra l'avantage en faveur des terrains orientés au Nord. Ce n'est là qu'une opinion qu'il serait intéressant de contrôler par la pratique. — Quelles sont, parmi les plantes servant à fixer les remblais de chemins de fer, celles qui remplissent le mieux ce but, et peuvent- elles être introduites en Russie ? La question est d'actualité eu Russie, où l'on a déjà expérimenté avec succès les plantations de Sapin et des Graminées, telles que- YElymus arenariiis et le Carex arenaria. — Quelles sont, parmi les plantes médicinales déjà acclimatées définitivement en Russie, celles qui pourraient trouver un débit au dehors ? Comme exemple, nous citerons le Camphora offlcinarum, qui croît librement et se développe fort bien à Soukhoum (Caucase), tandis que l'on continue à importer le camphre de la Chine. — UApocynum venetuni donne-t-il réellement le filament le plus résistant pour filets de pêche, et a- t-ou déjà obtenu en Russie (en 44 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. dehors du Turkestan) ou ailleurs, des résultais satisfaisants dans sa culture ? Cette plante, que l'on rencontre à l'état sauvage sur les bords de l'Amou-Daria, occupe actuellement l'attention des agriculteurs et des industriels. Des expériences vont être faites pour savoir si elle pourrait être utilisée pour lions de moissonneuses. Reste à savoir si la culture de la plante peut être entreprise avec succès en dehors de son pays natal et si, par la culture artificielle, la fibre ne perdrait pas de sa solidité (1). — La culture, au Caucase, des orangers cl citronniers a-t-elle un grand avenir industriel, et quel serait le moyen d'encourager ces inté- ressantes tentatives ? Les Orangers et Citronniers croissent, en etlet, à Soukhoum et à Gogri et dans certaines autres localités de la Transcaucasiu, et don- nent des fruits d'une saveur au moins égale et même supérieure à celle des produits importe's. En outre, ces arbres poussent dans des terrains pierreux inutilisables d'aucune autre manière. — Quelles sont, parmi les plantes économiques exotiques, celles qui auraient pu être introduites eu Russie et devenir objet de com- merce, à l'inte'rieur ou à l'exte'rieur ? En effet, l'Acacia d'Australie, Acacia decurrens, dont le iirincipe tan- nant dépasse cinq fois en puissance relui que fournit le Chêne, et qui, fort demandé en Angleterre, a été' introduit avec succès au Caucase. Le Melaleuca, qui fournit un bois très dur, fort appre'cic dans l'Europe occidentale, y croît également. Des essais fort heureux de la culture du Boehmeria ont éto faits, mais abandonnés par suite de l'absence de débit. On préconise surtout racclimatation du Macrochloa (enacissima dont les filaments sont importés en assez grande (juantité par les fabri- cants de papiers russes. — h'Encaliijjtua globitlus et VE. amygdalina qui se sont si bien accli- matés au Caucase, peuvent-ils avoir une utilisation industrielle quel- conque en Russie ou à l'étranger? Ces arbres se développent au Cau- case avec la même aisance que dans leurs lieux d'origine, ils y attei- gnent, en douze années, environ 15 mètres de hauteur et plus de 35 centimètres de diamètre. Ils croissent dans des endroits maréca- geux impropres à toute autre culture. — Quels sont les effets de la culture sur les principes actifs conte- nus dans les plantes me'dicinales et e'conomiques ? Il a e'ié constaté maintes fois que la culture avait une influence fâ- cheuse sur les plantes, au point de vue de leur richesse en principes actifs, ce que l'on allribue généralement aux conditions dilierentes du développement. Mais, d'autre part, les arbres à quinine, par exemple, sont plus riches en alcaloïde, cullive's, que les arbres à l'elat sauvage. (1> Voyez Revue, 1892. 1''' semestre, p. 687. CHRONIQUE ÉTRANGÈRE. 45 11 importe donc de comparer et d'étudier les résultats obtenus dans diflërents pays, de façon à déduire quelles sont les conditions qui dé- terminent telle ou telle modification. Les questions inte'ressant la zoologie parvenues jusqu'à ce jour con- cernent surtout la Marmotte de Sibérie, qui exerce en Russie de vé- ritables ravages dans les champs. Elles portent sur les conditions topograpbiques et climate'riques favorisant la multiplication de l'ani- mal, et sur les mesures à prendre pour arrêter sa propagation. La se'riculture tient e'galement une place importante dans les pre'occupations des membres du Congrès. Ce sont, d'une part, des questions à résoudre sur les moyens pour enrayer la multiplication des parasites qui envahissent les végétaux nourriciers des Vers à soie, et, d'autre part, l'attention à attirer sur les conditions particu- lières de rélevage en Russie. Parmi ces questions, nous citerons les suivantes : — Quelles sont les localités de l'empire russe oii l'on se livre à l'élevage du Ver à soie et à l'industrie de tissage de soies ? — Quelles sont les conditions du sol, du climat, méte'orologiques et commerciales de ces pays ? — Quelles sont les mesures à prendre pour le de'veloppement de celte industrie et eç particulier pour faire renoncer aux me'thodes actuelles de l'élevage fort de'fectueux et faire adopter le grainage cellulaire? — Est-il possible de faire régénérer les races primitives des Vers russes, et, si cela est, par quels moyens ; dans le cas contraire, quelles sont celles, parmi les espèces étrangères, qui pourraient être intro- duites en Russie ? — La concurrence asiatique est-elle vraiment à redouter pour l'in- dustrie europe'enne ".' — Le prix de main-d'œuvre s'e'tant conside'rablement augmenté depuis le commencement du siècle, dans quelle mesure cela a-t-il influé sur l'industrie séricole ? On connaît l'importance qu'a, en Russie, l'apiculture ; les points suivants, la concernant, seront à élucider dans les séances du Congrès : — Dans quelle mesure les Abeilles sont-elles utiles à la fe'conda- tion des plantes cultive'es ? — Le miel, qui a été' remplacé par le sucre dans la vie usuelle, peut-il l'être généralement, dans les pre'parations pharmaceutiques ? — Quel est le succe'dane' de la cire ! Nous £(urons soin de tenir nos lecteurs au courant des questions posées, au fur et à mesure qu'elles parviendront au Comité d'organi- sation. Calh. Kkantz. IV. CHRONIQUE GENERALE ET FAITS DIVERS. Les Rennes de l'Alaska. — La tentative que l'on a faite {Revue, 1891, p. 312) pour introduire dans l'Alaska le Renne de Sibérie et l'y domestiquer, paraît re'ussir. Il y a quatre mois, on avait lâche' dans l'île Saint-Laurent deux de ces animaux ; depuis ce "moment, ils ont su trouver leur nourriture et ils semblent prospérer. G. L'élevage des Chevaux en Irlande. — On s'occupe main- tenant d'améliorer la race des petits Chevaux et des Poneys dans les districts de l'Ouest. On vient d'y introduire de petits étalons du Yorkshirc pour le service des attelages, choisis dans la meilleure race, mentionnée d'ailleurs sur les livres des haras. De S. Nouveau désiniectant pour oiseaux. — D'après les recher- ches de M. Fischer, le pouvoir dc'sinfectant de la naphtaline dans les fermentations organiques et inorganiques, de'passe celui de l'iodo- forme ; de plus, n'e'tant point un poison comme ce dernier, la naphta- line peut être employée en quantité indéterminée pour saupoudrer plaies et blessures. Môle'e à de la vaseline (par moitié'), elle combat la gale. Dans les maladies infectieuses (diphtérie, cholc'ra, etc.',, il est utile d'en répandre sur le sol. En outre, la naphtaline est destructive de> puces, poux, mouches, etc. A l'établissement d'aviculture modèle «le Lic'snoï (prés Saint-Pétersbourg), on s'en sert depuis un an avec un succès constant. Aussitôt que l'on aperçoit des parasites sur un oiseau, on frotte ce dernier avec de la naphtaline ; douze heures plus tard, oiseau ou poussin est frais et dispos, et sans trace d'insectes. La naphtaline est soluble dans l'alcool et la te'rébenthine, elle est plus commode à manier sous cet aspect. C. K. Engourdissement des Poissons. — Le Zoologische Oarten rap- porte des observations récentes que l'on a faites sur la résistance des poissons enfermés sous la glace. L'on savait déjà que la Carpe (S'i/pri- nus carpio) perd le mouvement quand la tempe'rature de l'eau s'abaisse au-dessous de 4'^ R. Pour établir de nouvelles expériences, on prit, dans le mois de jan- vier, vingt à trente exemplaires des espèces suivantes : Véron com- mun {Pkoxinus l(evis\ Goujon [Gobio fluv'atilis), Able du Slym- phale (1) {Leucaspius delineatus) et la Loche franche [Cobitis barbatula). On mit ces poissons en plein air dans des vases à large embouchure, dont le fond e'tait recouvert d'une couche de limon. Après un gel con- (1) Suivant Siebold, le Leucaspius delineatus = Lcuciscits stjmphaliciis Cuv. et Val. CHRONIQUE GÉNÉRALE ET FAITS DIVERS. 47 tinu, ces récipients se couvrirent de glace atteignant plusieurs centi- mètres d'épaisseur (la lempe'rature de l'eau était de 1/2 à 3/4° G.)- On vit bientôt les poissons se renverser les uns sur le dos, les autres sur le flanc, et rester immobiles. On remai-qua que les cbromalopboros, surtout cbez PJioxinus lœvis et Cobitis barbatiUa e'taient devenus plus intenses qu'à l'époque du frai. Tous ces animaux paraissaient morts. Mais quand on eut fait un trou dans la glace, bientôt ils remuèrent leurs ouïes, d'abord len- tement, i>uis plus vite. Ce ne fut qu'après plusieurs beures. lorsque l'eau fut re'cbauffée, qu'ils reprirent leur vivacité ordinaire. Ces expé- riences plusieurs fois répéle'es ont toujours donne le même ro'sultat. 11 arriva même que des Vérons et des Goujons restèrent engourdis pen- dant une semaine, sans en souffrir. Nag'Jère on croyait encore que des poissons gele's dans la glace continuaient à vivre, et qu'ils reprenaient leurs fonctions quand on les faisait dégeler avec certains soins. On sait maintenant qu'ils pé- rissent. Mais l'observation vient de nous prouver qu'ils peuvent sub- sister quelque temps engourdis dans l'eau glace'e, comme on en voit d'autres s'enfouir dans la vase, pour se réveiller ensuite. De B. Conservation du poisson. — Il arrive souvent aux pècbeurs à la ligne de voir, par les grandes cbaleurs, le produit de leur pècbc se gâter avant d'arriver à destination. Voici un simple moyen d'éviter celte de'convenue : Il suffit d'ouvrir l'abdomen du poisson dans toute sa longueur, de la mâcboire inférieure jusqu'à l'anus, d'en retirer les brancbies et les viscères, d'essuyer bien à sec toute la région et d'y mettre du papier non collé imbibe' d'acide salycilique et se'cbé. Chaque poisson doit être enveloppe' dans un linge sec. G. K. Sur les migrations du Saumon. — On sait que les smoUs (1) ne remontent pas tous dans les eaux fluviales après leur court séjour dans la mer; l'observation l'a prouve'. En outre, on s'est assure' que les SmoUs séjournent en mer pendant plus d'un an avant de retourner dans les eaux douces. Les Parrs des lacs et des rivières, qui devien- nent plus tard des SinoUs, restent le même temps avant de descendre dans l'eau sale'c. Il est certain que l'abondance de la remonte des Saumons dépend, en une certaine mesure, des crues des cours d'eau; le prolongement de leur écoulement attire vers le rivage les poissons qui, autrement, se'Journeraient plus longtemps dans la mer. Dans ces ■ conditions, on voit parfois des Saumons, comme d'autres genres ana- dromes, tels que la Morue, le Merlan, pénétrer dans des rivières d'où ils ne sont pas originaires. (1) Le parr est le premier âge du Saumon, quand il est de couleur terne. Le second âge, avec l'éclat rr.étallique est désigné sous le nom de smolt. Le fjrilse s'applique au Saumon qui a séjourné dans la mer. 48 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. Mais chaque cours d'eau a ses Saumons particuliers. Dans des ri- vières voisines, dont les conditions de milieu sont identiques, on re- connaît ceux de chacune d'elles, et le pêcheur de profession dis- tingue tout de suite le poisson e'tranger qui s'y serait aventuré. En Irlande, ou a vu souvent les Saumons du Bundrowse passer dans l'Erne. Or, bien que ces deux rivières soient très voisines, alimente'es par des lacs à peu près semblables, la migration des Salmonidés s'y fait à des époques différentes. Dans la Bundrowse, le fort passage des Grilses s'effectue bien avant que ceux de l'Erne aient commence' à se remuer. Ces faits concernant les poissons anadromes ne sont pas tous expli- qués. On arriverait peut-être à les éclaircir en se servant d'un pro- ce'dé qui exigerait un soin considérable. Ce serait de pêcher des Sau- mons, à diverses époques de l'année, et dans leurs différents âges, de les marquer, puis, de le rejeter dans la rivière. On enregistrerait ces captures. On admettait généralement que la crue des eaux était favorable à la multiplication des Saumons. Bien au contraire, les nouveaux arrivants déplacent le frai dépose- par les premiers, et une eau trop abon- dante lave pu couvre de limon, les depuis d'œufs qui auraient dû être fécondes. La meilleure saison est celle où l'eau est de hauteur moyenne, pen- dant les mois d'octobre et de novembre. Les Saumons producteurs gagnent facilement les régions supérieures des rivières. Si le temps est sec et tempéré, les œufs ne seront pas déranges jusqu'au moment de l'éclosiou. Autrement, la culture artificielle est le seul moyen de lutter contre des conditions météorologiques défavorable. De S. Une plante migratrice. — l.' A pied ru m lnjriienale, plante tuber- culeuse qui se rencontre isolément dans toute l'Auiérique du Nord, depuis le Canada jusqu'à la Floride, et y porte vulgairement les noms A" Adam ani Eve et de Puttj-Foot, jouit, paraît-il, de la propriété de so déplacer de deux à trois centimètres par au. Cette plante émet, en effet, chaque année dans le sol, un tubercule relié au tubercule de l'année précédente, qui se corrompt, disparaît, par une sorte de lige souterraine, et la nouvelle racine se pare de tiges, faisant ainsi progresser lentement la piaule. II. B. Le Gérant : Julks Grisakd. I. TRAVAUX ADRESSES A LA SOCIETE. LES ÉGHASSIERS D'EGYPTE LISTE RAISONNÉE DES ESPÈCES QUI ONT ÉTÉ OBSERVÉES DANS CE PAYS Par m. MAGAUD D'AÛBUSSON. Les Échassiers sont de grands voyageurs. Leurs troupes nomades sillonnent infatigablement les plaines de l'air et, selon les saisons, promènent leur inconstante destinée à tous les vents de la planète. Les uns parcourent de vastes espaces, d'autres ne font, pour ainsi dire, qu'errer. Souvent ceux qui habitent sur le bord de la mer suivent la C(3te par étapes et accomplissent de la sorte de longues pérégrinations. Dans chaque hémisphère, l'Échassier est tourmenté du be- soin de voyager. 11 semble que Dieu l'ait créé pour de perpé- tuelles caravanes. Sous les tropiques, oîi il est en nombre incalculable, il se déplace aussi à des époques régulières. Les espèces qui nichent dans nos zones tempérées, dans le nord de l'Europe, émigrent et . Le Pluvian, en Egypte, semble être exclusivement attaché aux bords du Nil. Je ne l'ai jamais rencontré ailleurs. Il se montre sur les deux rives du fleuve à partir du Caire et de- vient phis commun à mesure que l'on s'avance vers la haute Egypte, où il est le plus abondant. C'est un oiseau peu sociable qui, généralement, ne vit que par couples ou avec sa famille. On le voit courir sur le sable très rapidement à la manière des Pluviers, ou voler à la surface de l'eau. Son vol est vif, facile, et lorsqu'il prend son essor il pousse plusieurs fois de suite un petit cri aigu. Il crie aussi en courant. Il ne vole jamais bien bien loin, est peu farouche et se laisse assez faci- lement approcher. La femelle pond à découvert sur le sable. Ses œufs, au nombre de deux ou trois, sont d'un jaune rougeàtre, couverts de taches, de })oints et de traits, les uns superflciels d'un brun marron, les autres profonds d'un brun plus clair. Ils ont la forme de ceux du Courvite et mesurent : grand dia- mètre, environ 0"'\032, petit diamètre, 0'",024. Le Pluvian se nourrit d'insectes de toutes espèces, de vers, de petits mollusques. [A suivre.) [\] Edit, franc. Oiseaux, t. II, p. 5o0. LES GRANDES PECHES EN NORVEGE Par m. Amédée BERTHOULE. (suite *\ IL — PÈCHE DU Hareng. En deuxième ligne, dans l'économie iclityologifiiie des eaux Scandinaves, doit prendre place le Hareng ; mais ses appari- tions sont loin d'offrir la régularité de celles de la morue ; les migrations d'hiver, principalement, présentent de longues et inexplicables intermittences. Quelques années durant, il se montre en masses compactes, et les campagnes de pèche sont mar(xuées par une abondance prodigieuse ; puis , brusque- ment, il fera défaut, et on verra se succéder de longues années de disette. Les dernières périodes heureuses dont l'histoire garde le souvenir, embrassent la première moitié du dix-huitième siècle et le milieu du dix-neuvième. Vers 1860, on pouvait compter 6,000 bateaux, montés par 25,000 marins, pratiquant avec succès la pèche du Hareng prin- faûier, de janvier à avril ; l'exportation annuelle s'éleva à 500,000 barils, elle atteignit même et dépassa le chiffre de 600,000, de 1861 à 1865. Cinq ans plus tard, la production était tombée à 5 ou 6,000 mesures, sans cause apparente, sans que rien permit d'augurer une reprise prochaine (1). Le capricieux nomade ne s'arrêtait pas, d'ailleurs, dans les passes tranquilles du Nordland ; descendant plus au sud et longeant les côtes, il pénétrait dans le Katégat, et peuplait de ses innombrables légions les eaux du Bohuslan. L'historique de ces incursions, non moins incertaines ici que dans le Nord, a été relevé par notre aimable consul à Goteborg, M. Caravello, dans une série de notes pleines de précision et d'intérêt. (=r] Voyez RcKiic, 1S92. l'^'' semeslre, p. 619. (1) Le tonneau norvégien est de IIG litres ; le tonneau suédois, de 5 pieds cubes, contient environ 480 s^os Harenirs. 64 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. Les plus anciennes chroniques relatives à l'industrie de la pêche du Hareng remontent au commencement du onzième siècle, époque à laquelle la province de Bohuslan faisait partie des Etats de Norvège. Elle était en grande prospérité, lorsqu'un malencontreux édit du roi Olaf Haraldsson vint en paralyser l'essor, en prohibant l'exportation de ses produits . Il faut, ensuite, arriver au milieu du seizième siècle pour re- trouver ses traces. En ce temps, plusieurs nations de l'Europe envoyaient des bateaux dans ces parages ; les moindres îlots de l'Archipel se couvraient d'habitants, et le commerce progressait dans des proportions jusque-là inconnues. Du seul hameau de Mars- trand, aujourd'hui coquette Tille de bains de mer, le Trou- ville du Nord, on exportait, pendant chaque campagne, des centaines de milliers de barils. Les choses allaient ainsi, quand, en 1587, se montrèrent des Harengs d'une apparence tout étrange, dont il est fâ- cheux que la description n'ait pas été conservée. Les marins superstitieux y virent le présage certain d'une très prochaine disparition du poisson, et leurs tristes pressentiments se réa- lisèrent malheureusement dès l'année suivante. On traversa, par la suite, une période de soixante-treize ans, durant la- quelle la pèche du poisson qui nous occupe fut absolument nulle ; cette pêche reprit en 1660, mais pour être presque aussitôt interrompue par de longues guerres ; et quand, bien longtemps après, dans le courant du siècle suivant, furent signalés des essaims de retour dans ces mêmes eaux, on man- (juait de tout i)our en tirer profit. Il fallut reconstituer la llottille et les équipages, les engins et les ateliers, et jus- qu'aux relations commerciales tombées dans le néant. On en vint à bout, mais non sans avoir perdu un temps précieux. D'après les curieux documents mis à jour par M. Caravello, dont on ne saurait trop louer les patientes recherches, il y avait, en 1783, dans la province de Bohuslan, 1,092 chau- dières en activité pour la cuisson ou la fonte du Hareng ; chacune d'elles pouvait traiter 2 millions et demi de tonnes au cours de la saison. Les salaisons absorbaient, concurrem- ment, un demi-million de tonnes ; on en fumait 4,000, et les pays de l'intérieur en consommaient 80,000. La pêche four- nissait donc au-delà de trois millions de tonnes de poisson. Dix ans plus tard, on exportait 303,000 tonnes de Hareng LES GRANDES PÈCHES EN NORVÈGE. 63 salé, et 60,850 tonnes dluiile. Ce lut l'apogée. Le déclin suivit de près, rapide et complet, jusqu'à la ruine: en 1806, l'ex- portation était réduite à 210,000 tonnes, deux ans plus tard elle tombait à 3,000. Bientôt même, force fut de recourir à l'importation pour les besoins du i)ays. Le gros Hareng d'iiiver envahit, une fois encore, les eaux duBohuslan, dans le courant de décembre 1877 ; on se rap- pelle, d'après ce que nous disions plus haut, qu'il avait cessé de se montrer sur les côtes septentrionales de la Norvège vers 1870. Mais, ainsi qu'il était advenu un siècle plus tôt, personne n'était préi)aré à le recevoir ; à peine restait-il, dans les villages encore debout depuis les temps de l'ancienne abondance, quelques vieillards qui en avaient gardé le sou- venir à demi effacé. Les traditions industrielles étaient per- dues, et chaque jour et de toutes parts les masses vivantes épaississaient auprès des côtes. Cependant, on se mit vivement à l'œuvre. La bonne nou- velle s'étant répandue au loin, il arriva des renforts de bras vigoureux des divers points du paj'S ; on renfloua les barques désarmées, on en équipa de nouvelles ; les rochers aban- donnés se peuplèrent derechef, et tandis que la flotte et les équipages se reformaient, en toute hâte les femmes tissaient les longs filets. La campagne commença , pénible au début , à cause du manque d'hommes et de leur inexpérience, plus encore peut- être par suite de la pénurie de barils et de sel, et de l'absence des acheteurs, mais bientôt très active, tout ce qui faisait défaut dès l'abord n'ayant pas tardé à affluer. Il venait des marins de Norvège, du sel de toui> les dépôts et de l'étranger, des futailles de tous les chantiers (Stockholm seule en expédia 3,000 en une semaine); enfin, des acheteurs d'un peu partout. Un jour on put voir, mouillés côte à côte sur les lieux de pèche, 36 vapeurs de commerce. De gros négociants ache- taient le poisson au sortir des filets, le salaient à leur bord, et, aussitôt leur plein achevé, levaient l'ancre, mettaient le cap sur quelque port du continent, vendaient leur cargaison, et sans désemparer revenaient faire un nouveau chargement. Les prix qui étaient, à l'origine, de 2 kr. la tonne, qui tom- bèrent même à 60 ores (le poisson non salé, s'entend) qua- druplèrent en peu de temps. Qu'on juge du bouleversement subi par les transactions, si nous disons que, précédemment, 20 Juillet 1SQ2, 3 66 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. la consommation suédoise demandait très couramment aux ])roducteurs norvégiens ces salaisons à 40 kr. la tonne. La ville de Goteborg fit preuve, en ces circonstances, de la l)lus grande vitalité , par l'élan qu'elle sut imprimer aux affaires. L'immuable loi de l'ofïre et de la demande exerça son ac- tion sur ces rivages naguère livrés à la solitude, et y attira un afflux des objets les plus rares au début. Pour n'en citer qu'un exemple, on vit un marché s'y établir pour les tonnes vides, introuvables tout d'abord, et peu après devenues si abondantes et tombées à si bas prix qu'il fut possible d'en réexpédier, de second trafic, dans d'autres contrées. En définitive, l'année lut bonne pour les pécheurs suédois ; mais on peut affirmer qu'à leur place, avec leur expérience et leur outillage, des Norvégiens en eussent fait une incom- parablement meilleure. Ainsi, a-t-on estimé à plusieurs millions de Ivroners ce qu'ils manquèrent de gagner à cette occasion ; sur 544 wagons partis de Goteborg, une notable fraction ne put être utilisée que comme engrais, par défaut de préparation. Néanmoins, vers la fin de cette première campagne, en février, le prix du Hareng salé avait pu s'élever à 18 kr., celui du Hareng frais à 11 ou 12 kr. la tonne, ce qui était acceptable. Somme toute, avec 210,000 tonnes de poissons de toute taille, on réalisa, pour deux mois de pêche, un produit total de 489,957 kr., soit, à un cinquième près, l'équivalent de la pèche totale de ce même poisson pendant une année entière pour la Suède. Si l'outillage avait fait défaut, les premières préparations ne laissèrent pas moins à désirer au commencement de la campagne, à ce point, par exemple, qu'un chargement de va- peur débarqué à Ilongo, en Finlande, du poids total de 1,400 tonnes, fut, à raison de sa qualité vicieuse, adjugé à kr. 25 la tonne. De même, ces produits eurent quelque peine à se faire accepter en Allemagne et en Hollande. Mais ce furent là les hésitations et les incertitudes inhé- rentes aux premiers pas ; dès l'année suivante, les pêcheries suédoises du Bohuslan étaient prêtes à marcher de pair avec celles de la Norvège. Malheureusement les froids excessifs qui marquèrent l'hiver 1879, et les violentes tempêtes qui se succédèrent sans interruption, ne permirent pas à cette in- LES GRANDES PECHES EN NORVÈGE. 67 diistrie (le s'exercer dans des conditions favorables. Le rendement resta inférieur à 30,000 tonnes, qu'on n'eut même pas à préparer, la consonnnation indigène ayant amplement suffi à en absorber l'intégralité. La campagne suivante ne débuta guère mieux ; mais une \i\e reprise se dessina ver.*; la mi-janvier, et se maintint jusqu'en fin de saison. Le résultat définitif ne fut guère, néanmoins, que le dixième de celui obtenu pendant la précédente. On verra, dans le tableau ci-après, les oscillations subies par cette pèche pendant les dix dernières années : Années. Tonnes. Valeur en kr. 1879 26,070 108,194 1880 25,805 149,745 1881 56,092 807,738 1882 194,175 832,952 1883 79,739 352,506 1884 208,278 317,822 1885 234,7S7 658,718 1886 553,662 730,432 1887 808,908 659,051 1888 1,096,981 1,078,633 1889 - 880,574 1,255,121 1890 645,495 2,059,336 Quelle sera la durée de ce retour du gros Hareng vers le Sud ■? Nul ne saurait le prévoir ; néanmoins, l'expérience du passé inspire de trop légitimes craintes pour l'avenir. On peut faire, en tout cas, de curieux rapprochements à ce point de vue entre les pêcheries du Nord et celles du Sud, à l'aide des tables statistiques des deux pays. Il n'est pas invraisemblable, en effet, qu'il se révèle de l'une à l'autre une corrélation directe, produisant des alternances correspondantes d'abon- dance et de disette. Le gros Hareng, dont nous venons de montrer l'incons- tance, arrive, comme la Morue, quand il daigne se montrer, pendant les trois premiers mois de l'année, d'où lui vient son nom de Hareng pri7itanier, et disparaît comme elle aux ap- proches de mai. Autre trait commun : il est alors au temps de sa reproduction. En dehors de là, l'obscurité règne sur la suite de son existence. 68 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. Heureusement pour les pêcheurs Scandinaves, l'espèce dont s'agit leur est-elle plus fidèle, au cours de l'été. On dirait que plus la nature s'est montrée avare de ses dons sur leurs terres, plus elle s'est appliquée à leur dispenser généreuse- ment ses laveurs dans les eaux. Tliétis a voulu l'aire par- donner à Cérès. Il n'est pas de saison de l'année où il n'y ait là quelques moissons â l'aire, non sans peine ou sans danger, il est vrai, mais aussi sans aucun soin de labour. Après la Morue et le Hareng d'hiver, nous verrons tout à l'iieure paraître le Saumon; après celui-ci le Hareng d'été. Nous passons sous silence les autres espèces, bien qu'elles payent, elles aussi, île lourds tributs, parce que leur pèche n'offre rien de particulièrement original. Le Hareng d'été, appelé aussi Hareng gras {ister-sild. Ha- reng (Vnxoiigc), le maatjes des Hollandais, dans toute sa l'orme, bien en chair et gras à fondre, arrive, comme son nom l'indique, dans le courant de la belle saison, à partir de juillet; en août et septeml)re, on le rencontre s'engageant dans les baies par masses énormes. Sa présence est signalée de loin par les vols d'oiseaux de mer qui s'acharnent à sa poursuite, avitles d'une proie abondante et facile. Pour l'exploitation de ces bancs, les pêcheurs norvégiens sont assez ordinairement groupés en associations d'intérêt, Not-Brug, dans lesquelles chacun apporte une fraction du capital nécessaire â la constitution du matériel à mettre en jeu, dont la valeur atteint facilement 15,000 kr. ; d'autres fois, l'argent est fourni par des capitalistes non pêcheurs, sortes d'actionnaires qui se rémunéreront en s'attribuant la pre- mière part sur le rendement. Plus rarement voit-on des exemples d'armateurs seuls propriétaires, engageant pour la campagne des hommes à salaires fixes ; l'association, peut-on dire, est la règle générale. Nous donnerons plus loin la répartition de la prise. Le télégraphe étend son réseau sur tout le littoral ; ses fils relient les moindres villages, de telle sorte qu'à la première apparition du poisson sur un point quelconque des côtes, les membres de ces syndicats peuvent se prévenir et se trouver rapidement réunis pour le travail. Les communications élec- triques leur permettent également, lorsqu'ils ont réussi à em- prisonner un banc important dans les enlacements de leurs filets, de demander aux stations éloignées les fûts vides et le LES GRANDES FÈCIIES EN NORVEGE. 69 sel qu'exigera le caquage, car il est rare qu'ils en aient, au point voulu, un approvisionnement suffisant ; par la même voie ils pourront ti'aiter avec les grosses maisons de Trondlijem. de Bergen ou d'ailleurs, pour la vente de leur pêche, voire même, comme nous en avons été témoin, appeler Haiimies, slaliou de pèche. à eux, dans un fond de baie le plus souvent très reculé et en dehors de leur route réglementaire, les bateaiix postiers, qui n'hésiteront guère à se détourner, pour peu que le fret en vaille la peine ; ces steamers feront ainsi une station non prévue sur les horaires, s'endormant mollement sur leurs an- cres pendant le travail d'embarillage et de chargement, sans autre souci du retard d'un ou de plusieurs jours qui en résul- tera pour le courrier, et pour les passagers dont on n'a cure. 70 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. Pour ceux-ci, du reste, la scène ne manque ni d'originalité, ni d'intérêt, et s'ils ne craignent pas de descendre à terre, de se mêler, au risque de quelques éclaboussures, au pittoresque rassemblement d'hommes et de femmes fiévreusement oc- cupés à la mise en barils, à même sur les rochers de la plage, et de piétiner dans une lange glissante de débris sanglants de poissons, ils ne regretteront pas trop les quelques heures d'immobilité qu'il leur faut après tout subir, bon gré mal gré. Nous aurons occasion de revenir bient(H sur ce point. Les paquebots des Bergenske et Nordenfjeldske Dampskib- selskab, qui font un service postal hebdomadaire de Trondhjem à Hammerfest et Vadso, sont d'assez fort tonnage pour emmagasiner dans leurs flancs jusqu'à .3,000 barils. Les cales pleines, c'est l'entrepont qui est envahi, puis le pont lui-même ; pour un peu l'entreprenant Hareng s'emparerait de la spisesal et des cabines. La flotte de pêche comprend : 1° Un grand bateau de .3 à ()00 tonnes (Logifartog-dœksfartr)j), servant de logement à tout l'équipage, de magasin général pour l'outillage et les engins, et d'une valeur de 2 à 5,000 kr. ; 2° un ou deux ba- teaux de 50 à 120 T. (notbaaden), pouvant coûter de GOO à 900 kr. l'un, montés par une vingtaine d'hommes, et destinés à la manœuvre du grand filet ; 3° un bateau plus petit et non ponté ; 4'' enfin plusieurs barques [smaàbaaden] de 4 à 8 tonnes. Quant aux engins , ils se composent aussi de plusieurs parties, qui sont : 1° Un énorme filet, stornot, de 120 à 1.50 famé de long (1), sur 10 à 15 de hauteur, quelquefois même davantage ; c'est la rabatteuse, dont nous verrons tout à l'heure le fonctionnement ; 2° un filet en forme de senne {mil- lenmot ou laasenot) long de 60 à 100 famé ; 3*^ un autre filet d'une vingtaine de famé seulement {smaanot ou or/iastnoi], ([u'on pourrait appeler l'onleveuse. Ces filets ne coûtent pas moins de 5 à 8,000 kr., suivant leur taille; 4° enfin un nombre considérable d'ancres et de flotteurs, 500 à 1,000 mè- tres de câbles, 2 à 3,000 mètres de fortes cordes ; puis toute une série de menus objets, entre autres le skimmel, l'un des plus essentiels, longue sonde en métal, en forme de poisson, peinte transversalement de blanc et de noir. (1) Le famé norvégien correspond à une mesure d'environ 3 mètres. s I ô — y} o --^ fcc co G CB lO o o o o ^ , Tj< co o co o o (M >^ o lO Cï l- ""1 0^ l^ Gvj t.~ 02 l0>- 73 OO o" :^ o o co 1 e'. f 02 »-H Cl i~ C^J_ f-H °l rt< t3 o 00 00 K co -^ o lO" Ci oT l- l^ -H Cvj •JD Oi 00 -r t^ CT O Ql co co c; ( — 1 Oh CO X Ci nr o o o c O ! o D O -!< (35 lO ce o -T< o lO O/ o/ 00 co r^ o •— ^^ ^ 00 oc "~ co" lo c: — ^ ' H l-H ? '^ 1— 1 Tt< co 10 co )0 O 1 1 1 m X ^ s o Ci ce o o ! ! CL, v; D 05 -< OO l'a (~ 00 -t< c o co 1 o 't 00 Ci^ l- o lfO_ 1 cv <^_ -— < :^ 00 1^ 1^ 1— ( cq" C>}~ Ci" i """^ C-i z -^ rt l^ 1-^ i6 c- 1 00 t— 1 "^ CO "T. co w O H /' 1 Ci Ci O o (M ce o o lO lO w LO C: lO o» lÔ «^ ^ ^ ~ 1- lO '75 1^ i^ ^ CO •-H V3 OO I- oo" r— ( ^. 1- t-" ^3 T. < -rt <7J CO •-0 « M ' 2 o i^ 1~ e> 1^ — ' r~ lO rr o ce ev <; 00 co" ^^ -li (M i^ \ C^J o 'S 1 — 1 [ (M ç lO O) 00 r- t: > ' -^ X O ro co Ci t~ r^v -H %-"! 1 — 1 r— 00 00 co" ,- s a ^ 1 i i o iO 1 -^' ^ 1 <3ï iô oc LO -tl ^ -t I -^ F OO co ir: (ri_ o ~-t c^ ce H ' OO ^ (m" ce O) f — 1 a r-H / Tt' lO lO — J 10 Ci îC _ i , O II f^ IQ co o co -t o i V5 l === o_ cv co r-^ 00^ iO a> &3 H s »— 1 ^^ co O)" o" -Tt^' Ci" »-H w s «'. j oI)Ohnem. Cette espèce, originaire des Indes orientales, fournit un bois que l'on utilise dans les constructions, lorsque LES BOIS INDUSTRIELS INDIGÈNES ET EXOTIQUES. 87 l'arbre a acquis des dimensions suffisantes. Les racines et les bourgeons sont aromatiques et servent à préparer des bains stimulants ; enfin, les fruits se mangent confits comme les olives. JEGlaE MARMELOS Cohk. Bel ou Bêla indien, Cognassier du Bengale. Feronia pellucida Rot h. Cratœva marmelos L. — religiosa Ainsl. Auglais : Bcnqal quince, ATamielos. Arabe et Persaa : Shnl. Inde ; Bhel, Bad, Cocalam, Mahura. Aunamiie vui^^aire : Nâu. Cochiachine : Oranger de Malabar. Java : Madja. Malais : Tangkoeloe. Arbre de moyenne taille, offrant une certaine analogie avec l'oranger et le citronnier, dont le tronc, d'une rectitude par- laite et peu ramifié, est recouvert d'une écorce cendrée. Feuilles imparipennées ou simplement trifoliées, à folioles oblongues, lancéolées, à pointe recourbée au sommet. Originaire des régions montagneuses ouest de la côte de Coromandel, cette espèce croit communément au Malabar et au Bengale, dans les lieux déserts, les forêts intérieures et sur la côte de Bombay ; on la rencontre encore, à l'état de culture, en Cochincliine et dans les Indes néerlandaises. Son bois, qui })résente une certaine dureté, est employé par les indigènes pour la confection de leurs meubles ; ils en tirent aussi diverses pièces utilisées dans la construction Au Malabar, l'écorce et les racines sont données en décoc- tion dans les fièvres intermittentes, les aftéctions cardiaques, l'hypocondrie, etc , et les feuilles dans l'asthme et la bron- chite. Les fleurs donnent un parfum très suave. ATALANTIA MONOPHYLLA Cork. Limonia monophylla L. Trichilia spinosa Willd Turrcsa virens Hellen. uon L. Tamoul : Courouttay, Cat-Korundoo. Télenga : Udivi-nima. Arbre de très petites dimensions, à feuilles persistantes, simples, oblongues, entières, épaisses, échancrées au sommet, ■croissant naturellement dans plusieurs parties de l'Inde. 88 KEVUE DES tJGlENCEtJ NATURELLES AITLIQI ÉKS. Cette espèce fournit un beau bois d'une grande dureté et prenant bien le poli ; malheureusement le peu d'élévation de l'arbre qui le fournit emr>èdie d'en tirer des pièces quelque peu importantes. Cependant, il est facile de l'employer avan- tageusement dans la petite mécanique, pour faire des rou- lettes, des poulies, des dents d'engrenage, ainsi que pour la confection de jouets d'enfants, boules, quilles, etc. D'après l'échantillon que nous possédons, nous pensons quïl pourrait être de quelque utilité pour la gravure sur bois. Les baies servent à préparer une huile d'une odeur agréable qui constitue un bon remède externe contre la paralysie lo- cale et le rhumatisme chronique. Aialantia glaucallooK. [Triphasia glaucaLi^DL ) Queens- land : Cumquat. Arbre de petites dimensions, d'un port élé- gant, croissant spontanément dans la Nouvelle-Galles du Sud et au Queensland où il est surtout abondant dans les dis- tricts des Darlings Downs et de Maranoa. Son bois est d'un grain fin, serré et prend un beau i)oli, mais ses dimensions ne permettent guère de l'employer qu'à la confection de menus objets. Ses fruits ne sont pas comestibles, mais pourraient vraisemblablement, suivant M. Ch. Naudin, être améliorés par la culture ; c'est d'ailleurs une espèce digne d'attirer l'at- tention des acclimateurs. GITRUS AURA.NTIUM L. Oranger doux. Citrus aurantium vulgare Poit. cl Risso. Amérique du Sud : Nnranja ou Nnranjo dulce. Aniiainiie vulg. : Catn tien (Mand. : Càn au). Arabe : Narunj. Bonfrali : Knmla, Komla-neloo. Brésil ; Lanrangeira. Cambodge : Krânch pôii-sal. Ilindouslani : Nerunga. Narungee. Italien : Melarancio. Persan : Narendj. Sanscrit : Nngrunga, Nagarunya. Taïti : Anani. Tamoul : Simë-nartem-marom, L'Oranger qui, dans les cultures de l'Europe méridionale, n'est guère qu'un arbuste ou un petit arbre très ornemental, atteint environ 15 mètres de hauteur sur un diamètre de 50 centimètres dans l'Amérique du Sud, et pourrait même ac- quérir les dimensions d'un arbre forestier s'il était abandonné à lui-même. Son tronc droit et nu, est couronné par une cime arrondie, dense et d'un vert sombre, du plus gracieux effet. Feuilles persistantes, ovales-oblongues, aiguës, légèrement LES J3U1S INDLSTUIKLS INDIGENES ET EXOTIQUES. 89 serretées sur les bords, lisses, luisantes, subcoriaces, portées sur des rameaux anguleux le plus souvent épineux ; tieurs blanches très odorantes. Originaire de l'Indo-Cliine, selon toute vraisemblance, l'O- ranger a été introdnit en Europe par les Portugais au xv<^ siècle. Largement cultivé dans l'Inde, en Chine, en Océanie et autres régions chaudes du globe, il s"est entièrement na- turalisé dans l'Amérique du Sud où on le rencontre surtout au Brésil, au Mexique, à la République Argentine, etc. L'Oranger Iburnit un bois blanchâtre, sans veines appa- rentes, quelquefois teinté de rouge vers le centre, présentant le<^ mêmes qualités et servant aux mêmes usages que celui du Citronnier-limonier avec lequel on le confond, du reste, dans le commerce. Mentionnons toutefois un usage particulier pour cette espèce: En Algérie on plante souvent l'Oranger en haies vives, et, deux ans ai)rès, on recèpe les jeunes sujets tout près du sol ; les jets qui en partent sont très droits et de grosseur presque uniforme. Ces baguettes noueuses sont alors coupées au bout de la deuxième année et exportées en grande partie en Angleterre où elles sont très recherchées pour la fabrication des cannes, des manches de parapluies et d'ombrelles. Leur valeur marchande est d'environ 15 francs le cent. La densité moyenne de l'Oranger est de 0,793, son élasticité de 1,414 et sa résistance à la rupture de 1,103 ; sa cassure est longue et fibreuse. CITRUS BIGARADIA Duham. Bigaradier, Oranger amer. Citrus viilgaris Risso. — aurantlum var. a amara Desp. — — var. Bigaradia Brand. et IIook. Arabe: Aroidj. Japon ; Daïdaï. République Arfienline : Naranjo afjio ou amargo. Salvador : Ncuanja agria. Tamoul : Nartem-matom. Petit arbre très décoratif, à tronc droit, recouvert d'une écorce grise assez lisse, à rameaux très épineux, moins élevé que l'Oranger doux ; feuilles elliptiques-aiguës, crénelées, à pétiole ailé ; fleurs blanches, disposées en bouquets : ce sont les plus grandes et les plus odorantes du genre. Originaire du nord de l'Inde, comme l'Oranger doux dont elle semble n'être qu'une des formes, cette espèce est cultivée en Asie, en Amérique, ainsi que dans toutes les parties 90 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉKS. chaudes du littoral de la Méditerranée, surtout en Espagne. C'est la plus répandue dans les orangeries, et les célèbres Orangers de Versailles sont en réalité des Bigaradiers. Son bois, d un blanc grisâtre, compact, lourd et assez dur, est excellent pour le tour et autres travaux exigeant peu de volume, mais il est moins employé que celui des Citronniers. A la République Argentine où cette espèce est abondante, le Bigaradier est utilisé pour manclies d'outils, essieux de char- rettes, meubles et autres objets tournés. Sa densité varie entre 0,704 et 0,946. L'Oranger amer est l'espèce la plus importante au point de vue médical et industriel, car il constitue la source véritable des Ecorces d'oranges amères, des feuilles d'Oranger usitées comme antispasmodiques, de l'Eau distillée de fleur d'oranger et de l'essence de Néroli. CITRUS DEGUMANA Wilf.d. Pamplemoussier, Pompoléon, Ghadek. CUrus pampelmos Porr. et Risso. An^rlais : PampeUnose, Ponieloe, Shad'lork. Annamite vulg. : Buoi, Bouï. Mand. : Yeôa. Cambod^re : Krank thlông. (iuadeloupe : Chaddec, Fruit déf'Mdu. Hindouslaui : Batavi-neboo, Siiifjtarû. Indes néerlandaises : Djêroek halie, Djëroeh iiia'jaiiff. Japon : Jalon, Znbon, Azahon, Buitan. Uépublique Argeuliue : Ctdm. Heunion : Citronnier doux. Salvador : 2'oronja. Petit arbre ornemental, à tronc droit, haut de 6-7 mètres sur un diamètre de 50-60 centimètres, à rameaux inermes ou épineux, dont la tige est recouverte d'une écorce grisâtre, un peu rugueuse. Feuilles très amples, épaisses, à pétiole lar- gement ailé. Originaire de l'.'ndo-Chine, cette espèce croît ou est cul- tivée, dans l'Inde, en Cochinchine, les Indes néerlandaises, les Antilles, la Guyane, l'Amérique du Sud, etc. ; elle a été introduite avec succès à la Réunion et dans notre colonie algérienne. Son bois, de couleur gris jaunâtre, i)lus rarement d'un jaune vif, est assez dur, d'une densité moyenne et d'un tra- vail facile ; d'un grain lin et serré, à fibres longues et droites ou légèrement ondulées lorsque l'arbre est très noueux, il prend très bien le poli et i)eut être travaillé sur le tour comme le buis. Par sa beauté, ce bois convient très bien aux LES BOIS INDUSTRIELS INDIGÈNES ET EXOTIQUES. 91 travaux d'ébénisterie, de tabletterie et de marqueterie. Les Annamites le débitent ordinairement en planches pour la menuiserie intérieure, car il résiste mal aux intempéries ; ils en font aussi d'élégantes boites à bétel et à tabac. Sa densité est de 0,780 environ. Le fruit ou Pamplemousse est une baie subgiobuleuse ou pyriforme, d'un jaune pâle ou verdâtre, à écorce lisse et odo- riférante, dont le volume atteint six ou huit fois celui d'une orange ordinaire. A l'intérieur, se trouve une pulpe blanche ou rouge, tantôt épaisse, spongieuse, fade et insipide, tantôt douce, sucrée, acidulé et d'un goût agréable, suivant les variétés très nombreuses de cette espèce. En général, dans nos colonies, ce fruit est très apprécié et considéré comme une excellente orange, mais son usage le plus important con- siste dans la préparation de confitures et de conserves au sucre. La confiserie tire également partie de son écorce et la parfumerie de son huile essentielle. CITRUS LIMONUM Risso. Limonier et improprement Citronnier. P Citrus medica limonum Gall. — — var. acida Desf. Anglais; Lemon. Annamite vuIîî. : Cûni non, Chanh mai (Mand. : l^sin p)/). Arabe : Limoun. Bengali : Korna-neboo. Neeboo, Beg-poora. Cambodge : Kranch inôn, Kranch chhiaar, Hiudouslaiii : Leemoo, Luna, Leehoo, Limbu, Neemoo, Nhnbu. Italien : Limone. Japon : Touzoîc, Yudzu, Uzii-, Mexique : Limoiiero. Paraguay : Toronija. République Argentine : Limon, Sauscnt ; Nimbuka, JMniliooka, Beeja-jjoora. Tamoul : Elimitcham-maron. Arbre de taille moyenne, à tige droite, recouverte d'une écorce gris-verdâtre, très ramifiée, à branches anguleuses, souvent munies d'épines aiguës. Feuilles persistantes, alternes, ovales-oblongues, aiguës, entières ou un peu denticulées sur leur contour, d'un vert un peu jaunâtre, les jeunes pousses et les bourgeons d'un pourpre rougeâtre. Fleurs odorantes, blanches, lavées extérieurement de violet. Originaire du nord-ouest de l'Inde, le Limonier a été intro- duit en Europe vers la fin du xv" siècle ; il est abondamment cultivé aux Açores et aux Canaries, ainsi que dans toute la région méditerranéenne. Par la culture, cette espèce a donné naissance à plusieurs variétés, dont une à pulpe douce. 92 REVUE DES SClEiNCES NATURELLES APPLIQUÉES. Le Limonier donne un bois jaune- clair, rarement veiné, dense, inodore, dur, compact et un peu noueux ; il est très liant et son grain fin et serré, le rend propre à recevoir un beau poli. Pour être d'une longue durée, ce bois doit être soumis pendant deux mois environ, à l'action de l'eau cou- rante, aussitôt après sa coupe. Excellent pour les travaux d'ébénisterie de luxe, il est également recherché pour la marqueterie et la tabletterie, coffrets, étuis, mesures articulées, etc. Quoique moins beau que le buis, il peut être utilisé dans les mêmes conditions, pour tous les ouvrages tournés. En Amérique et aux colonies, où l'arbre acquiert de plus fortes dimensions, on l'emploie souvent dans la construction, ainsi que pour la confection de diverses pièces de carrosserie, des manches d'outils, des mortiers à décortiquer le riz, etc. En Europe, le bois d'Oranger et de Citronnier est rare et toujours d'un prix élevé. Celui qu'on rencontre dans le com- merce provient presque exclusivement des arbres abattus par une cause accidentelle ou par suite de stérilité, les arbres sains étant soigneusement conservés pour leurs fleurs et leurs fruits. Lorsque les arbres commencent à ne plus produire, le bois a presque toujours subi une altération profonde qui lui fait perdre la teinte et les qualités qui lui donnent sa valeur. CITRUS MEDIGA Gall. Citronnier vrai, Cédratier, Citronnier des Juifs. Citrus cedra Ferr. — medica cedra Gall. Anglais : Citron. Arabe : Utrej. Ilindoustani : Bejoura, Bijouree. Italien : Cedro. Persan : Turcre. Sanscrit : Beeja-poora. Tnïti : Taporo. Tunisie : Trendj. Arbre de moyenne taille, n'acquérant guère que les dimen- sions d'un petit arbuste de 3-4 mètres dans l,s cultures spéciales. Feuilles amples, oblongues ou ovales-oblongues, plus allongées que dans les autres espèces, arrondies à la base, un peu obtuses au sommet. Fleurs pourpres ou violacées en dehors, blanches intérieurement, odorantes, se succédant pendant presque toute l'année. D'origine indienne ou indo-chinoise, cette espèce a été LES BOIS INDUSTRIELS INDIGÈNES ET EXOTIQUES. 93 introduite en Italie au iii« siècle ; c'est la seule qui ait été connue des Grecs et des Romains. Sa culture est aujourd'hui très répandue aux Açores, à Madère, en Chine, etc., ainsi que dans les régions de l'Alrique septentrionale et du midi de l'Europe, notamment en Corse, où elle a pris une extension considérable, favorisée par la nature du climat et surtout par les prix élevés qu'atteignent actuellement sur les marchés les excellents produits de l'arbre. Le bois du Cédratier, d'une belle couleur jaune, dur et compact, présente la plus grande analogie avec celui des espèces précédentes et ne lui cède en rien sous le rapport de la beauté ; excellent pour le tour et autres travaux, il est d'un grand usage pour la marqueterie et l'ébénisterie fine. Le fruit, appelé communément Cédrat, se distingue du limon et antres espèces de citrons par son volume, l'épais- seur de son écorce et la partie beaucoup plus faible occupée par la pulpe : c'est une baie ovoïde ou oblongue, d'un jaune pâle ou doré, inégalement rugueuse ou mamelonnée à la surface, renfermant une pulpe acide mais peu abondante. Le Cédrat n'est pas comestible, mais peut servir à faire de bonnes confitures. Son écorce, qui est très aromatique, est recherchée des confiseurs, (jui la préparent au sucre et en font une excellente friandise. L'écorce de Cédrat se rencontre dans le commerce, coupée en tranches de couleur verdâtre, légèrement diaphanes, couvertes d'une efflorescence de sucre. Ces tranches possèdent une saveur extrêmement suave et se vendent en boîtes de diverses grandeurs. On confit également au sucre les fruits entiers, qui prennent alors le nom de Poncires . On retire aussi de cette écorce, soit par compression, soit par distillation, une huile volatile d'une odeur agréable de citron, emplojée en parfumerie sous le nom (Vesseiice de Cédrat. Les fleurs fournissent un produit semblable au Néroli, mais moins estimé. {A snh-)-c.\ II. CHRONIQUE GÉNÉRALE ET FAITS DIVERS. Une variété constante de Chevreuil, — De 1860 à 67 et de 1886 à 88 l'on observa et captura à plusieur>^ reprises en Alsace des Chevreuils dont le pelage était bariole' de blanc et de brun. Celte race, affirrae-t-on, serait constante et continuerait à multiplier dans la région. On écrivait à ce sujet : « On reconnaît ces Chevreuils :> à une très grande distance dans la montagne, car leurs marques » éclalent de blancheur. Le soir même, et de nuit, on les distingue » facilement. C'est un joli spectacle de voir ces animaux bariolés » prendre leur course. » G. Pigeons messagers. — Dans New-York, au-dessus du carre- four formé par le Cortland Street et Washington Street, on voit sou- vent s'envoler de nombreux Pigeons voyageurs. A l'étage le plus élevé' d'une des maisons, habite une dame qui les élève et les prend même en pension. Elle possède actuellement 300 oiseaux des meil- leures races. Dans la ville, les gens d'affaires s'en servent beaucoup pour porter les dépêches. (Public Ledger, Philadelphie.) Les essais d'élevage artificiel de la Morue et de rem- poissonnement de la mer, lente's il y a cinq ans le long des côtes de Massachusseis- par la Commission de pêche des Etais Unis de l'Amérique du Nord, ont donne' dos résultats fort satisfaisants. En 1889, les pêcheurs virent un très grand nombre de petites Morues sur des bancs, prés de Nantoukett, et en 1890, il fut pris 4 millions de livres environ de poissons, pour la somme de 114.000 dollars. Dans ce nombre, nous ne comptons qie les animaux ayant atteint la taille exigée dans le commerce. C'est là une démonstration irréfutable eu faveur de l'utilité de l'élevage artificiel de la Morue, et les pêcheurs qui se montraient fort sceptiques à l'endroit des expe'riences de ce genre en ce qui concerne le poisson de mer, s'avouent convaincus — à leur très grande satisfaction. C. K. c* I/épidémie chez les Saumons dans le sud de l'Ecosse. — Une maladie des Salmonidés connue sous le nom de Saprolegnia so développe d'un façon alarmante dans les couis d"eau de l'Ecosse. Dans quelques parties de la rivière Annam, presque tous les Saumons et les Grilses sont plus ou moins atteints par ce champignon que quel- ques auteurs classent dans les algues ; on retire chaque jour de ce cours d'eau des poissons morts ou mourants. Près du barrage de Newbie Mill on eu a trouvé plus d'une vingtaine. Cette maladie est surtout regrettable en ce qu'elle atteint les Saumons de remonte, car CHRONIQUE GÉNÉRALE ET FAITS DIVERS. 96 on a recueilli des individus infestés qui avaient séjourne' pendant une semaine dans la rivière ; ils e'taient aveugles. Le Saprolegnia s'est répandu dans les eaux de Hoddom Caslle. Pour la contrée du mont Annam, on Ta signalé daus les cours d'eau de Castlemilk, prés de Murraithwaite et de Dormont, voire même dans des régions éleve'es. Pendant huit jours on a trouvé dans le Border Esk une quantité de Saumons morts de l'épide'mie. Elle s'est encore de'clare'e dans le Xith supérieur et les rivières de Galloway. Si la crue des eaux arrivait maintenant, elle emporterait tous les poissons infosle's vers la mer, et la contagion serait airèlée. De S La Gomme éléphantine. — A Ceylan et dans llnde, on re'coUe abondamment, à l'aide d'incisions pratiquées sur l'e'corce du Feroaia elephantum, une gomme incolore ou légèrement colorée en jaune, qui se présente en masses irrëguliéres et assez volumineuses. Cette gomme, connue sous le nom de Gomme éléphantine, est très fragile et entièrement solublo dans l'eau. Comme elle se dessèche facilement, elle se fendille à la surface qui devient opaque et se de'tache par frag- ments brillants ou sous forme d'écaillés transparentes. De toutes les gommes de l'Inde, c'est celle qui, par son aspect et ses propriéte's, offre le plus d'analogie avec la gomme arabique, à la- quelle on peut la substituer dans l'industrie et pour l'usage médical. On la reconnaît cependant assez facilement parce qu'elle conserve souvent quelques fragments jaunes d'ocorce. De plus, scn mucilage avec l'eau est plus visqueux que celui de la gomme arabique; sa solu- tion est précipitée par presque tous les re'actifs et rougit le tournesol. En effet, traitée par l'acide azotique fumant elle donne des cristaux d'acide mucique. La gomme cle'phantique est peu répandue dans le commerce, mais les natifs de l'Inde s'en servent beaucoup, pulvérise'c et additionnée de miel, pour combattre la diarrhée et la dysenterie. Le fruit du Feronia elephantum, appelé' « Eléphant Apple ou Wood Apple » par les Anglais, est une baie subgloluleuse, de la grosseur d'une Orange, de couleur gris blanchâtre. Sous une écorce li- gneuse, se trouve une pulpe rosâtre, comestible, acidulé, très agréable au goût, avec laquelle on prépare aussi soit des gele'es le'gèrement as- tringentes, soit des boissons rafraîchissantes eu y ajoutant de l'eau et du sucre. Ce fruit, cueilli à demi miir et se'che', est parfois substitue' dans le commerce au Bêla indien {^gle Marmelos) . Les graines nombreuses, oblongues, comprimées, renferment un em- bryon blanc et charnu qui donne, par expression à froid, une huile incolore, de'pourvue d'amertume, utilisée, dans la peinture. M. V.-B. m. BIBLIOGRAPHIE. Les Hommes des Bois. — Episodes et souvenirs, par le Comte d'OsMOND. — Firmin-Didot, cdit. — Un vol. de 372 pages, illustré de nombreuses planches. Ce ne sont pas des hommes sauvages, comme vous pourriez croire, mais des hommes très civilisés, au moins aussi bien habillés que le volume dont le titre, entoure de filets rouges et noirs, rappelle les couleurs de l'Equipage de Piqu' avant Morvand que le comte d'Osmond conduisait naguère à la victoire contre les Sangliers du Morvand et de la foret d'IIallatte. Dans ce livre, le veneur a consigné ses souvenirs de chasse, et tracé avec esprit les' portraits d'un grand nombre de ses confrères en saint Hubert, qui furent ses compagnons de chasse ou qui gravitèrent autour de sou vautrait célèbre. Dans cette galerie figurent beaucoup de grands noms de France, de ceux qui, comme l'a dit le marquis de Fondras, se sont tournés vers les rudes de'duits de nos pères, plutôt que vers les plaisirs effe'minés de notre temps. Là, nous retrouvons de précieux souvenirs de l'ancienne Société de Rambouillet, de Rallye Bourgogne que le marquis de Mac-Mahon a rendu célèbre, des e'qui- pages contemporains encore dans tout leur e'clat aujourd'hui, les Che- zelles, les Boisgeliu, les de la Besge, etc. Le comte d'Osmond raconte avec esprit, humour et enthousiasme. Hélas ! c'est la dernière œuvre qui sortira de cette plume. Ses amis ont ramasse' pieusement les épreuves qu'il corrigeait sur son lit de mort et ont achevé' sa tâche. Ils lui devaient bien cela, car le comte se montre plein d'affection pour eux dans ce dernier adieu qu'il leur adresse. D'intéressantes illustrations ont complète' le volume; quelques-unes ne sont pas ine'dites, mais reproduisent des estampes curieuses avi- dement recherchées par les collectionneurs ; voici la Société' de Rambouillet par Eugène Lami, l'e'quipage du prince de Wagram par Lepaulle, le duc de Beaufort eu Poitou par le baron Finot. Les édi- teurs ont, au moyen des graphiques, mis les noms sur chacune de ces têtes de chasseurs. C'est une heureuse idée qui ajoute à l'inte'rêt de ces planches historiques et fait des Eotnmes des Bois une œuvre se'rieu- sement documentée, dont la place est toute marquée, non seulement dans les bibliothèques de chasse, mais encore dans la collection des rae'moires, qui conserveront aux générations futures une peinture exacte de notre époque vue par un certain côté. P. P. Le Gérant : Jules Grisakd. I. TRAVAUX ADRESSÉS A LA SOCIÉTÉ. L'ETAT ACTUEL DE L'HIPPOPHAGIE EN EUROPE Par m. E. LECLAINCHE, Professeur à l'Ecole vétérinaire de Toulouse Et m. Ch. MOROT, Vétérinaire municipal à Troyes. (SUITE *) Provins — Seine-et-Marne (25). Une boucherie hippo- phagique a été ouverte le 20 mars 1888. Elle a vendu à partir de cette époque, en 1888, 45 chevaux et 18 ânes ; en 1889, 73 chevaux et 11 ânes ; en 1890, 67 chevaux et 7 ânes ; du 1'='" janvier au 31 mai 1891, 41 chevaux et 5 ânes. Avant l'ins- tallation de cet établissement, on consommait déjà à Provins quelques rares chevaux. Reims — Marne (25). Nombre de solipèdes abattus : Années . . , 1SSS 1889 4 890 1891 ^ , du le 1892 rjanv. au i«"-avri Chevaux. . 867 863 1,023 1,069 342 Anes 54 41 57 55 11 Mulets 5 6 4 11 1 Romilly-sur-Seinc — Aul)c (27). En 1891,16 chevaux, 1 âne et 2 mulets ont été sacrifiés pour la consommation — mais en dehors de l'abattoir. Les meilleurs morceaux sont seuls ven- dus, au prix de 30 à 50 centimes le demi-kilo. Rouen — Seine -Inférieure (28). L'hippophagie a débuté il y a une quinzaine d'années. Il y a actuellement cinq étaux hippophagiques, appartenant tous au même propriétaire. On {■*) Voyez plus haut, page 1. 5 Août 1892. 7 98 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. y yend le saucisson aux prix suivants par demi-kilo : l^e qua- lité (mélange égal de cheval et de porc), 1 fr. 50 ; 2« qualité (cheval avec un peu de porc), 1 fr. ; 3° qualité (pur cheval), 65 et 10 centimes. Beaucoup de ces saucissons sont débités hors de Rouen. La vente de la viande chevaline congelée venant d'Amérique n'a pas été autorisée à Rouen. Années ^ftSS ISS!) IS90 18!H Solipèdes abattus 351 280 296 284 Pas de Mulets .et très peu d'Anes. Presque tous des Chevaux. Toulouse— Hante-Garonne (29). La vente hippophagique a débuté le 21 septembre 1869. Il y a actuellement vingt et une boucheries de cheval, appartenant à seize bouchers. Une grande quantité de saucissons de cheval est exportée en Amé- rique. Ci-joint la statistique des solipèdes consommés à Tou- louse de 1869 à 1891 : Années.. iSGO 1S10 IS7I 1872 4873 187', i87:i IS7(! 1S77 iS78 IS7 39 80 93 177 225 268 307 312 338 323 311 Total des Solipèdes • 664 1,159 881 1,533 1,755 1,580 1,907 2,070 2,008 2,026 2,414 Années.. I8SI ISSi 1883 iSSi ISSo IS8G 1887 1888 188!» 1800 I SUI Chevaux. 1,523 1,024 1,753 2,053 2,312 2,7/3 2,857 3,015 3,103 2,920 2,736 Anes ... 357 301 309 384 306 418 458 456 440 520 450 Mulets.. 330 454 388 365 448 401 490 589 597 443 383 Total des Solipèdes 2.210 2,379 2,450 2,802 3,120 3,652 3,805 4,060 4,140 3,883 3,509 Tours— Indre-et-Loire (30) .Lsl première boucherie de che- val a été ouverte en 1871. Actuellement (l^-- avril 1892), il y a cinq étaux hippophagiques , dont deux à domicile et trois dans les divers marchés couverts. La viande de cheval se vend sans os aux prix suivants, par demi -kilo, selon les catégories: fdet , 80 centimes; faux-fdet, 50 centimes; autres bons morceaux, 40 centimes ; bas morceaux [collet et poitrine, 20 centimes ; foie, 25 centimes ; cœur, 25 centimes ; L'ÉTAT ACTUEL DE L'IIIPPOPHAGIE EX EUROPE. 99 saucisson, 80 centimes ; côtelettes d'âne non désossées, 40 centimes. La cervelle de cheval se vend de 40 à 50 cen- times pièce. Le nombre des solipèdes consommés a été : En 18SS ISS9 1S90 IS91 Chevaux 859 920 1,089 1,165 Anes et Mulets. 402 329 302 401 = 322 Anes et 79 Mulets. Troyes—Aube. 50,000 habitants. En 1891 il a été abattu 1,336 chevaux plus 68 ânes et mulets, en tout 1 ,404 solipèdes. 11 a été livré à la consommation 1,247 chevaux plus 66 ânes et mulets, en tout 1,313 solipèdes (statistique du service d'oc- troi). 89 chevaux et 2 mulets ont été saisis en totalité comme impropres à l'alimentation de l'homme pour les motifs sui- vants : Etisie : 54 chevaux. — Cachexie : 20 chevaux et 2 mulets. — Œdème intenmisculaîre généralisé : 2 chevaux (dont un avec leucocythémie) . — Mélanose généralisée : 9 chevaux (dont 7 en bon état de graisse, 1 étlque et 1 cachec- tique). — Cancer généralisé : 1 cheval avec cachexie com- mençante. — Fièvre générale et traumatisme: 3 chevaux. La proportion des chevaux saisis en totalité aux chevaux abattus a été de 6,70 pour 100. Celle des mulets n'a pas été fixée. Il y a eu en outre un grand nombre de saisies partielles pour des motifs divers, notamment pour mélanose localisée, trau.matisme, etc. Les coefficients annuels de consommation pour 1,000 habitants ont été de 22 animaux pour les solipèdes et de 89 animaux pour les taureaux, bœufs et vaches : il a été consommé, en effet en 1891, 221 taureaux, 113 bœufs, 4,130 vaches et 1,313 solipèdes. On peut encore dire qu'en 1891, pendant qu'on vendait 23 solipèdes, on débitait 77 taureaux, bœufs et vaches. Au 31 décembre 1891, il y avait 16 étaux hippophagiques à Troyes, dont 4 au marché central et 12 dans les différents quartiers de la ville. A Troyes, la viande de cheval est en faveur auprès de beaucoup de familles, qui ne craignent pas, pour la plupart, de l'acheter au grand jour. Cela explique un peu pourquoi le faux-filet et les bons mor- ceaux analogues se vendent maintenant 60 et 70 centimes le demi-kilo, tout en étant moins épluchés (dégraissés et énervés) que lorsque leur prix n'était que de 50 centimes. Le filet continue toujours à se débiter 1 fr. le demi-kilo et même 100 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. 1 fr. 10 centimes clans certaines maisons ; le filet d'âne se vend 1 fr. 25 le demi-kilo. Scante-Savine-- Aithe {T)rès Troyes). 5,000 habitants. En 1891 on a sacrifié à l'échaudoir hippophagique de l'abattoir communal 83 chevaux, 5 ânes et 3 mulets. Un cheval étique a été retiré de la consommation. Dans la même année il y a eu deux étaux hippophagiques, dont un a suspendu sa vente pendant une partie de l'été pour la recommencer à l'automne. (Communication de la mairie de Sainte-Savine.) Verdun-sur- Meuse — Meuse (31). La population s'est fa- miliarisée avec la viande de cheval pendant le siège de Verdun, en 1810, et a continué à en manger depuis cette époque. Il y a cinq ou six ans, il y avait deux boucheries hippophagiques, l'une gérée par un équarrisseur, toutes les deux très mal tenues et fort malpropres, vendant plus pour l'ahmentation des chiens que pour celle de l'homme. Ces deux établissements ont été remplacés par un seul très bien orga- nisé, qui, en 1890, a fait tuer 178 chevaux et 9 ânes. Versailles — Seine-et-Oise (32). Une seule boucherie hippo- phagique en 1891. Le nombre des solipèdes consommés a été de 103 en 1888, 159 en 1889 et 125 en 1890. Vitry-le François — Marne (33j. Il y a une seule bou- cherie hippophagique, approvisionnée d'une façon intermit- tente et ne vendant jamais plus d'un cheval par semaine. Il n'est pas rare de voir le débit suspendu pendant quinze jours ou trois semaines, surtout en été. ALLEMAGNE, Als.ace - Lorraine (34). Mulhouse. Trois boucheries hippophagiques sont ouvertes actuellement (15 avril 1892). Le demi-kilo de viande de cheval se vend, selon les catégories, de 25 centimes (bas mor- ceaux) à 50 centimes [filet). Années (l) ISSo-SG ISSIi-87 tSSj-Si 1S8S-SU 1889-00 iSOO-Ot Chevaux abattus. 227 207 202 370 475 494 (1) En Allemagne, comme dans quelques autres pays d'ailleurs, l'année administrative commence le 1°'- avril d'une année et finit le 81 mars de l'année suivante. En France, l'anne'e administrative est L'ETAT ACTUEL DE L'HIPPOPJL\GIE E.\ EUROPE. 101 Thann. Depuis trois ans on ne vend plus de \iande de cheval. Celle-ci était alors .débitée par un seul boucher au prix de 25 centimes le demi-kilo, à l'exception du filet vendu 50 centimes la même quantité. Dans la seule année 1888, le boucher hippophagique précité a lait abattre 75 solipèdes à Thann. Il payait par cheval à la ville un droit d'abatage de 6 fr. '25 centimes et au vétérinaire-inspecteur un droit d'ins- pection de 3 l'r. 75 centimes. Grand-Duché de Bade. Le nombre des solipèdes abattus a été : A Mannhcim de :56 en 1882, dont 3 saisis (1) et de 239 en 1883 (G) ; A Karlsriihe, de 128 en 1883 (G); Dans tout le Grand-Duché de Bade, de 1002 en 1888, et de 8.54 en 1889 (R^). Royaume de Bavière. Munich. Le nombre des chevaux de boucherie consommés a été : (I) (G) iJS' ij" G y, ;J^0 (Ji7) (J*') (J*') Eu 1859 IS83 iS8l 1883 1886 1881 1888 1889 1890 De 195 1093 1335 1155 989 962 1103 1424 1728 J.uiv. Fév. Mars. Avril. Mai. Juin. Juil. Août. Sept. Oct. Nov. D6c. 1890 14G 1G2 139 129 112 110 107 99 109 173 209 234 Le nombre des chevaux saisis a été de 28 en 1883, 21 en 1885, 18 en 1887, 23 en 1888 et 12 en 1890. Le poids moyen net d'un cheval étant fixé à 235 kilos, le coefflcient annuel de consommation hippophagique par habitant a été repré- senté par 1,070 grammes en 1885, 800 grammes en 1887, et 900 grammes en 1888. Le prix du demi-kilo de viande de cheval, qui n'était, de 1887 à 1890, que de 18 à 20 pfennigs (22 à 25 centimes), a été élevé par les bouchers hippopha- l'année ordinaire. Le système français a toutes nos prefe'rcuces, car il est le plus simple et le moins sujet à provoquer des erreurs dans les statistiques. (1) Thieràrztliche Mittheilungen. Karlsruhe, 1883, p. 213. 102 UEVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. giques, au P'' octobre 1890, à 25 pfennigs (31 centimes) en même temps que le prix de la viande de Bœuf était augmenté par les boucliers ordinaires. Nuremberg. Le nombre de chevaux de boucherie consom- més a été : ,1, (I) [D (I) (K) (K) (M) (1) En 1857 1838 iSSO 1860 i8Gi 48G5 4813 1880 De 365 203 187 159 16fi 344 336 280 (J2) (J5) • (Z') (Je) (JO (J'o) (J»') En iSSi 1883 4886 4881 4888 4889 48<)0 De 393 440 429 445 430 436 557 AugshOiirg. Le nombre de chevaux de ])oucherie consom- més a été : I, ili (M) ^J) ,G) (J') ,J«i ■/ ih :J/' J'o, (J''') En 1860 1861 4870 1880 1 S85 18Si '!88S 1886 1887 4SS8 ISS!) 18!)0 De 119 143 55 112 218 218 241 207 227 251 243 263 Le poids moyen d"un cheval étant lixé à 20U kilos, le coefficient annuel de consommation hippophagique par habi- tant a été représenté par 730 grammes en 1885 et 670 grammes en 1887. Le nombre des solipèdes consommés a été : en 1889, de 1134 en Sonnbe et JSeiihoin-g (J"), de 13 à Dayrenih (J**), de 16 à Landshid (J'^), de 106 à Passait (J"'), de 180 à Kai- serslauteni (.1'^) et de 182 à Wurtz-ljourg (J'^). Le nombre des solii)èdes consommés a été : en 1890, de 1050 [)lus 88 r-eiusés en Souahe et Neuhourg (J'^), de 22 à Anshach (J^o) et de 203 à Wurtzlourg (B'^j. En 1890, à Wwrtzboiirg, la viande de cheval se vendait 25 pfennigs (31 centimes) la livre. Les chevaux de boucherie étaient tous défectueux ou infirmes, mais généralement en bon état d'entretien et parfois remarquablement gras. Les solipèdes trop maigres étaient refusés pour la consommation humaine et servaient â la nourriture des chiens (B-). Le règlement provincial de la boucherie de la Basse- Bavié?^e dit 21 Juillet 1876,% //, stipule que la tête et les (1) Journ. f. Laniinirth, 1881, p. 2ôQ. Schvjarz. Fleischconsum. L'ÉTAT ACTUEL LE L'HIi'PUPHAGlE EX EUROPE. 103 viscères des solipèdes de boucherie doivent rester adhérents aux animaux pour l'inspection après l'abatage, laquelle est exclusivement confiée aux vétérinaires diplômés (H). Divers duchés et diverses anciennes villes libres. Le nombre des chevaux de boucherie abattus a été : A Brunsioich {Duché de Brunsivicli) , de 14, en septembre 1886 (N'j ; A Wclmar [Grand -Duclic dcSaxe-Weimar), de 44, en 1889 (G') et de 43 en 1890 (0-) ; A Bcrnljourg-sur-Salle {Diœhé d'AnUalt), de 375 en 1885 (M), de 286 en 1888 (0), de 397 en 1889, et de 261 du 1" jan- vier au 30 juin 1890 (B); A Liibeck de 368 du 1^'- octobre 1884 au 30 septembre 1885 (M) ; A Brème, de 689 en 1882, dont un avec des ecliinocoques du foie (G^), et de 1055 en 1883 (G). HamJjoiirg . Dernièrement, on découvrit qu'un restaura- teur de cette ville avait débité, en quelques semaines, dans son établissement, 66 quintaux de viande de cheval sous forme de biftecks, filets et rôtis, sans en indiquer la véritable na- ture. En raison de cette vente hippophagique déguisée, ce commerçant eut sa maison fermée et, comme ses prix avaient été modérés, il ne fut condamné qu'à trois semaines de pri- son. Le professeur Bollinger, qui rapporte ce fait, ajoute les conclusions suivantes : " La viande de cheval, surtout celle des animaux jeunes, bien nourris, possède une valeur nutri- tive égale à celle de la viande de bœuf. Cependant, il est évi- dent que la déclaration est obligatoire et que l'acheteur doit être prévenu de la qualité de ce qu'il achète (1). » Royaume de Piiusse. Du l"^"" avril 1890 au 31 mars 1891, dans les 431 abattoirs hippophagiques de Prusse, il a été sacrifié 53,281 chevaux et 1 àne. Parmi ces chevaux, 518 ont été saisis en totalité, comme impropres à la consommation, et 2406 ont subi des saisies partielles . La tuberculose a été constatée sur 40 che- (1) Bollinger. Ueber die Verwendbarkeit des an Infectionskran- kheites leidenden Schlachtviebes, in Deutsche Zeitschrift fiir Thierme- dizin und vergleichende Pathologie, \H%\, p. 215. i04 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. yaux et la morve sur 8 . Le nombre des chevaux tués a été de 8,471 à Berlin, de plus de 5,000 dans le cercle de Breslau et d'autant dans le Sclilesiolg ; de plus de 3,000 dans chacun des cercles de Magde'boitrg, Mersedourg, Arnshcrg et Dus- seldorf ; de moins de 100 dans chacune des villes suivantes : Gumliinnen, Coeslin, Broml)erg, Lunebourg, Aurich et Co- Uentz. On n'a abattu aucun cheval dans le cercle de Po- sen (O^). Berlin. Les premières boucheries hippophagiques furent ouvertes en 1847. Le nombre des chevaux abattus s'éleva, de 613 en 1860 et de 700 en 1861. à 1,742 en 1864 et à 2,241 en 1865 (P). Ces chiffres diffèrent sensiblement de ceux donnés pour Berlin dans le tableau suivant (R*) : Années IS64 1862! ISGÔ ISGi ISGo ISG6 -ISGI 18G8 Chevaux abattus 516 1042 1307 1742 2141 3115 3911 4026 Boucheries hippophag^"'^» 3 7 7 8 8 12 17 18 A Berlin (en 1869), l'inspection des solipèdes de boucherie « se fait avant et après l'abatage. Ce sont deux médecins vé- térinaires qui sont spécialement chargés de ce service. La viande reconnue impropre à la consommation est empuantie, et celui qui expose en vente de la viande suspecte est puni d'une amende de 10 florins de Prusse ou d'un emprisonne- ment de 15 jours. » (R'J. Berlin. — Statistiques hippophagiques (1) dont les chifres diffèrent sensiblement de ceux du tableau P. Années 1881 1882 1883 -188 t Chevaux abattus 6552 6294 5929 5722 — consommés.... 6440 6155 5772 5576 — saisis 112 139 157 146 Berlin. — Statistiques hippophagiques pour diverses époques (P). Années 1881 1882, 1885 1884 1885 1S86 1887 1888 Chevaux visités 6604 6272 6154 5675 5894 5723 5999 7051 — refuse's 120 131 157 167 124 165 179 206 — consommés... 6484 6141 5997 5508 5770 5558 5820 6845 (1) Allgem. Fleischer^eitung. 1885. L'ÉTAT ACTUEL LE L'IIIPPOPHAGIE EN EUROPE. 105 Berlin, 1889. Les clieyaux de Louclierie sont sacrifiés dans im abattoir spécial. Ils sont achetés an prix moyen de 43 fr. 15 ; ils acquittent nn droit d'ai^atage d'environ 1 fr. 75. Dix-hnit bouchers sont inscrits h l'abattoir hippophagique comme faisant abattre des chevaux dans cet établissement. Trente-six bouchers s'occupent du débit de la viande de che- val dans divers quartiers de la ville. La livre de viande de cheval se vend 40 pfennigs (50 centimes) les bons morceaux, rôtis et biftecks ; 25 à 30 pfennigs (31 à 37 centimes) les morceaux ordinaires à bouillir; 28 pfennigs environ (35 cen- times) les morceaux inférieurs ; et 15 à 20 pfennigs (19 à 25 centimes) les morceaux pour les chiens. La viande de cheval est plutôt consommée par les employés peu rétribués, que par les ouvriers et les indigents . Parmi les chevaux figu- rant dans les statistiques berlinoises, le Jardin Zoologique en emploie au moins 400 chaque année pour ses carnassiers ; il les achète maintenant tout abattus aux boucliers hippopha- giques [Lees Knoivles, Horseftesh). A Berlin, Thippophagie est régie par un règlement muni- cipal de police du oO aoiit 1887, dont voici les principales dispositions : L'abatage des chevaux. Mes et mulets destinés à l'alimentation hu- maine ne peut être pratiqué qu'à l'abattoir central des chevaux. Il est interdit d'introduire à Berlin de la viande de cheval ainsi que des saucissons et d'autres produits alimentaires préparés avec cette viande. La viande de cheval, les saucissons et autres produits alimen- taires faits avec cette viande ne peuvent être gardes, vendus ou dé- posés que dans des boucheries ou autres places enregistrées à cet effet. Il doit y avoir, au-dessus de la porte d'entrée de toutes ces bouche- ries ou places enregistrées, une enseigne portant distinctement, en lettres d'au moins 15 centimètres de hauteur, l'inscription suivante : Venue de viande de cheval ou venie de inoduits alimentaires faits avec de la viande de cheval (1). (1) Le 18 octobre 1886, la Cour d'appel prussienne infirma un juge- ment du tribunal du l"'"' arrondissement de Berlin qui, sous prétexte que le mode de fabrication des saucisses n'était pas réglementé, avait acquitte un charcutier prévenu d'avoir mis en vente des saucisses composées de 3/4 de porc et de 1/4 de cheval. La Cour d'appel décida que cette mise en vente d'une marchandise d'une valeur inférieure h celle déclarée constituait une infraction aux articles 10 et 11 de la 106 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. Les animaux doivent être examine's au point de vue de leur e'tat de santé, avant et après Tabatage, par les vétérinaires municipaux. S'ils ne sont pas abattus dans les vingt-quatre heures de la visite sur pied, ils doivent être examine's vivants une nouvelle fois. On ne peut abattre les animaux présentant sur pied quelque affec- tion susceptible d'altérer la qualité de la viande. Après l'abatage, toutes les viandes, reconnues propres à l'alimentation de l'homme, sont estampillées. Celles déclare'es impropres à la consommation, pour défaut de qualité ou en raison d'un danger de contagion, sont livrées à l'équarrisseur. Chaque boucher de cheval doit tenir un livre d'abatage conforme au modèle suivant : Signalement du cheval, âne ou mulet ; âge, taille , robe et re- marques spéciales. Jour de l'achat. Nom et adresse du vendeur. Certificat du vété- rinaire municipal indiquant l'état de santé de l'animal examiné. Jour de l'abatage ou de la vente si l'animal est revendu. Les colonnes 1 à 4 sont remplies par l'employé de police de l'abat- toir avec l'assistance du vétérinaire et d'après les indications du bou- cher propriétaire du cheval. Le vétérinaire remplit la colonne 5 après qu'il a refusé l'animal ou qu'il l'a examine' abattu; il noie le nombre d'heures écoulées entre l'examen sur pied et l'abatage. La colonne G est remplie par l'employé de police le jour de l'abatage, du refus ou de la vente du cheval. Les bouchers et, en leur absence, leurs repre'sentants, doivent remettre une de'claration écrite et signe'e certifiant l'origine des chevaux et indiquant leur signalement. Le livre d'abalage reste à l'abattoir sous la surveillance de la police. Toutefois, sur une demande spe'ciale, il peut être retiré par le boucher pour une durée de 24 heures au plus. On ne peut fabriquer des produits alimentaires avec la viande de cheval que dans des établissements spéciaux ; ces locaux, ainsi que les voitures servant au transport desdils produits, doivent èlre munis, en lettres hautes d'au moins 15 centimètres, de l'inscription suivante : Viande de cheval ; 2)'>'oduits alimentaires faits avec de la viande de Loi prussienne sur les denrées alimentaires du ii mai 1879. Après avoir rappelé' ce fait, M. Niebel ajoute qu'eu vertu de l'article 263 du ('ode criminel allemand, le charcutier poursuivi pouvait aussi être condamné comme ayant vendu frauduleusement de la viande de cheval, valant à Berlin 25 2)fejinigs (31 centimes] le demi-kilo, pour de la viande de bœuf et de porc valant 60 pfennigs (75 centimes) et 80 pfennigs (1 franc) le d©mi-kilo (B'). L'ÉTAT ACTUEL DE L'HIPPOPHAGIE EN EUROPE. 107 cheval. Les saucissons de cheval ne doivent contenir que de la viande de solipédes ; naais ils peuvent être additionnés de graisse de porc ou de suif. Les bouchers de cheval sont, à l'abattoir, soumis à l'autorité du service de police et du service vétérinaire. Les boucheries de cheval et les fabriques de produits hippophagiques sont placées sous le con- trôle du service de police et du service ve'térinaire. Les contraventions à ce règlement entraînent une amende de 30 marks (37 fr. 50) au maximum, ou, à de'faut de paiement, un em- prisonnement de 14 jours. La vente ou la mise en vente, l'utilisa- tion ou la de'tention de la viande de chevaux abattus contrairement à ce règlement ou de produits fabriqués avec celte viauie, provoquent la confiscation de ces substances (P). Le nombre de chevaux de bouclierie abattus a été : A Prenzlau {Brandebourg), du 25 novembre 1889 au 31 décembre 1890, de 174 consommés (plus 12 saisis, dont 1 pour morve, 2 pour inélanose, 1 pour entéro-péritonite et 2 pour cachexie) ; A Girrlit:. [Silésie], de 374 en 1885 {Sazler's Bericht) ; En 1890, dans le Cercle ù'Oppeln (Sllàsie), de 759 dont 134 à Bcutlien, 243 à Glehvitz, 333 à Neustactt et 49 â Ratlbor[T')\ A Hagen, de 9 en 1889 (0*) ; A Gottingue, de 125, dont 2 saisis pour tumeurs généra- lisées, du P'- avril 1885 au 31 mars 1886 (N) et (J«) ; de 130 du l^'- avril 1887 au 31 mars 1888 (J'), et de 145 du P-' avril 1888 au 31 mars 1889 (J^) ; A Hrmovre, de 769 en 1883 (Gi, de 737 en 1885 {Hageman's Bericht), de 764 en 1886 et 791 en 1887 (T) ; A Iserlolin ( Westphalle), de 51 en 1881 (G-) ; A Cologne {Prusse Rhénane), de 1296 du l^"" avril 1885 au 31 mars 1886 {SchregeVs Bericht) ; A Buisbourg {Prusse Rhénane), de 260 du !«■' avril 1886 au 31 mars 1887 (N^). [A suivre.) LES ÉGHASSIERS D'ÉGYPÏE LISTE RAISONNÉE DES ESPÈCES QUI ONT ÉTÉ OBSERVÉES DANS CE PAYS Par m. MAGAUD D'AUBUSSON. (suite et fin *) Glaréole pratincole. {Glareola prati)icola Linné.) La Glaréole pratincole ou Glaréole à collier, connue vul- gairement sous les noms de Perdrix de mer, Hirondelle de marais, se montre en grand nombre en Egypte, au printemps et à l'automne. Au commencement d'avril, elle arrive du sud et descend du Nil pour se répandre dans le Delta, d'oii elle passe en Europe et se dirige vers les lieux où elle a cou- tume de nicher. Au mois d'octobre et en novembre on la voit revenir et continuer sa route en remontant le fleuve, pour prendre ses quartiers d'hiver beaucoup plus au sud. Ces oiseaux voyagent ordinairement par troupes de quinze à vingt individus. Leur vol est très rapide, varié, souple, et rappelle celui de l'Hirondelle, dont ils ont l'aile longue et suraiguë et la queue fourchue. Ils s'abattent près des mares, sur le bord des lacs et des canaux, le long du fleuve. A terre, ils courent avec aisance en hochant continuellement de la queue. Ils sont très bruyants et, soit qu'ils volent, soit qu'ils courent, font retentir l'air de leurs cris perçants. Comme tous les oiseaux très bien doués pour le vol, les Gloréoles semblent en avoir la passion. A certaines heures de la journée, elles se divertissent à passer et repasser, en volant, au-dessus d'une localité qu'elles ont adoptée pour ce genre d'exercice. Leur nourriture consiste en insectes dont elles font une grande destruction. Lorsqu'elles chassent, dans les airs ou sur le sol, on les voit se précipiter soudainement sur un in- secte en ouvrant leur bec largement Tendu, et happer leur (*) Voyez plus haut, page 49. LES ÉCHASSIERS D'EGYPTE. 109 proie avec un claquement retentissant. Si l'on blesse un individu de la bande, tous les autres viennent tourner au- tour de lui en poussant de grands cris et se laissent fusiller sans songer à l'uir. Mais, à quoi bon tuer ces charmants oiseaux? Leur chair est fort médiocre et les services qu'ils peuvent nous rendre sont immenses. Espèce précieuse que Dieu a donnée à l'homme pour lui servir d'auxiliaire dans la guerre incessante qu'il est obligé de soutenir contre les pullulantes peuplades des insectes nuisibles. La Glaréole fait une chasse acharnée à la Sauterelle. Cet acridien redoutable est son gibier de prédilec- tion. A l'époque des passages de ces insectes dévastateurs, les Glaréoles les accompagnent, les poursuivent sans relâche, les saisissent au vol et les avalent tout entiers. Jules Ver- reaux vit, dans le sud de l'Afrique, ces oiseaux poursuivre les bandes de Sauterelles, et il eut l'occasion de constater ce fait curieux, qu'après avoir digéré de l'insecte toute la partie assimilable, ils en restituent l'enveloppe bien conservée. Avant moi, M. le commandant Loche a prêché aux chas- seurs le respect de la Glaréole. « La Glaréole, dit-il, est appelée à rendre d'immenses ser- vices à l'Algérie en détruisant les affreux acridiens dont les invasions redoutables précèdent et occasionnent toujours la famine ! Ne devrait- on pas regarder comme une coïncidence providentielle que, justement aux époques éventuelles des passages du vorace Acrîdium peregrinum, les Glaréoles soient elles-mêmes plus nombreuses en Algérie qu'en toute autre saison ; et au lieu de détruire ce précieux auxiliaire, une efficace protection ne devrait-elle pas lui être acquise ? Sa chair, d'ailleurs, est de fort médiocre qualité et ne jus- tifierait même pas la chasse qu'on lui ferait ; nous osons donc faire un appel â tous ceux que le plaisir de détruire n'aveugle pas sur leurs propres intérêts ; qu'ils laissent se multiplier en paix ce charmant oiseau qui, sentinelle avancée de l'agriculture, nous rendra au centuple la protec- tion qui lui sera accordée (1). » La Glaréole supporte la captivité, mais la perte de sa liberté lui enlève toute sa grâce et sa vivacité. On la nourrit de vers, d'insectes, de viande crue ou cuite et même de (1) Exploration scientifique de l\il(je,-ie pendant les années ISiO, ISil, 1842. Histoire naturelle des oiseaux, par le commandant Loche, p. 280. 110 REVUE DES SClExN'CES NATURELLES APPLIQUÉES. pain, mais elle se montre surtout friande de Criquets et de Sauterelles. Cette intéressante espèce se reproduit en France sur les bords de la mer, des étangs salés et des marécages où croi- sent des Salicornes. On la tue accidentellement en haie de Somme. Galaréole mélanoptère. [Glareola melanoptera^ Nordmann.) Observée en Egypte et en Nubie, d'après Heuglin. Œdicnème criard. [Œdicnemiis crepUans, Temminck.) Très commun dans toute l'Egypte et la Nubie. Fréquente les lieux arides parsemés de petits buissons, les parties du désert qui avoisinent les champs cultivés, quelquefois les bancs de sable du Nil. S'introduit le soir jusque dans les jardins du Caire. Les quelques cheiks de Bédouins, qui pratiquent encore le noble art de fauconnerie, le chassent au faucon. Ils le con- naissent sous le nom de Karnnan. — L'Herméric de nos dunes de Picardie. Vanneau huppé. {VaneUîis crisialus, Meyer.) Très commun en Egypte. Beaucoup moins abondant en Nubie. Hoploptère épineux. {Iloplopterus spinosus, Linné.) Vawiecdf. armé, à cause de l'ergot acéré qu'il porte au pli de l'aile. Les Arabes le nomment Sic-sac, d'après son cri. C'est l'un des oiseaux les plus communs de l'Egypte. On le trouve partout oii il y a de l'eau, au bord du fleuve, des canaux, sur les rives des lacs saumâtres, dans les champs inondés. Sans cesse en éveil, rien ne lui échappe et il sert d'avertisseur aux autres oiseaux. Ce rôle de sentinelle est souvent fort incommode au chasseur, qui voit, aux cris per- çants du Sic-sac signalant son arrivée, s'enfuir toute la population ailée des alentours. LES ÉCIIASSIERS D'EGYPTE. 111 Cet oiseau commence à nicher au mois de mars dans le Delta. Chaque couple s'établit ordinairement dans un champ humide. La ponte est de trois ou quatre œufs, un peu plus petits que ceux du Vanneau liuppé, d'un jaune verdâtre, nuancés de grisâtre, semés de taclies noires et brunes, plus nombreuses au gros bout où ils forment une sorte de cou- ronne. Ils mesurent : grand diamètre, 0^,043, petit dia- mètre, 0"\030. Chair très médiocre. Chétusie albicaude. {Chetusia leuciira, Bonaparte.) Ce bel oiseau est abondant en Egypte. On le rencontre ordinairement par couples ou par petites bandes autour des marais et des lacs du Delta. Chétusie sociale. (Chetusia gregaria, Bonaparte.) Beaucoup moins répandue que l'espèce précédente. Presque rare, du moins dans le Delta. Se montre accidentellement dans le midi de la France. Pluvier doré. {Pluvialis apricarius, Linné.) Arrive en Egypte vers le mois de septembre, pour repartir en mars. On le trouve en bandes dans les champs du Delta et sur la marge des marais. Pluvier varié. [Pluvialis vaHus, Schlegel.) Vanneau suisse. Vanneau-pluvier, Pluvier g/is. Visite l'Egypte en hiver. On le rencontre dans les mêmes lieux que l'espèce précédente. Guignard asiatique. {Eiidromias asiaticus, Pallas.) Fréquente, d'après Heuglin, les côtes de la mer Rouge et de la Méditerranée, pendant l'hiver. 112 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. Guignard ordinaire. [Eudromias morinella, Brehm.) Heuglin l'a rencontré en bandes, pendant l'hiver, sur les bords de la mer Rouge et dans le désert (iiii s'étend entre Saqqarali et le Fayoum (1). Gravelot de Geoffroy. [Charadrius Geoffroyi, Wagler.) Se plaît sur les rives sablonneuses des lacs voisins de la mer. Je l'ai tué sur la plage d'Aboukir. On le trouve égale- ment au lac Mariout. Gravelot hiaticule. [Charadi^ius hiaticula, Linné.) Pluvier à collier. Pluvier rebaudet, Religieuse des côtes de Picardie. On le trouve pendant l'hiver dans la basse Egypte. Gravelot des Philippines. {Charadrius philippimis, Scopoli.) Gravelot nain. Petit Pluvier à collier. Pluvier gravelotte. Commun dans toute l'Egypte et la Nubie. Je l'ai rencontré partout, sur le bord du Nil, le long des canaux, autour des mares et des étangs, sur le rivage de la mer, presque toujours en petites bandes ; j'ai vu rarement des individus isolés ou de très grandes troupes. Gravelot de Kent. [Charadrius cantianus, Latham.) Pluvier à collier interrompu. Habite l'Egypte et la Nubie. Très commun. Trouvé au mois de juillet des jeunes, en duvet, sur les (1) Province de la Moyenne-Efçypte qui renferme le Birket-el-K(froun ^ com- pris autrefois dans le célèbre lac Mœris, creusé pour recevoir le trop-plein de l'inondation du Nil et pour parer aux crues insuffisantes. La province qui con- tenait le lac Mœris, le nome Arsinoites était appelé en copte d'un nom qui signifie la mer, nom conservé dans Tappellation arabe Faijoum. LES ÉCHASSIERS D'EGYPTE. M 3 sables qui s'étendent au pied du rocliui- du Diable, près de Ramleh. Leurs parents m'ont donné le spectacle d'une touchante scène de mœurs. Les jeunes circulaient avec une vélocité surprenante, parmi les petits débris du roc, qui jonchent la plage à cet endroit. Dès que j'approchai, je vis l'un des parents fuir devant moi en courant d'une façon tout à fait singulière. Tl faisait le gros dos, abaissait la tète et la queue, trébuchait, simulait enfin toutes les allures d'un oiseau blessé. Puis il s'arrêtait, se laissait aller sur le sol, le corps étendu, les ailes palpitantes et semblait agoniser. • Ce manège avait pour but, comme on le sait par la Per- drix, la Caille et d'autres oiseaux, de m'éloigner du lieu où se trouvait la jeune famille, en me faisant croire que j'avais affaire à un oiseau blessé, par conséquent facile à prendre. Si je hâtais le pas, l'oiseau finissait par s'envoler. Mais alors l'autre parent le remplaçait dans ce rôle fatigant, pendant que celui que j'avais d'abord suivi venait rôder discrètement du côté de la nichée pour la surveiller. Quel merveilleux instinct que celui qui révèle à l'oiseau, pour ainsi dire, les secrets ressorts de l'àme de son ennemi, la convoitise du chasseur qu'il allèche et tâche d'égarer par une ruse véritablement humaine. Quel admirable exemple d'amour et de dévouement nous est offert par ces oiseaux, qui n'hésitent pas à risquer leur vie pour éloigner un péril de leur couvée. J'ai répété plusieurs fois l'expérience, satisfaction peut être nn peu barbare, et je me suis retiré plein d'admiration pour ces charmantes créatures. Gravelot africain. [Characlrius pecuarius, Temmixck.) Abondamment répandu en Egypte et en Nubie. Se plaît, comme l'espèce précédente, sur les rives sablonneuses. C'est à tort, je crois, que quelques auteurs ont inscrit sur la hste des oiseaux d'Elgypte le Gravelot mongol [Characlrius ')no)igoliciis, Pallas). Cette espèce est asiatique ; elle habite l'Asie occidentale et orientale, les Philippines et la plupart des îles de l'archipel indien, 5 Août 1892. 8 m REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. Huitrier pie. [Hœmaiopus ostralcgus, Linné.) On le rencontre quelquefois, en hiver, sur les bords de la mer Rouge et sur la côte méditerranéenne. Courlis cendré. {Numeniiis arqiiata, Latham.) Commun dans toute l'Egypte et la Nubie, spécialement dans le Delta et le Fayoum. Courlis corlieu. (Nnnienhis phœopus, Latiiam.) On en trouve, en liiver, de petites troupes sur les bords du Nil. Courlis à bec grêle. [Numenins toiuirosiris. Vieillot.) On le rencontre, au printemps et à l'automne, sur les bords du Nil. Niche en Egypte. Cet oiseau, qui habite aussi l'Algérie, la Sicile, la Russie orientale, passe accidentellement sur les plages maritimes du nord de la France. Je l'ai tué dans la baie de Somme et d'autres captures ont été signalées sur les côtes de Picardie. Barge égocéphale. (Limosa œgocephala, Leach.) La Barge cûmnmne ou Barge à queue noire. Très com- mune, en hiver, sur les côtes de la Basse-Egypte, où le lac Menzaleh est son lieu d'élection. Elle remonte le cours du Nil et s'avance jusqu'à la Nubie méridionale. Abondante au Fayoum. Au marché du Caire, les Arabes la vendent toute plumée, sous le nom de Bécasse. La chair de la Barge, du reste, est délicate, mais inférieure de beaucoup, sans contredit, à celle de la Bécasse. LES ÉCUASSIERS D'EGYPTE. 115 Combattant ordinaire. {Machetes pugnaoc, Linné.) Le Combattant arrive en Egypte au mois d'août et repart vers la fin d'avril ou le commencement de mai. Le 18 Juillet, j'ai vu arriver du large au rocher du Diable une petite bande de huit Combattants. Ces oiseaux se sont abattus sur le rocher même et paraissaient fatigués. J'en tuai un, c'était une femelle. On sait que les deux sexes ne voyagent pas ensemble, mais forment des bandes séparées. Ces oiseaux, dans leurs migrations, peuvent traverser toute l'Afrique ; on en a tué dans le sud. En Egypte, ils sont parti- culièrement abondants sur les bords du lac Menzaleh. Bécasse ordinaire. {Scolopax ricsiicola, Linné.) Accidentellement, des individus égarés. On cite des cap- tures dans le Delta. Les Bécasses, que l'on voit aux marchés du Caire et d'Alexandrie, viennent de Trieste. Bécassine double. [Gallinago maj07\ Gmelin.) Prend ses quartiers d'hiver dans le Delta, qu'elle ne paraît pas dépasser. Beaucoup moins abondante que l'espèce sui- vante. Bécassine ordinaire. [Gallinago scolopacimis, Bonaparte.) Très commune. Répandue dans toute l'Egypte et la Nubie. p:ile apparaît en grande quantité vers le commencement d'oc- tobre. On la trouve alors un peu partout, dans les rizières inondées, dans les marais, sur la rive des lacs, etc., mais elle recherche de préférence les terrains couverts d'herbes, de joncs et d'autres plantes marécageuses. Dans certaines loca- lités qui lui plaisent, on en fait lever presque à chaque pas. Il ne faut pas en déduire la sociabilité de l'espèce. Les indivi- dus vivent l'un près de l'autre, mais sans aucune sorte de lien social. Chacun vit pour soi, sans s'inquiéter du voisin. La Bécassine, du reste, voyage isolément et de nuit. 116 RKVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. La chasse de la Bécassine est une des chasses favorites des sportsmen du Caire et d'Alexandrie. Les tireurs habiles en tuent des quantités invraisemblables pour nos chasseurs d'Europe. Bécassine gallinule. {Gallinago gallimda, Linné.) Bécassine sourde. Le Bécot des chasseurs. Se trouve dans les mêmes lieux que l'espèce précédente. Apparaît à la même époque. S'avance moins proibndément dans le sud. Son tir est beaucoup moins difficile ; espèce paresseuse, elle laisse le chasseur approcher tout près d'elle avant de se " décider à partir et son vol est peu rapide. Bécasseau minule. {Tringa minuta, Leisler.) Très abondant, pendant l'hiver, en Egypte et en Nubie, dans les marais, sur les bords du Nil, autour des mares et des étangs. Ordinairement en bandes plus ou moins nom- breuses. Rynchée du Cap. [Rynchœa capensis, Linné.) Cette espèce appartient à un genre d'échassiers que cer- tains ornithologistes retirent de la famille des scolopacidés pour le ranger dans celle des rallidés. Les Rynchées. en eflét, outre quelques similitudes de ca- ractères extérieurs avec les Râles, s'en rapprochent encore par quelques-unes de leurs habitudes. Ainsi, elles se tiennent presque constamment au milieu des plantes, évitent les en- droits découverts et les Iranchissent très rapidement pour se cacher dans les fourrés. Elles courent très vite et vo- lent mal. ' L'aire de dispersion de la Rynchée du Cap est très étendue. Elle habite une grande partie de l'Afrique. En Egypte, on la rencontre surtout dans le Delta, dans les marais, les champs humides. On la tue aux environs du Caire, notamment dans la plaine des Pyramides. Les bords du lac Menzaleh parais- sent être les lieux où on la trouve le plus abondamment. LES ÉCHASSIERS D'EGYPTE. 117 Elle \it par paires ou par petites troupes de quatre à six individus, selon la saison. \ i>.^-7. «a« g^j,-égg^ pOllctuéeS, llérissécs de poils roux : corps ramassé, pattes brunes. Mœurs. Vers la fin d'avril ou le commencement de mai la femelle vient déposer ses œufs sur les brandies moyennes de l'olivier, elle choisit les branches malades ajant peu de sève. Pour pondre, elle commence par percer une galerie trans- versale entre l'écorce et l'aubier (les deux sexes concourent à ce travail préliminaire), puis elle dépose 20 à 35 œufs dans autant de petites encoches disposées à droite et à gauche de sa galerie. Après la ponte, le mâle, avant de mourir (assez souvent), revient à reculons jusqu'à l'oriflce du trou d'entrée qu'il bouche avec son corps ; la femelle meurt dans la gale- rie. Cette particularité, que j'avais déjà constatée pour les femelles et non les mâles d'ffylesinus Aicbei et Tliuijœ (in- sectes de la même famille), a été remarquée par plusieurs savants observateurs, entre autres A. Peragallo de Nice. Les larves font des galeries i)erpendiculaires dans le sens des tibres, se métamorphosent dans les galeries et sortent insectes parfaits environ deux mois après la ponte, c'est-à- dire au commencement de juillet. Dès qne l'insecte est éclos, il se répand sur l'olivier dont il u Août 1892. 9 130 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. ronge et perce l'écorce tendre; autour des jeunes pousses qui doivent assurer la récolte future, il traverse quelquefois la Lase des petits rameaux de part en part, ses galeries sont peu profondes, il les abandonne à volonté, pour aller en creuser d'autres dans le voisinage, car c'est uniquement pour se nourrir qu'il les pratique et non en vue d'une seconde génération. De nombreux savants: Risso 1826, Ingénieur Bernard 1842, Bompar 1848, Companyo 1858, le D' Martinenq 1863-1864, A. Peragallo 1882, et autres, ont étudié le Ph'œotribus oleœ, qui commet de réels dégâts aux Oliviers, Nous avons lu avec attention les principaux travaux parus jusqu'ici ; il reste en- core beaucoup de points importants à connaître et à élucider, entre autres : Que devient le Phlœotribus pendant la saison d'hiver ? A-t-il une deuxième génération comme le supposent Ber- nard, Companyo, Bompar et d'autres ? Peut-il pondre sur les branches de l'Olivier vivant ? Nous avons trouvé en hiver dans une branche d'Olivier percée de trous de sortie du Phlœoti^ihus, plusieurs insectes vivants ; doit-on admettre que cet insecte rentre dans les ga- leries qui l'ont vu naître pour y passer l'hiver ? Une seconde ponte partielle opérée en août dans les branches malades de l'Olivier, nous paraîtrait très rationnelle, cependant, il ne nous a ]tas été donné de la vérifier. Nous avons observé que V Ilylesiniis Aiihel et Thui/œ, insectes de la même famille et très voisins comme mœur.^, ont deux générations dans les branches de Thuyas. Quant cà la ponte au printemps sur les branches malades de roiivier, il ne peut y avoir de doute à cet égard. On a re- marqué qu'il donnait la préférence aux branches d'élagage, fraîchement coupées ; ce qui se comprend, l'Olivier bien soigné ayant perdu après la taille ou l'élagage, le bois mort ou ma- lade qui convient au PlilœoiriJms, il pond dans ces dernières mises à sa portée ; mais il n'est pas douteux, qu'à défaut de celles-ci, l'insecte saurait bien découvrir sur les arbres vivants des branches pour y déposer l'espoir de sa race. En attendant la connaissance plus complète de ses mœurs, on fera bien, après l'élagage en avril, de déposer les branches moyennes ou grosses, en petits tas près des Oliviers, le Phlœo- triJjHs viendra y déposer ses œufs et vers le l*"'' juin, on L'OLIVIER, SES ENNEMIS. 131 détruira ces bois par le feu, ou on les fera séjourner plusieurs jours sous l'eau. C'est jusqu'ici le moyen le plus sûr pour combattre cet insecte nuisible et diminuer les cliances de pontes sur les Oliviers. Les petites branches ou brindilles provenant de l'élagage contiennent souvent des Phlœotlirips, Cochenilles, Chenilles et autres insectes nuisibles, il est urgent de les brûler immé- diatement. HylcsliiKS Fraxinl (Fabr ), en France. H U lesimis oleipe?Yla {F ABR.), en Italie, Tunisie et Algérie. Ces insectes xylophages, d'une taille double du Phlœolribus oleœ, ont exactement les mêmes mœurs et vivent dans les grosses branches, cfuelquefois dans le tronc de l'Olivier, ils sont souvent mélangés avec le Phlœofribus sur la même branche, sans jamais confondre leurs galeries respectives. Le moyen de destruction est le même que pour le Phlœo- tribus. L'Olivier est en outre attaqué par un grand nombre d'in- sectes de tous ordres, qui le font soufï'rir, nous citerons les principaux, sans entrer dans le détail de leurs mœurs, qu'on trouvera dans les ouvrages que nous avons consultés. (Voir Index bibliographique.) Phlœotlirips oleœ (de Targioni) Ver noir qu Barban. Psylla oleœ ou puceron de l'olivier. Lecaniiim oleœ (Bernard), cochenille de l'olivier. Cionus gihUfrons (Kiesenw), Peritelns Schœnherri et Pe- ritelus Cremieri (BoHM.)qui rongent les feuilles des jeunes pousses et des greifes de l'Olivier. On les détruira en secouant doucement ces jeunes tiges sur un parapluie, et en jetant au feu les insectes tombés. L'Olivier est quelquefois envahi par une maladie cryptoga- mique la Morfée ou Fumagine. M. Rivière indique comme moj'encuratif : les aspersions d'eau de chaux; le soufrage par sublimation ; le lavage et le brossage ; enfin la suspension sous les arbres de faisceaux de paille imbibés de coaltar con- seillé par le D'' Signoret pour tuer ou éloign-er les mâles ailés de Cochenilles. RÉSUMÉ. 1. Nous ne devons pas perdre de vue que, par suite des progrès de la science, qui ont jeté dans le commerce de 132 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUEES. grandes quantités d'huiles de graines diverses, l'Olivier doit être cultivé uniquement comme producteur d'huile comes- tible et que nous devons tenter tous les moyens pour en amé- liorer la qualité par la culture, et lui conserver sa renommée ■ universelle. 2. Planter les Oliviers en laissant 12 mètres entre chaque arbre, choisir un sol sec et une exposition abritée des vents du nord. 3. Choisir la greffe en vue de la meilleure qualité d'huile à obtenir ; le rendement peut être réalisé par la taille et les engrais. 4. Ne rien semer, autant que possible, sous les Oliviers, de façon £\ pouvoir donner des labours légers ; le plus souvent possible, détruire les mauvaises herbes, rendre le terrain perméable à la pluie. 5. Si l'on tient à récolter sous les Oliviers, donner la pré- férence aux légumineuses Haricots, Fèves (après avoir désin- fecté la semence au sulfure de carbone, comme il a été dit), plantés en lignes, qui ne demandent que trois mois pour mûrir, et permettent de labourer le sol et de surveiller les arbres en tous temps. Les Céréales, Vignes, Luzernes doivent être proscrites dans une bonne culture d'Olivier. 6. Après le labour du printemps, semer de la suie de che- minée additionnée de cendres, pour détruire les larves du Dacus et la chenille d'Olivella au moment où elles quittent l'Olive pour se transformer en terre. •7. Fumer les Oliviers (1) de préférence avec des chilfons de laine imprégnés de pétrole, pour détruire les larves ou insectes qui se métamorphosent en terre. A défaut tous autres engrais enfouis tous les deux ans. Ne pas perdre de vue que plus un arbre est vigoureux, moins il est attaqué par les insectes. 8. Tailler l'Olivier de façon à lui faire pousser le plus de jeunes bois possible, à l'aérer et à le rendre vigoureux. 9. Maintenir les Oliviers à une hauteur qui permette d'opérer la cueillette des olives à la main avec des échelles, ou tout au moins pour la plus grande partie. Ne pas perdre de vue l'amélioration de la qualité de l'huile. (1) L'observation a démontré que les engrais, en hâtant la végétation, affer- missent les olives sur l'arbre et que leur maturité est d'autant retardée, ce qui les rend moins attaquables eu août et septembre par le Dacus. En général, un arbre vigoureux est toujours moins contaminé qu'un arbre chélif. L'OLIVIER, SES ENNEMIS. 133 10. Diviser les champs d'Oliviers en deux lots, et tailler chaque année un de ces lots, ce qui permettra de récolter chaque année et d'équilibrer le travail (relire avec soin, ce que nous avons dit plus haut, des avantages multiples de cette méthode). 11. Elaguer chaque année le bois mort ou les branches malades, en avril au plus tard, déposer comme pièges pour les Phlœotribus et Hylesimis, les grosses et moyennes branches sous les oliviers, détruire celles-ci par le feu ou les noyer pendant quelques jours, vers le l"'' juin. Détruire immédiatement par le feu, les petites branches et brindilles qui pourraient contenir des insectes. 12. Tenir le tronc et les grosses branches lisses, en raclant l'arbre pendant l'hiver (sur une toile étendue) et détruire par le feu, les écailles, les mousses détachées, elles contiennent toujours des larves et des insectes abrités dans ces repaires. 13. Pendant l'hiver, recueillir les feuilles minées, conte- nant la chenille d'Olivella et les brûler. 14. Récolter les olives, de préférence dès la fin de novem- bre, décembre et janvier, ne jamais dépasser la fin de mars. 11 est démontré aujourd'hui que le meilleur moment pour cueillir l'olive est celui oîi celle-ci est arrivée aux 4/5 de sa maturité ; plus tard, elle donne moins d'huile et celle-ci est d'une quahté moindre. 15. Cultiver les Oliviers de façon à pouvoir proscrire le gaulage des olives, se rappeler que toute olive meurtrie se conserve mal et donne une huile de qualité inférieure. 16. Eviter le séjour des olives dans les magasins avant de les détriter. En adoptant la méthode préconisée par nous au numéro 10, ce séjour ne sera plus nécessaire. n. Ramasser les olives tombées sur le sol, le plus promp- tement possible, soit pour les détriter de suite, soit pour les brûler, si elles ne contiennent pas encore assez d'huile. Ces olives renferment une larve, soit d'OlivcUa, soit de Dacus. On pourrait, par quelques coups légers imprimés à l'Olivier, faire tomber les olives contaminées par l'Olivella. 18. Dans les années où le Dacus est innombrable, suivre le conseil donné par Guérin-Méneville, c'est-à-dire' récolter dès le pre;:;rufs (Java, IS'iS), par les G. floribondus et carcUnalis (Cap, 1789). Quelques années plus tard, Souchet, à Fontainebleau, croisait les nou- veaux venus avec les Gladiolus hlandus et ramosus. Enfin, dès 1875, les derniers gains croisés avec le Gladiolus pur- pîireo auratus (Natal, 1870), — et le produit étant fécondé avec le Gladiolus Saundersii, de la même origine, — com- mencèrent cette série hybride, à fleurs démesurées et à coloris resplendissant qui sera une des gloires de Victor Lemoine, l'heureux auteur de ces combinaisons successives. Ces Lis exotiques, à corolle tubulée ou évasée, au fin colo- ris rehaussé de bandes dorées ou bronzées, de mouchetures ponceau, de reflets chamois, maïs ou cinabre, croissant à in- discrétion sur les montagnes japonaises, chinoises, hima- layennes, caucasiennes, ou étalant leurs grâces sous les om- brages de l'Amérique boréale, sont venus lutter avec nos enfants des Pyrénées, des Alpes, du Jura ; mais les filles du Ciel, fraîchement débarquées, qui ont étonné les visiteurs du Trocadéro, ne feront cependant pas oublier l'arrivée du Li- L'HORTICULTURE FRANÇAISE DEPUIS 1789. 141 lium speciosum ou lancifolium, vers 1850, par von Siebold, médecin de l'ambassade hollandaise au Japon, ni celle du Lilium auratum, envoyé de Tokio dix ans plus tard, par l'explorateur anglais John Gould Veitch, et s'épanouissant Lilium speciosum (Lilium lancifolium), du Japon. crânement, en 1850, à Ivry, chez le rosiériste Charles Verdier. Le Montbretia, Iridée du Cap ; depuis cinq ans, une main exercée à la pollinisation, le marie avec le Crocosmia, don- nant ainsi raison à la théorie de la fécondation et de l'hybri- dation exposée par Adolphe Brongniart (1801-1876), Edouard 142 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. Delaire (1810-185T), Henri Lecoq (1802-1871), et par Charles Nandin et Bernard Verlot, toujours sur la brèche. Le Tritoma, cette Liliacée du Cap, éclatante et originale dans son expansion florale, corail et citron. Morelle robuste [Solanum roiuslum], du Brésil, Et le Pliormium, textile néo-zélandais, et l'Aspidistra de Chine, docile à la température variable des ap[)artements, et le vieux Yucca (Ij, cette pittoresque et arborescente Li- (1) Le Yucca a conservé son nom caraïbe, comme TAkebia, l'Aralia. l'Au- cuba, le Catalpa, le Giiikfço ont frardé leur dénomination « indigène «. D'autres végétaux rappellent un botaniste : Bouvard. Buddle, Clark, Collins, Dahl, Deutz. Forsyth, Fuchs, Kœlreuler, Lavater, Leschenault, Lippi, Lobel, Magno!, Marlyn, Morin, Zinn, etc. L'HORTICULTURE FRANÇAISE DEPUIS 1789. 143 liacée de pleine terre, de serre ou d'orangerie, extirpée, non sans peine, des ravins ou des rochers de l'Améncxue sep- tentrionale. Nous comprenons l'extase de nos ancêtres devant la coupe d'une Tulipe ou la facture d'une Renoncule ; mais s'ils eus- sent connu nos conquêtes dans le monde des fleurs, se se- raient-ils ruinés pour un bulbe de Mariage de ma fille et Méliul se fùt-il écrié, dans un accès de lyrisme, qu'un champ de Renoncules était comparable aux mélodies de Gluck et de Mozart ? La vogue continue aux plantes à feuillage ornemental, vert ou coloré : les Bananier, Datura, Montagnea, Nicotiana. Per- sicaire. Rhubarbe, Ricin, Senecio, Solanum, Wigandia, etc., à grand développement, sont distribués sur les pelouses de gazon, tandis que les Alternantheras, les Coleus (le Plec- tranthus, de Ryfkogel), les Achyranthes, nuancés de rubis, de pourpre et d'amarante se massent en corbeilles ou entrent dans les combinaisons fantaisistes de la « mosaïcultiire », avec les Sedum et les Sempervivnm ; ces combinaisons ont leur raison d'être quand elles sont raisonnées sur le dogme de l'affinité et du contraste simultané des couleurs complé- mentaires, professé par Chevreul (1186-1888), de l'Institut. Trop longtemps négligées, les plantes aquatiques travail- lées lar Denis Hélye, Armand trontier, Latour - Marliac, réapparaissent sur nos eaux et peuplent nos rivages, et les miniatures alpestres, réhabilitées par Jean-Baptiste Verlot, par Correvon, s'implantent dans les rocailles à toute alti- tude. Parmi les premières, nous retrouvons au pavillon du Brésil la Victoria regia, cette Nymphéacée gigantesque qui excitait, il y a quarante-cinq ans, l'admiration de Bonpland et d'Orbigny, explorant un afliuent de l'Amazone ; son ins- tallation fut l'objet d'une construction spéciale au Muséum, et chez Louis Van Houtte (1810-1876), de Gand, véritable Français par le cœur, né au lendemain de l'exposition de Frascati. Il n'est pas jusqu'aux Graminées, au Gyneriiim, l'herbe des Pampas de Buenos-Ayres, au Gymnotrix de Montevideo, à l'Eulalia du Japon, au Maïs japonais rubané blanc de lait, qui ne viennent, pendant la période centenaire, apporter leur note légère et vaporeuse dans le concert perpétuel de la symphonie des fleurs. [A suivre). II. CHRONIQUE GÉNÉRALE ET FAITS DIVERS. Croisement du Cerf d'Europe avec le Wapiti de l'Amé- rique du Nord. — A la séance de la Société forestière de Silésie, M. Gessner-Faruowitz, maître forestier, a rendu compte de ses essais d'hybridation. Il avait obtenu deux hybrides ; ceux-ci s'etant déjà reproduits, l'on put élever plusieurs daguets. Avec des soins vigi- lants, l'on parviendra certainement à fixer cette race qui remplacera bientôt dans certains pays notre Cerf d'Europe. De B. Fourrures de Renard bleu. — Aux Etats-Unis, un décret nou- veau défend la chasse du Renard bleu ou Isatis [Vulpes lagopus) sur les îles Fribyloff, silue'es dans la mer de Behring. On espère ainsi protéger l'Isatis, car le commerce de sa fourrure prenait une extension trop considérable. Mais cette loi va priver, paraît- il, la Compagnie commerciale de l'Amérique du Nord d'un revenu annuel qui s'élevait à 20,000 dollars. G. Les eaux de drainage et les poissons. — Pour démontrer que les eaux stagnantes de drainage descendues dans les rivières et lacs n'étaient point nuisibles aux poissons, la Municipalité de Berlin a fait creuser, près MalcholT, cinq étangs qui sont alimentés par ces eaux exclusivement. Chaque étang a 20 m. de large sur 50 m. de lon- gueur. L'expérience commencée il y a quelques années a donné d'ex- cellents résultats. Les étangs en question furent peuplés de Truites de ruisseau, de Truites arc-cn-ciel d'Amérique, de Lavarets et de Carpes. Tous ces poissons se sont développés parfaitement et paraissent fort bien portants. Les organismes végétaux inférieurs qui pullulent dans les eaux de cette nature, loin de nuire aux poissons, contribuent à la multiplication des organismes animaux dont se nourrissent les poissons. On peut donc affirmer que descendre les eaux de drainage dans les rivières ne peut avoir aucune influence fâcheuse pour leur population poissonnière. C. K. Fabrication du sucre de betteraves. — La fabrication du sucre est chaque jour mieux étudiée. On a établi récemment à Nebraska une station expérimentale pour la production de betteraves dont on voulait exiger une très grande richesse en saccharine. DilTé- rentes méthodes de culture ont été expérimentées dans ce but. On poursuit un choix de semences, pour obtenir une plante très supé- rieure à celles d'Europe. D'autre part, des stations ont été organisées dans le Kansas pour le perfectionnement du sucre de canne, tant pour une plus forte production des mélasses que pour un rendement supé- rieur en alcool. De S. Le Gérant : Jules Grisard. I. TRAVAUX ADRESSÉS A LA SOCIÉTÉ, L'ÉTAT ACTUEL DE L'HIPPOPHAGIE EN EUROPE Par m. E. LECLAINCHE, Professeur à l'Ecole vétérinaire de Toulouse Et m. Ch. MOROT, Vétérinaire municipal à Troyes. (SUITE *) KoYAU^tiE DE Saxe. En Saxe, la viande de cheval est vendue en assez grande quantité pour l'alimentation de l'homme ; il en est de même dans quelques villes pour la viande de chien (1). Ci-joint les statistiques se rapportant à des animaux de ces deux espèces livrés à la consommation de l'homme : / En 1881, 67 chevaux à Dijheln, 68 â Rossiuein et 58 à Otten'iorf, en tout 193 chevaux (G'). En 1883, 67 chevaux à Bobeln, 32 à Rossweîn, 39 à ^ \ Oltendorf Qi 18 â Leisnig, en tout 163 chevaux {G^. En 1884, .66 chevaux â Dobeln, 35 à Eossivein, 32 â Oltendoyf et 13 à Leisnig, en tout 146 chevaux (V). <=> "l En 1885, 73 chevaux à Dubeln, 32 à Rossivein, 49 à 2 i Otlendorf et 3 à Leisnig, en tout 157 chevaux (V ce f En 1886, 69 chevaux â Dobeln, 35 à Rossioein et 72 à ^ I OUendorf, en tout 176 chevaux (V-). En 1887, 187 chevaux (V») ; en 1888, 189 chevaux (V') ; en 1889, 175 chevaux (V^). (*) Voyez plus haut, pages 1 et 97. (1) En France, la viande de chien n'a pas encore été vendue pour l'alimentaliou de l'homme avec autorisation administrative et d'une façon régulière, comme cela se fait en Saxe, à Chemnilz, à Leipzig et à Zittau. Ne nous en plaignons pas! Par contre, quelques bouchers, 20 Août 1892. 10 146 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. LOCALITÉS. Années iS8i 4885 iSS-i 1883 1886 4887 4888 488!) I8!)0 — •^— — — ■^~ ""- — — — — Cercle de Marienberg. Chevaux. . . » » 102(1 » 62 83 143 63 69 U àU*. Chemnitz . . Chevaux , . . » » 304 » 368 398 403 445 575 U* à U". Chiens » » 294 » 213 211 207 233 312 Dresde .... Chevaux . . . » » » » 977 1014 655 1290 1428 U* à L". Leipzig Chevaux. . . » » » » » » 266 814 1053 U^ à U^ Chiens » » » » » » » 102 103 Plauen Chevaux. .. » » » » 130 124 » 120 121 V',\]\ll\\]'. Freiberg... Chevaux... 227 210 149 178 155 130 147 184 157 G, G^ U à t*. En 1887, à Glaucliau, 227 chevaux (employés en grande partie pour la fabrication du saucisson) (V). Cercle de Dippodisivalcle, 80 chevaux en 1888, 90 en 1889 et 70 en 1890 (U* à U«). A Annalterg, 90 chevaux en 1889 et 132 en 1890 (U» et U«). En 1890, 272 chevaux à Grosscr/Iiaw. et .172 à Auerbach (U«). En 1889, il a été consommé à Zlilau, 38 chevaux et fi chiens (U-'). Le nombre des chevaux saisis a été, en 1888, de 5 à Frei- berg ; en 1886, à Plauen, do 3, dont 1 morveux ; en 1887, de 4, à Dresde ; en 1889, de 9 dans toute la Saxe; en 1890 de 8 à Dresde, 1 à Leipzig et 3 à Chemnitz. Le nombre de chiens saisis a été en 1890, à Dresde, de 1 pour tumeurs généra- lisées et à Chemnitz, de 2 dont 1 pour ladrerie [cysticercus cellidosce). Parmi les 149 chevaux de Freiberg, en 1884, .55 ont été abattus pour boiteries, 7 pour immobilité et 7 pour fractures osseuses ; il y en avait 133 de 1.5 ans et au-dessus. plus ingénieux qu'honnêtes, ne trouvent rien de mieux que d'en ser- vir à leurs clients, en guise de viande de mouton. Tout dernière- ment, à Roubaix (Nord), la police a découvert une fraude de ce genre, pratiquée depuis plusieurs années par le sieur Rasson. Ce boucher vendait de 40 à 60 centimes le 1/2 kilo sa viande de pseudo-mouton {Petit Journal du 29 octobre 1891, n" 10534). (1) Les 102 chevaux de 1884 se repartissent de la façon suivante : 72 à Lengelfeld, 16 à ManeHhe.rg, 9 à Ruhenau et 5 à Wol'keiisteia. L'ÉTAT ACTUEL DE L'IIIPPOPHAGIE EN EUROPE. U7 Parmi les 178 chevaux de Freiboy, en 1885, il y en avait 20 de 6 à 12 ans et 158 de 15 ans et au-dessus. Royaume de Wurtemberg. Dès l'année 1815, il existait déjà 12 abattoirs hippopha- giques dans le Wurtemberg (R-). A Stuttgart, le nombre de chevaux consommés a été de 124 en 1888, de 13(5 en 1889 et de 137 en 1890. Leur poids net total a été de 33,150 kilos en 1889 et de 34,675 kilos en 1890. Le prix de la viande de cheval variait en 1890 de 15 à 25 pfennigs le demi-kilo (19 à 31 centimes). Des 137 chevaux de 1890, il y en avait 14 de l'« qualité, 97 de 2« et 26 de 3-^ (1). A Heilbronn, il a été consommé 58 chevaux en 1888 et 61 en 1889. Le poids moyen net de ces animaux a été estimé 250 kilos (2). AUTRICHE. Bien que Falimentation par la viande de cheval soit en usage dans plusieurs localités de l'Autriche, elle est encore dans ce pays l'objet d'appréciations contradictoires de la part des vétérinaires. Dans un très intéressant travail (3), M. Flo- rian Koudelka, vétérinaire sanitaire à Wischau (autrefois à Vienne), estime, en partisan convaincu de l'hippophagie, qu'il est du devoir des vétérinaires d'éclairer le public sur la valeur de la viande de cheval, et de démontrer que la répulsion, éprouvée pour cet aliment, est totalement dénuée de fondement. Dans un mémoire également très intéres- sant (4), M. Anton Toscano, vétérinaire sanitaire à Vienne, désapprouve la propagation de l'hippophagie pour les raisons suivantes : 1° L'introduction de la viande de cheval, dans l'alimentation humaine, ne peut qu'être nuisible aux intérêts agricoles en provoquant une baisse de prix sur la viande de bœuf et en empêchant l'extension de l'élevage des bovidés. (l) Saur. B. u. d. ScMachihaus, in Stuttgart, im ISSS, I8S9 u- 4S00. [2] Repertorium far ThierheiUiunde, Stuttgart, 1890, p. 201 ; BericM von Lutz. (3) Bas Pferdefleisch aïs Nahrungsmittel (V). (4) Bas Pferdefleisch aïs Nahrungsmittel in Monatsschrift des Vereines der Thierdrzte in Oesterreich. ^Yien, 1886, p. 5, 32 et 54. 148 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUEES. 2" La viande de clieval provient généralement de vieux chevaux maigres et épuisés, rarement de chevaux gras et jeunes ; elle est de quahté très inférieure et par suite dédai- gnée de beaucoup de consommateurs. M.Toscano conclut qu'il est préférable pour les vétérinaires d'insister sur la nécessité d'une inspection hippophagique rationnelle que de faire de la propagande pour la consommation de la viande de cheval. Il nous semble qu'on peut applaudir justement à la première partie de cette conclusion, tout en n'acceptant pas la seconde. Au commencement de ce siècle, il arrivait fréquemment aux équarrisseurs de l'Autriche de vendre de la viande des chevaux morts de maladies ou d'autres charognes. Un décret du gouvernement autrichien, du 22 mai 1806, défendit ce trafic, sous peine d'une amende de 12 thalers, pour la pre- mière contravention, de 24 pour la deuxième et de l'inter- diction du métier pour la troisième (W). Nombre de chevaux abattus pour la consommation de l'homme dans l'Empire d'Autriche en 1888 et 4889. (D'après les rapports vétérinaires du Ministère de l'Intérieur) (35). 188!) PROVINCES. 1888 1889 Augmentalioii. Diminution. Basse-Aulriclie 6,967 7,482 515 » Haute-Autrictie 337 328 » 9 Salzbourg 230 183 » 147 Styrie 1,480 1,668 188 » Garinlhie 20 IS » 2 Littoral Illyrien 380 452 72 * Tyrol Vorarlberg 228 249 21 » Bohême 1,925 11,696 9,771 » Moravie 3,579 4,018 439 » Silésie 40 20 » 20 Pour toute rAutrlche 15,186 26,114 10,928 » En Carniole, en Galicie, en Bukovine (1) et en Dalmatie, pas de statistique hippophagique. (1) A Saiagrova, district de Czenioivitz, province de Bukovine, il existe un clos d'équarrissage soumis à une inspection vétérinaire, oii l'on a sacrifié 3,526 chevaux en 1888 et 6,629 en 1889 ; la disette des fourrages en Bukovine et en Galicie, en 1889, fut la cause de cette der- L'ÉTAT ACTUEL DE L'HIPPOPHAGIE EN EUROPE 149 Basse- Autriche. — Le 20 avril 18o4, en raison de Fex- lension prise par l'iiippophagie, à Vienne et aux environs, une ordonnance préfectorale vint réglementer les boucheries de cheval dans la Basse-Autriche (W'). Certaines prescrip- tions de cette ordonnance, se retrouvant plus ou moins textuellement dans un règlement analogue de la Moravie (18 juillet ISIG), seront indiquées dans ce dernier règlement en lettres italiques ; les autres sont transcrites ici : Extrait de V Ordonnance du 20 avril 18o4. 1° L'autorisation d'abattre des chevaux de boucherie ne peut être accordée qu'à des personnes sûres et dignes de foi...; 2" chaque boucher hippophagique doit avoir une tuerie re'guliére, pourvue d'un pont d'abatage bien construit, de canaux d'e'coulement, d'une glacière et d'une fosse à fumier; 3'' la tuerie doit être tenue avec la plus grande propreté possible ; 4" chaque abattoir hippophagique est inspecté par un mare'chal-ve'lérinaire, ayant fait deux années d'études et, à de'faut, par un me'decin de la localité. . . Le boucher paie à l'inspecteur pour chaque cheval un droit d'inspection de 20 Icreutzers (48 centimes) ; 5" il est défendu de livrer à la consommation les chevaux ayant d'anciennes plaies externes suppurantes ou ayant des ulcères au sabot... Extrait de l'Ordonnance préfectorale du 26 septeml^re ISS6, sur l'inspection des viandes de boucherie dans la Basse- Autriche, excepté Vienne (1). g 4... L'inspection des chevaux et autres solipèdes ne peut être confiée qu'aux véte'rinaires. § 14. Après que les chevaux de boucherie ont été abattus et régu- lièrement saignés, le crâne et les cavités nasales doivent être mis à de'couvert par une section longitudinale de la tète, pour qu'un examen minutieux puisse en être fait. Si l'inspecteur trouve la moindre trace de nodosité ou d'ulcération sur la membrane pituitaire ou un glan- dage de l'auge (que ce glandage soit bénin, douteux ou mauvais\ la viande ne doit pas être reçue pour la consommation et le Maire de la commune doit avertir de ce fait l'autorité' de police du district. § 21. La viande de cheval, exposée en vente, doit expressément être indique'e comme telle. nière augmentation. La viande des solipèdes ainsi abattus sert à en- graisser des porcs sur place; leurs peaux, leurs crins et leurs os sont livrés à l'industrie (35). (1) Lindes-Gesetz-mid VerordnungsUatt fur das Enherzogthum Oester- reich unier der Enns. t octouer iSSG^XVP Siiicfc, p. 153 et s. (Commu- nication de M. le Maire de Vienne.) 150 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. Yienne. — Statistiques annuelles des solipèdes (1) abattus pour la consommation de ISG2 à 1800 (2). ^.tinées 'tSf!2 iS6ô 4S(il 1S63 1H6G 1SG7 iSflS iS(J!> iSIO i87i Solipèdes... 1122 in7 1086 "lU 804 1319 1193 1555 2349 2073 Années -^872 '1873 1874 ■I87.J 187G 1877 iS78 187!! 1880 1881 Solipèdes... 2802 3131 4427 3639 3764 4056 3770 3557 4000 4494 Anne'es 1882 188S 1884 1885 1886 1887 1888 1889 1800 Solipèdes . . . 5065 5086 5034 5268 5833 6271 6277 6860 7000 (3) Statistiques mensuelles des solipèdes alattus à Tienne en 1888 et en 1880. Janv. F6v. Mars. Avril. Mai. Juin. Juil. Août. Sept. Oct. Nov. Dec. 1888 628 584 558 468 445 402 396 398 428 592 717 661 1889 675 586 581 481 477 412 431 506 551 671 843 646 En 1889, alors qu'on abattait 6,860 chevaux à Vienne, on en sacrifiait 8,140 dans la banlieue de cette ville, ce qui faisait un total de 15,000 (G'). L'abattoir hippophagique de Yienne, où doivent être abattus tous les chevaux de boucherie, est situé près du marché aux bestiaux de Saint-Marx. La taxe d'abatage est par tète de 1 mark 24 pfennigs (1 iV. 55 cent.). En 1889, 31 solipèdes ont été refusés vivants et 14 ont été saisis après abatage (4). En 1889, il y avait à Vienne 10 bouchers faisant abattre des chevaux pour l'approvisionnement des 37 étaux hippopha- giques de cette ville (5). Les chevaux ont été achetés, en 1889, (1) Dans les Progrès de l'hippophagie (M) on lit : « IV. Vienne, h. 4,725 chevaux de 1863 à 1866 », d'après J. Copitz (K). Il y a peul- être là une erreur, car Is. Gcoffroy-Saint-IIilaire donne 4,725 chevaux à Vienne de 1854 à 1856 (C). (2) Die Fleischn-ersorgung der Stadt Wien. ReisebericJit %•. P^ FeseriT^). (3) La plupart des solipèdes consommés à Vienne, de 1883 à 1887, e'taient des chevaux ; on n'y a tué que deux à trois ânes par mois et très peu de mulets (P). (4) Le nombre des solipèdes saisis a été' de 61 en 1883, 26 en 1881, 40 en 1885, 39 en 1886 el 32 en 1887 (P). (5) Statistiques de Vienne en Autriche (P). Années 1883 1884 1885 188G 1887 Bouchers hippophagiques. 9 7 9 9 8 Étaux hippophagiques .. . 19 19 18 22 30 L'ETAT ACTUEL DE L'HIPPOPHAGIE EX EUROPE. loi de 26 marks 70 pfennigs à 142 marlis 40 pf. (33 fr. 37 c. à 178 francs). En 1889, les prix de vente au kilo de la viande de clieA^al ont été les suivants : quartier de derrière, 50 à 57 pf. (62 â 67 cent.) ; quartier de devant, 43 à 50 pf. (54 à 60 cent.).; biftecks, 57 à 71 i?/. (67 à 89 cent.) (1); saucisson ordinaire, 57 à 71 pf. (67 à 89 cent.) ; saucisson sec, 71 à 85 _p/". (89 cent, à 1 fr. 02 c.) ; graisse brute, 85 à 107 pf. (1 fr. 02 c. à 1 fr. 34 c.) ; graisse épurée, 92 pf. 1/2 à 1 mark 14 pf. (1 fr. 15 cent, à 1 fr. 42 cent.). Dans la même année, on a vendu les os à raison de 4 m. 45 pf. (5 fr. à 5 fr. 56 c.) les 100 kilos.; les crins de la queue, de A^pf. 1/2 à 89 pf. (55 c. à 1 fr. 11 c.) par cheval ; et la peau, de 8 m. 90 pf. à 13 m. 35 pf. (11 fr. 12 cent à 16 fr. 68 cent.). Moravie. — Le premier règlement de cette province, sur l'inspection de la viande de cheval servant à la nourriture de l'homme, est une ordomiance du gouverneur de la Moravie du 18 juillet 1816 (X). 11 est ainsi conçu : § 1. L'abatage des chevaux de boucherie n'est permis que dans les localite's où il y a un inspecteur compétent. Il ne peut être pratiqué que par des personnes autorisées à cet elïet, et dans de.s conditions convenables (et réglementaires. . .). % 2. La vente de la viande de cheval ne veut être faite que par une personne qui a régulièrement appris le métier de boucher, ou (pn se fait remplacer par un employé se trouvant dans ce cas. % 3. Il doit y avoir un inspecteur dans chaqice localité oh ton abat des chevaux de boucherie. L'inspection de ce.? animaux doit être faite par un me'decin-ve'térinaire {Thierarzt] ou par un médecin de chevaux diplômé {gepriifter Pferdearzt), c'est-à-dire par uri maréclial-ve'terinaire (Kurschmied), et à défaut, par un me'decin diplômé (diplomirter Arzt). — L'inspecteur est tenu d'examiner sur pied chaque cheval de boucherie-, pour se rendre compte de son état de santé, et d'interdire absolument l'aba- tage des chevaux malades ou suspects. § 4. V inspecteur veille à ce que les chevaux de boucherie soient abattus comme les bovidés, qu'ils ne soient pas maltraités et qu'ils soient bien sai- gnés. Il veille à ce que le lieu d'abatage et les instruments soient tenus propres, que le sang et les vidanges soient enleve's après le travail. § 5. ^inspecteur doit examiner le sang, les viscères et la viande (1) A Vienne, le kilo de viande de cheval s'est vendu aux prix sui- vants, selon les diverses catégories : Les meilleurs morceaux 32 à 40 Tireutzers ("77 à 96 cent.], de 1883 à 1887 ; le quartier de devant de 24 à 32 Tir. (58 à 77 cent.), eu 1883 et 1884, et de 24 à 28 Ir. (58 à 67 cent.), de 1885 à 1887; l'aloyau de 28 à 36 Tir. (67 à 86 cent.), ea 1883 et 1884, et de 28 à 32 Ir. (67 à 77 cent.), de 1885 à 1887 (P). 152 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. de chaque cheval aiatiu, pour se rendre compte de son état de santé. Il établit pour chaque cheval un procès-verbal d'inspection comprenant les articles suivants : 1° numéro d'ordre ; 2" jour de l'inspection ; 3" nom et adresse du boucher hippophagique; 4" robe, race, Oge et état dénutrition du cheval abattu; 5° constatations faites sur le che- val avant et après l'abatage ; 6° acceptation ou refus de la viande pour la consommation; "7" nom et titre de l'inspecteur ; 8° observations. — En cas d'acceptation pour la consommation, l'inspecteur délivre un bul- letin d'inspection, relatant sa constatation, et n'autorisant la vente dj la viande que pendant le temps que colle-ci reste propre à l'alimen- tation de l'homme. Ce bulletin doit être place' dans le lieu de vente à la vue du public. Si l'inspecteur refuse de laisser abattre un cheval ou en de'clare la viande impropre à la consommation humaine, l'auto- rité locale peut, sur la demande et aux frais du boucher, faire prati- quer un nouvel examen de ce cheval ou de cette viande, par un deuxième ou un troisième expert, lequel doit être couslamment un me'decin-ve'térinaire diplômé [diplotnirter Thierarzt) ou un médecin de chevaux diplômé {geprïifter Pferdearzt). % G. Il est interdit de livrer à la consommation de f homme ta viande des chevaux reconnus, avant ou après l'abatage, atteints des maladies suivantes : 1° La morve ; 2° le farcin ; 3° toutes les adénites, qu elles soient bénignes, malignes ou suspectes; 4° le mal du coït ; 5° toutes les maladies occasionnant des lésions des cavités splanchniqucs et des viscères ; 6° le typhus ; 7° le charbon ; 8" les coliques et la dgssenterie ; 9° le tétanos et la rage; 10° les plaies suppurantes étendues ou les ulcères de mau- vaise nature, môme si ces ulcères ne siègent qu'au sabot; 11° la même interdiction a lieu pour les vieux chevaux en mauvais e'iat de nutrition ou très maigres, parce que la viande de ces animaux est peu nutritive, difficile à digérer et nuisible ; 12" les chevatix atteints d'affections cjiro- niques non accompagnées de fièvre^ comme l'immobilité, la 2}ousse et autres maladies respiratoires chroniques, peuvent être abattus pour la boucherie, s'ils sont sains et bien nourris. § 7. La vente hippophagique est permise dans les boutiques, ainsi que sur les marche's, à condition qu'il y soit exclusivement vendu de ia viande de cheval. § 8. Les abattoirs et les étaux hippophagiques, les derniers surtout, doivent être munis d'une enseigne spéciale portant nettement l'inscription « vente de viande de cheval » ; le prix de la viande de cheval doit être indi- qué par un tarif placé dans le lieu de vente à la vue des acheteurs. § '.). Les contraventions à cette ordonnance doivent être releve'es et punies par les communes et les villes. § 10. Les restaurateurs et les autres gens de me'ticr, ainsi que les débitants de viandes fume'es et les fabricants de saucissons, qui ven- dent de la viande de cheval apprêtée, doivent l'indiquer spécialement sur leurs cartes de repas ou sur leurs tarifs de comcslibles. L'ÉTAT ACTUEL DE L'HIPPOPHAGIE EN EUROPE. 153 Quelques années plus tard, ce règlement de 187G fut com- plété par le suivant : Ordonnance du Gouverneur de la Moravie, sur l'inspection des chevaux de boucherie, du i octobre 188 1 (H') (X'). § 1. Lors de l'achat d'un cheval de boucherie, les bouchers hippo- phagiques doiveut faire établir un certificat ou laissez-passer, indi- quant le nom du vendeur et celui de l'acheteur, le lieu de provenance de l'animal et son signalement (robe, signes particuliers, race, âge, taille, état de santé et état de nutrition). En cas d'achat d'un cheval à un marche' public, le laissez-passer est e'iabli par le service de ce marche', et en cas d'achat en dehors de cet endroit, il est e'tabli par le maire de la commune ou son adjoint. On choisira toujours, autant que possible, un expert pour visiter le cheval et dresser le laissez-passer. Cette pièce pourra être établie sur les imprimés à l'usage des bovi- dés. Elle devra ôlre conservée par rinspccteur pendant un au après l'abatage. § 2. En cas d'introduction d'un cheval de boucherie, le boucher hippophagique est tenu d'aviser sans retard le maire de la commune ou son adjoint et de lui communiquer le laissez-passer. L'inspecteur hippophagique est oblige' de visiter les chevaux introduits et, après examen du laissez-passer, de les inscrire à l'article 4 du procès- verbal d'inspection (§ 5, Ord. 18 juillet 1876,, en indiquant les de'Iauts qui en nécessitent l'abatage. § 3. L'abatage des chevaux, dépourvus de laissez-passer ou en ayant un non valable, ne peut être autorise' tant que leur provenance n'est pas connue. — S il est de'montré qu'un ou plusieurs chevaux proviennent d'un vol, le maire de la commune avertit la police sans retard, et les garde en dépôt, en attendant qu'il soit pris une de'cisiou à leur égard. § 4. Les chevaux vivants sont seuls reçus à l'abattoir. L'introduc- tion des chevaux tués dans d'autres lieux et localite's y est rigoureu- sement interdite. Il est de même défendu d'introduire, peur la vente, de la viande de cheval d'une commune dans une autre commune, et il n'est pas de'livré de certificat de viande de cheval dans ce but. § 5. L'inspecteur hippophagique doit, pour l'acceptation ou le refus d'un cheval de boucherie, se conformer constamment à l'esprit de l'or- donnance sur l'inspection. Etant donné que personne n'achète à bas prix, pour la boucherie, des chevaux complètement sains et propres au travail, il ne doit pas oublier qu'on ne peut abattre que des che- vaux n'e'tant pas d"un âge trop avancé et ayant l'un des défauts exté- rieurs suivants : Cécité'; plaies re'cenles pouvant causer la mort; fractures osseuses ; maladies des os et des tendons ; boiteries ; mala- dies chroniques sans fièvre du cerveau et de la moelle e'piniére (immo- 134 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. bililé, paralysie) ; maladies chroniques rendant la respiration difficile (pousse sèche). — Toutefois, ces chevaux, devenus plus ou moins impropres au travail, doivent être sains et bien nourris. — L'inspec- tion des chevaux vivants et abattus doit être constamment faite avec une grande prudence et d'après les principes de la science véte'rinaire. Aucun cheval ne peut être abattu et débile, s'il a une des maladies indiquées au § 6 de l'ordonnance du 18 juillet 1876. — Si l'inspec- tion découvre sur un cheval la morve, le farcin, le jetage nasal, le glandage de l'auge, le mal du coït, le typhus, le charbon ou la rage, il doit en avertir sans relard le maire de la commune, lequel, d'après les §§ 17 et 20 de la Loi générale sur les e'pizooties, est tenu de faire le nécessaire à l'e'gard des animaux alTectés de maladies contagieuses et d'aviser de cette constatation l'autorité de police du district. — Si la maladie contagieuse n'est constate'c qu'après l'abatage, le cadavre est dénalure, et l'autorité de police du district est e'galement avisée par l'envoi du laissez-passer du cheval reconnu malade. § 6. L'inspecteur doit se conformer strictement aux aline'as 5, G et 7 du § 33 de la Loi générale sur les maladies contagieuses des animaux, lorsqu'il autorise l'abatage et le débit d'un cheval atteint de la gale. Il ne doit pas laisser abattre les chevaux galeux à un haut degré, les- quels sont ordinairement maigres. — Lorsqu'un cheval galeux est conduit à l'abaltoir, le maire de la commune doit en aviser l'autorité de police du district par l'envoi du laissez-passer. Le § 4 de ce règlement du 4 octobre 1881 a été modifié, ainsi qu'il suit, par l'ordonnance du Gouverneur de la Moravie du ^0 juillet ISùf (X^) : Les chevaux vivants sont seuls reçus à l'abattoir. L'introduction des chevaux tue's dans d'autres lieux et localités y est rigoureusement interdite. — La viande de che\al fraîche ou travaillée peut ôlre trans- portée d'une commune dans une autre pour y être vendue, à condition que le vendeur présente un certificat établi sur le modèle du formu- laire ci-contre : L'ÉTAT ACTUEL LK L'HIPPÛPHAGIE EN EUROPE. 1o5 CERTIFICAT de viande expédiée de la commune de à î^our y être vendue. Pays District N° d'ordre du procès-verbal d'abatage Nombre de chevaux abattus. Jour et année de l'abatage. Nombre des morceaux de viande fraîche destinés à l'envoi. CD O ■,3 S CA 'o Nombre de morceaux de viande fumée. co" cl en :s 'o a. Nombre des saucissons et poids en kilos. Il est affirmé que la vialide provient d'un cheval trou- vé sain à ral)a- tage et propre à| la consommation de l'homme. L'iDspcctour dp la bouciietip hippophagiqui', *** A. ,, le 18... Le Maire de la commune (ou son adjoint], Depuis 1876, des Louclieries hippopliagiques se sont ins- tallées dans plusieurs villes de la Moravie et le chiffre s'en est augmenté chaque année. En 1888 il y avait des étaux hippophagiques dans 29 localités et ces étaux étaient au nom- bre de 35. En 1888 il a été abattu 3,579 chevaux dans toute la Moravie. Néanmoins l'essor de l'hippophagie a été retardé par l'application du § 4 du règlement du 4 octobre 1881. Mais, à la suite de la modification de ce § 4 par l'ordonnance du 20 juillet 1891, l'hippophagie morave est entrée dans une ère nouvelle ; les anciennes boucheries de cheval ont aug- menté considérablement leur mouvement d'afïaires ; d'autres se sont montées dans différents endroits très petits et de nouveaux abattoirs de solipèdes ont été établis. Wischau, en Moravie. 5,221 habitants. En 1879, on a com- mencé à consommer des chevaux, et, en 1882, on a construit un abattoir hippophagique. Le nombre de chevaux abattus a été : En 18Si 1SS3 ISSi i883 1880 1887 1888 1889 18<.)0 lS!)t De 121 101 63 52 53 37 28 54 64 loa 156 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. On a tué, en outre, 1 âne en 1888 et i âne en 1890. En tout, en 10 ans, 673 chevaux et 2 ânes. Biltschowitz, en Moravie. 2,990 habitants. On a com- mencé à tuer des chevaux à partir des premiers jours de 1892. Prossnilz, en Moravie. 18,417 liabitants. Depuis le 12 janvier 1876, on tue des chevaux pour la consommation. Depuis le 1" janvier 1890 il y a un nouvel abattoir hippo- phagique. Il a été abattu : Années 1SS2 4883 ISSi fSSo 1880 1887 1888 4889 I8;)0 'I891 Chevaux.... 897 931 830 788 8-8 789 839 1101 909 984 Anes -21 17 26 U 20 IG 13 23 16 18 En tout, en 10 ans, 8,946 chevaux et 184 ânes. — 3 chevaux ont été refusés pour morve. Cliaque année on en refuse, comme impropres à la consommation, 5 ou 6 pour extrême maigreur, glandage, etc. Dans la petite ville de Plumenau, peuplée de 1,543 habi- tants, rhippoi)hagie a débuté il y a 3 ans ; on y tue annuelle- ment de 150 a 170 chevaux. Tyrol. Dans V Ordonnance pré feclorale du 2Ô juillei 1886, sur Vinspection des viandes de boncherie dans le Tyrol, on lit : § 10. La viande de cheval mise en vente doit être indiquée comme étant de la viande de cheval. Dans les boucheries et les étaux ser- vant à la vente de la viande de cheval, il ne peut être mis en vente de la viande d'autres animaux (II'j. BELGIQUE. Avant 1830, on mangeait déjà de la viande de cheval aux environs de Malines. Les équarrisseurs y débitaient aux nécessiteux les meilleurs morceaux des chevaux usés et sains qu'ils abattaient. Les mêmes faits commencèrent à se pro- duire avant 1840 dans quelques communes autour de Louvain, ainsi qu'à Vilvorde et à Molenbeck-Saint-.Tean (36). La con- sommation hippophagique était déjà très abondante en 1870 à Louvain, Kœkelberg, Molenbeck-St-Jean et Vilvorde (R'). Actuellement, dans presque toutes les villes de Belgique et dans beaucoup de communes, on trouve une ou plusieurs boucheries chevalines (36). L'ÉTAT ACTUEL DE L'IIIPPOPUAGIE EN EUROI'E. 137 (37). Anvers. On débite de la viande de cheval depuis l'ou- verture de l'abattoir communal (l^"" juillet 1878). Le nombre des chevaux sacrifiés a été (37 a) : Années 1885 1886 1887 1888 1889 1890 ^891 Chevaux 390 397 419 636 693 1066 1017 Le chiffre de l'abatage a baissé en 1891 à cause de l'éta- blissement d'une taxe sur les chevaux de boucherie. Les 1,017 chevaux abattus en 1891 ont fourni ensemble 152,550 kilos de viande nette, d'où un poids net moyen de 150 ki- los. On reçoit, en outre, à Anvers des viandes chevalines salées venant d'Amérique, Il y avait dans cette ville, en jan- vier 1892, 11 étaux hippophagiques; la viande de cheval s'y vend ordinairement de 50 à 60 centimes le kilo. Les fileis (V Anvers de cheval se vendent 1 fr. le kilo, tandis que les filets cC Anvers de Bœuf se vendent 4 francs le kilo (37). L'Angleterre expédie à Anvers, à destination de diverses par- ties de la Belgique, un grand nombre de chevaux complète- ment usés. Ces solipèdes sont très recherchés par les bouchers hippophagiques, parce qu'ils ont été bien nourris ; ils valent beaucoup mieux en général que les chevaux indigènes hors de service. La viande des plus gras de ces animaux est ven- due fraîche, et celle des plus maigres sert à fabriquer des saucissons. Les chevaux d'Angleterre ont été débarqués à Anvers au nombre de 2,142 en 1890 et de 2,218 en 1891 ; à Ostende, de 326 en 1891 ; à Gand, de 27 du 29 octobre au 31 décembre 1891. Depuis le 1" janvier 1890, ces chevaux sont soumis à une visite sanitaire à leur débarquement à An- vers ; ils arrivent dans cette ville des ports anglais sui- vants (37) : DURÉE PRIX PORTS ANGLAIS. DU VOYAGE. DU TRANSPORT. Grimsby (Lincolnsliire) 24 heures. 13 francs. Newcaslle (Northumberland). 36 — 25 — HuU (York) 30 — 18 — 75 c. Londres (Middlesex) 26 — 25 — Leilh (Ecosse) 40 — 30 — BorgerJioui-les-Anvers (37 h) Du l^' août 1891 au 12 jan- vier 1892, il a été abattu 435 chevaux, dont 225 destinés !o8 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. exclusivement à une fabrique de fdeis d'Anvers et de sau- cissons. Bruxelles (36). La première boucherie chevaline s'ouvrit en octobre 1872. Depuis, ce commerce a prospéré et chaque année de nouveaux étaux hippophagiques s'ouvrent dans la ville et les faubourgs. Comme les solipèdes de boucherie de- viennent tous les ans de plus en plus difficiles à trouver, on a été obligé d'en faire venir d'Angleterre. Les sujets sacrifiés à l'abattoir de Bruxelles sont généralement en bon état de <-\\câv et de graisse ; les saisies sont rares en raison des élimi- nations pratiquées lors de la visite sur pied (mélanose grave, crapaud, phymatose, plaies suppurantes, etc.).. Nombre de solipèdes sacrifiés à V abattoir de Bruxelles. Années.. ^87.7 /S7f /S7o /87ff 7877 7878 7879 i^^Q i881 Solipèdes. 351 233 150 102 156 252 398 565 631 Années.. 7882 7885 78SÎ 4SS5 788tf 7887 7888 788.9 78.V0 Solipèdes. 716 846 792 796 812 806 1017 1144 1426 Du 1''' janvier au 30 septembre 1891, 1179. Le Conseil communal de Bruxelles a fait publier VOrclon- nance suivante, le 14 février 1880 : Vu le rapport constatant que l'on expose siniultane'mcut en vente, sur un même e'tal, dans les lialles, marche's et boucheries publiques, de la viande de cheval, de mulet ou d'Ane et de la viande dite de boucherie ; considérant qu'il peut en re'suller dQ^ fraudes ou des er- reurs qu'il importe de prévenir ; Art. 1'^'". — Il est de'feudu d'exposer simultanément en vente sur un même clal, de la viande de cheval, de mulet ou d'Ane et de la viande dite de boucherie. Art. 2. — Les personnes qui veulent débiter de la viande de cheval, de mulet ou d'une dans les halles, marchés ou aux boucheries pu- bliques, seront tenues d'occuper la place qui leur sera assignée par l'Administration communale. Art. 3. — Leurs échoppes devront être surmontées d'un écriteau portant en caractères apparents la désignation de l'espèce de viande qu'elles débitent. Art. 4. — Les quartiers de viande devront être divisés de manière que la chair soit, jusqu'au moment du débit, adhérente au sabot qui portera l'estampille de rinspection sanitaire, ou bien ils devront être L'ÉTAT ACTUEL DE L'HIPPOPHAGIE EN ErROPE. loQ traversés d'une corde dont les extre'mites seront reunies par un plomb scelle'. Art. 5. —Les contraventions à la présente ordonnance seront pu- nies par des peines de police. Ainsi délibéré en se'ance du Conseil communal, le 2 feVrier 1880. Charleroi (1). En 1881, il n'y avait qu'une boucherie clie- \aline à Charleroi (quartier nord). En 1884, il y en avait 20 dans le périmètre d'une lieue autour de la ville. <■ L'iiippo- pliagie, qui a eu des débuts extrêmement modestes et qui a provoqué tant de répugnances, est passée ici dans les mœurs, et ce n'est pas le nécessiteux seul qui mange du yu ; mais dans bien des bonnes maisons , si on n'en fait pas un usage habituel, du moins en consomme-t-on de temps à autre sous différentes formes »>. En 1889, on abattait environ 50 Chevaux par semaine dans la ville et la banlieue de Char- leroi (A. André). (1) Aug. André, rhippopliagie au pans de Charleroi, in Gazette de Charleroi, du 2(1 mars 1881. [A suivre.) LES OIES EN RUSSIE LES RACES ACCLIMATÉES ET A ACCLLMATER Par m. YIENKOFF. Dans l'Europe occidentale, surtout en Allemagne et en Autriche, on se livre à l'élevage d"Oies de belle taille, se prêtant à un engraissement rapide, et fournissant une f^uan- tité considérable de duvet. En Russie, au contraire, ce sont des bandes d'Oies communes, fort inférieures sous tous les rapports, que l'on rencontre le plus souvent. Cependant, il y a des exemples d'acclimatation de certaines races étran- gères que nous relaterons dans le courant de cet article, dont les données précises , ainsi que d'intéressantes indications pratiques, ont été tirées du mémoire de M'"^ Grineff, publié dans le Journal d'Avicidlure de Saint-Pétei*sbourg. L'élevage des Oies a cela de particulier en Russie, qu'il y est surtout une des formes du braconnage, en ce que ce ne sont point des propriétaires qui s'y livrent, mais des paysans qui envoient leurs pupilles paître sur les terres des grands propriétaires. Semblant fort bien comprendre cette situation, aussitôt qu'elles aperçoivent le garde et d'aussi loin qu'elles le peuvent, les Oies fraudeuses se lèvent et s'envolent, abso- lument comme les oiseaux sauvages. Dans l'Europe occiden- tale, avec sa législation séculaire, ses propriétés hérissées de clôtures, il serait impossible de voir des oiseaux s'ébattre li- brement dans un étang ou un lac, sans l'autorisation du pro- priétaire de ce dernier ; mais dans le chaos du droit russe, dans ce pays où ont encore survécu les idées larges sur la li- berté et la propriété, ces choses-là n'étonnent personne. Cependant, les Oies endommagent fortement les champs, dont elles arrachent les plantes avec leurs racines; il est im- prudent de les laisser pénétrer ailleurs que dans des terres à végétation tenant fortement au sol. L'Oie commune est blanche ou grise ; la première fournit un excellent duvet et a une valeur marchande plus élevée. Les Oies sont surtout consommées dans la Russie du sud, par les LES OIES EN RUSSIE. 161 Israélites , qui se servent exclusivement de leur graisse comme friture ; on sait que dans le midi de la France cette graisse est également très prisée. Un des centres russes de l'élevage des Oies se trouve dans le village Zazoulintzi (gouvern. de KiefF, district de Berdi- tcliéff) ; nous nous arrêterons quelque peu sur les procédés qui y sont en vigueur. Au mois de février, on classe les Oies par races et couvées ; chacune est placée ensuite dans un box séparé. Dans la jour- née on les sort une à une, ou bien toutes à la fois, lorsqu'elles se tiennent en bandes. Les Oies-Cygnes, les grises et les blanches, se promènent ensemble, tandis que les Toulousaines, les Oies d'Emden et les huppées, ainsi que quelques-unes parmi les femelles couveuses de race commune, forment bande à part (les Toulousaines ne couvent guère, et lorsque, par hasard, elles s'y mettent, elles écrasent beaucoup d'œufs). Les Oies prêtes à pondre sont placées dans un local spécial, où elles trouvent un nid tout préparé. On a essayé d'un fond formé par le sol naturel; mais aujourd'hui le sol, ainsi que les murs et même les compartiments formant nids, sont revêtus de briques. Chaque nid ayant 70 centimètres de long sur autant de large et presque autant de hauteur, est recouvert de fortes planches non rabotées, qui sont lavées souvent et enduites de chaux. Les briques ont d'ailleurs l'avantage inappréciable de ne point donner abri aux mites rouges qui sont le fléau de la volaille dans le midi de la Russie ; mais elles sont rien moins que chaudes, et les embryons des œufs risqueraient fort de périr par le froid, si l'on ne prenait pas la précaution de recouvrir le sol de gazon ou bien d'un épais lit de paille. La femelle portant un œuf, est placée sur un nid, et elle reste dans ce local tant qu'elle n'a pas pondu. Lorsqu'on croit apercevoir chez une femelle le désir de cou- ver, on met sjous elle les plus vieux des œufs pondus, 7-9 œufs de Toulousaine ou d'Emden et 9-10 œufs d'Oie-Cygne ou d'Oie commune. Les Oies qui continuent à pondre, lors- qu'on leur retire les œufs, peuvent être remplacées par des poules, en mettant par poule 3-4 œufs de Toulousaine et 5 œufs d'Oie-Cjgne. Au bout de huit à douze jours, on passe les œufs à l'ovoscope. Afin que la couvaison des œufs d'Oie ne nuise pas à l'élevage des poussins, on met sous chaque couveuse inoccupée de L5 à 17 œufs frais de poule. On peut 20 Août 1892. 11 '162 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUEES. également mettre des œufs retirés de dessous des poules, sous des femelles d'Oie qui auraient à ce moment manifesté le désir de couver, tous les oiseaux se mettant volontiers sur des œufs tièdes. L'opération se fait, de préférence, fort tard dans la soirée; l'oiseau qui a ainsi, sans s'en rendre compte, couvé les œufs pendant le reste de la nuit, ne les abandonne pas au matin, tandis qu'il arrive souvent que la poule mise au milieu de la journée sur des œufs froids, se relève et s'en va . Les œufs d'Oie doivent être examinés avec précaution , sans les mélanger, mais rapidement , de peur de refroidir l'embryon. On les recouvre de flanelle, suivant en cela les indications fournies par la nature elle-même : les femelles d'Oies et de Canards, en se levant pour aller chercher leur nourriture, se baigner, etc., ne quittent jamais le nid sans avoir couvert de duvet les œufs. Les grains de froment, d'orge, d'avoine, les légumes cuits et hachés avec de la balle de blé, qui forment la nourriture des Oies, ainsi que l'auget à eau, doivent être placés un peu loin du nid, afin d'obliger la couveuse à se lever de temps en temps, et l'empêcher ainsi d'asphyxier les embryons par un chauffage continu. Les éle- veurs russes considèrent comme particulièrement utile de sortir les Oies-couveuses, aussitôt après les repas, — se bai- gner ou se rouler dans la neige l'hiver, — afin qu'elles mouil- lent les œufs, en rentrant, à l'instar des Oies sauvages. En outre, l'air du poulailler étant très sec par suite d'un fort chauffage, on asperge les œufs d'eau tiède (+ 26'' à -h 28»» R.t, pendant que la couveuse se lève pour aller manger. Cette précaution empêche la membrane de se dessécher, ce qui au- rait pu devenir un obstacle à l'éclosion des poussins. Dans le même but, on arrose d'eau tiède le sol du poulailler, autour du nid. Les Oisons, après s'être séchés sous le corps de la mère, sont placés dans une boîte spéciale (de préférence en bois, car il ne s'échauffe pas trop au feu), chaudement garnie de plumes et de flanelle, et que l'on met dans la cheminée ou dans un séchoir chauffé, tapissé de plumes. On a essayé d'une litière de feuilles de roseau, mais les petits s'y trouvent pris par la tête ou les pieds , et périssent. La mère doit être tenue chaudement et dans l'obscurité durant 12-24 heures, suivant la mise bas. Les Oisons les plus faibles restent dans la boite-séchoir que l'on chauffe à l'eau (H- 45° à 60° R.), un LES OIES EX RUSSIE. 163 édredon suspendu les recouvre. Le vieux nid ayant servi à la ponte, nettoyé et enduit de chaux à nouveau, garni de cendres, la paille brûlée, est prêt à recevoir une nouvelle pondeuse. Trente-six à quarante heures après l'éclosion, on com- mence à offrir de la nourriture aux jeunes. Le premier aliment est un œuf dur haché avec de l'herbe blanchie et égouttée, également hachée ; les repas ont lieu cinq fois par jour, â des heures fixes. Plus tard, on ajoute de la bouillie de millet. Au bout de deux jours, les oisons broutent le gazon et à sept jours, on les sort sur le pré, aux heures les plus chaudes de la journée ; mais aussit(3t qu'ils donnent des signes de las- situde, on les rentre, sans les laisser reposer sur l'herbe. Graduellement, on arrive après huit jours, â sortir les petits oiseaux à l'aube. Il est absolument nécessaire pour la santé des petits de les sortir de grand matin, quitte à les rentrer pour une heure ou deux s'ils ont froid, car on a remarqué que, dans le cas contraire, ils refusent de manger, s'étiolent, contractent même la paralysie des membres inférieurs ou la diarrhée. On rentre, au contraire, dès 3 h. V2 - 4 h. i/a du soir. Les oisons ayant atteint un mois, mangent du millet, du seigle, de l'orge, le tout bien arrosé d'eau. Les repas sont plus espacés à cet âge, il n'y en a que trois par jour. Les vieilles Oies expérimentées savent d'instinct le moment où les petits peuvent être conduits à l'eau, â l'âge de trois à quatre semaines. A éviter les étangs où il existe des sang- sues fort dangereuses pour les jeunes oisons ; il est également prudent de ne pas les laisser mouiller par la pluie. Passons maintenant aux diverses races étrangères intro- duites ou à introduire dans l'élevage russe. Nous serons obligé de nous y arrêter un peu longuement afin de pouvoir exposer les raisons qui ont pu déterminer le rejet ou l'adop- tion d'une race, dans son état pur ou croisé. Toutes les régions de la Russie ne sont pas propices â racclimatation des races étrangères pures ; l'expérience a démontré qu'il convenait de choisir des Jars pur sang, de les croiser avec les femelles du pays et de n'élever ensuite que les produits ainsi obtenus. Cependant, il est utile de donner, au bout de quelques années, à ces métis un nouveau mâle de race pure. Le croisement et une sélection intelligente de ses produits sont les procédés les plus avantageux, car autre- 164 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. ment les oiseaux s'acclimatent mal et périssent. De plus, il est très important, en choisissant la race à introduire dans une localité, de se conformer à ses conditions physiques et climatériques. Les Oies d'Kmdenet de la Poméranie origi- naires des parties nord de l'Allemagne, et les Oies-Cygnes, les Oies à tête bossue et les canadiennes, parmi les espèces de moins forte taille, sont les plus propres â acclimater dans les régions septentrionales de la Russie. Au contraire, l'éle- vage des Toulousaines et des Oies frisées de Sébastopol semble devoir se confiner dans le midi de la Russie. Les Oies d'Emden et celles de Toulouse sont celles qui occupent le premier rang par leur taille et leur utilité. Les Oies d'Emden portent le nom d'un petit pays, en Ost- Friedland, leur élevage y est devenu surtout important dans ces derniers temps. Cette race est très demandée en Bohème et en Hongrie où elle s'est très bien acclimatée. Les Anglais ont également vite apprécié ces jolis oiseaux, c'est en Angle- terre que l'on trouve aujourd'hui les plus beaux individus. La stature de l'Oie d'Kmden rappelle celle du Cygne, bien qu'elle n'en ait pas la bosse encéphale. Le corps est robuste, la tète forte, bien emplumée, le bec large et assez long, fort â la base, le cou planté droit est long et bien emplumé, le long et large dos est bombé de la naissance du cou à la queue. Les ailes collées étroitement au corps sont si longues qu'elles rejoignent presque l'extrémité de la queue droite et obtuse. Les hanches sont courtes et puissantes, les yeux bleu clair, les pieds et le bec d'un rouge orangé ; au printemps, l'ex- trémité du bec prend une coloration rose. Cette Oie est très Yive et se tient toujours droite. Le Jars adulte a jusqu'à 15" de haut et plus de 70''- de tour de poitrine, le poids d'un oiseau non engraissé est de 11 à 25 livres russes ; chez l'Oie engraissée, le ventre traîne presque à terre. Le riche plumage de l'Emden est d'un beau blanc, à partir de la deuxième année, à l'époque de la mue, il change de couleur comme celui du Cygne. Les oisons naissent revêtus de duvet grisâtre ; par la suite quelques-uns deviennent blancs, d'autres gris ou bigarrés. Un connaisseur éminent, M. Pfannenschmid, assure que les oisons qui sont blancs à cet âge sont des Jars et les gris et bigarrés des femelles. Les Oies d'Emden se mettent à pondre d'ordinaire, â partir de l'âge de trois ans, certaines femelles pondent dès le mois LES OIES EX RUSSIE. 165 cVoctobre et jusqu'en avril, d'autres ne commencent qu'en décembre, janvier et même plus tard. La couvaison commence de bonne heure, quelquefois au mois de janvier. Lorsqu'on aperçoit la femelle se tenir sur son nid, on met sons elle des œufs ; aucun soin spécial, d'ailleurs. Les oisons sont nourris avec de l'ortie liachée menne et des miettes de pain, au bout de huit jours, on les sort sur le pré où ils apprennent vite à trouver leur nourriture. Au mois d'avril, les Oies qui ne sont pas destinées à la reproduction, sont séparées, on les met au régime d'avoine pendant quelque temps, et on les vend. Les individus de la plus belle taille proviennent des couvées précoces ; les oisons grandissent vite. La race d'Emden est une des plus propres à l'engraissement, elle prospère vite au simple régime d'avoine, sa viande est fort savoureuse. Elle donne, en outre, une quantité considérable de plume et de duvet. A Emden, on plume les oiseaux jusqu'à trois fois par an, chaque Oie donne jusqu'à 3-5 marks de duvet. L'opé- ration est assez délicate, ne se fait qu'à des époques déter- minées et demande beaucoup de précaution. — Les œufs d'Oies d'Emden se vendent en Friedland un prix fort élevé. Le croisement avec les Toulousaines étant déconsidéré, les éleveurs russes obtiennent des produits de belle taille par l'accouplement des Jars de cette race avec les femelles de race commune. M. Pfannenschmid est cependant pour la race pure qui est très rustique et douée d'excellentes qualités. Voici quelques détails sur l'élevage de cette race, tel qu'il se pratique en Angleterre, où l'oiseau s'est très bien accli- maté. On n'y laisse point les femelles couver les œufs que l'on met sous de grosses poules, afin d'obtenir une ponte plus abondante. Les Oies et les Oisons vivent dans le pré, où il y a pour eux un poulailler avec hangar entouré d'une clô- ture ; on ne les fait rentrer dans le local couvert qu'à la nuit. L'unique soin qu'exige l'élevage de cette race sont les deux repas du matin et du soir. Avec une nourriture abon- dante, les Oisons grandissent vite. Les Oies d'Emden parais- sent plus petites que les Toulousaines, cela tient à ce que leurs plumes sont collées à la peau, comme celles de Dorking, par exemple, et ne s'écartent pas comme celles des Tou- lousaines. Un éleveur bien connu en Angleterre, M. Bragg, • préconise le procédé suivant pour l'engraissage. On met dix à douze Oies de même couvée dans un poulailler, et on com- 166 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. mence l'engraissement six semaines ou deux mois avant l'abatage. Au début, on ne leur donne que leurs aliments ordinaires, abondamment mais non point en quantité ex- cessive. L'eau se trouve disposée de telle façon que les oiseaux puissent boire, mais non se baigner. On met de la paille sur le sol et un tas de sable dans un coin. Le local doit être tenu proprement ; la même personne doit s'oc- cuper des oiseaux. Le régime d'engraissage proprement dit consiste à nourrir les Oies deux fois par jour d'aliments doux, le froment cuit, la farine d'orge, le riz au lait (le riz est d'un bon marché extrême en Angleterre), mélangé de fro- ment, de Pommes de terre cuites et saupoudrées de farine. Les dix jours suivants, on donne de la farine de maïs et de froment, on met des grains d'orge dans l'eau et l'on suspend dans le poulailler, à portée des Oies, un chou au bout d'une corde. On traite les oiseaux avec précaution, et on évite de les effrayer. Au moment de l'abatage, il est préférable d'en- lever toutes les Oies à la fois, car, dans le cas contraire, celles qui restent s'ennuient et maigrissent. Les œufs de l'Emden sont gros, blancs, la coquille dure. M. Fawler, un aviculteur anglais, en met 3-4 sous une poule Dorking ou Cochinchinoise ; il pratique également l'aspersion des œufs. Les Oisons éclosent au bout d'une trentaine de jours. Cet éleveur les nourrit d'herbes, de farine d'orge di- luée dans de l'eau, et déjeunes pousses d'oignon; mais dans la Petite-Russie, on croit que ce dernier aliment leur fait enfler la tète. On a acclimaté cette race avec succès dans le gouverne- ment de KielT. Les Emden y sont devenus aussi rustiques que les Oies communes; seuls les Oisons demandent toujours à être protégés par un Jars contre les Corbeaux, Belettes, etc. On a essayé de les tenir enfermés, mais alors ils tombent malades et meurent de la fièvre typhoïde avec diarrhée. Les vieux Jars deviennent très méchants, insociables ; les fe- melles sont conservées jusqu'à l'âge de dix ans. Elles sont à cet âge très sujettes à l'apoplexie, à la suite d'une frayeur. Le régime alimentaire des Oies consiste, en Petite-Russie, en grains d'orge, d'avoine, de sarrasin, en dehors des légumes et du son cuits. Les Oies sont très friandes de poires. {A suivre.) LES GRANDES PECHES EN NORVEGE Par m. Amédée BERTHOULE. (suite *). m. — Pèche du Saumon. Le touriste, dont la muette admiration est un moment dis- traite de la contemplation des féeriques tableaux de la grande nature norvégienne, aura remarqué, dans le parcours des fjords, de larges taches blanches qui marquent à certaines places, comme les visés d'une cible, les enrochements des berges. Sa curiosité aura également été mise en éveil par de bizarres échafaudages formés de deux pièces de bois brut, fixées par le pied dans le flanc de la montagne ou dans un pan de roche, et soutenues par des chevalets non moins gros- siers qui permettent de les avancer suivant une ligne oblique, jusqu'au-dessus de la nappe liquide ; ils se terminent par une étroite plate-forme de moins de 1 mètre de côté, sur laquelle se tient une vigie. Ce poste est occupé d'une façon perma- nente ; le guetteur garde sa faction de longues heures, silen- cieux, immobile, sondant le fond d'un œil perçant; dans sa main est un bout de corde qui correspond à un piège à Saumons. Si la Morue et le Hareng, dont nous venons de parler, constituent la principale richesse de l'Océan Scandinave, nous allons voir, à son tour, le précieux salmonide apporter dans les fjords et dans les torrents un regain de fortune. Il y pul- lule littéralement, en dépit de l'âpre poursuite dont il est l'objet et des massacres qu'on en fait de tous côtés. Nous dé- crirons brièvement les procédés mis en usage pour s'en em- parer ; ils montreront, une fois de plus, combien l'homme est ingénieux dans l'œuvre de destruction. L'appareil désigné en tête de ces lignes est un des plus ru- dimentaires ; il impose au pécheur une fatigue, et plus encore un assujettissement qui Font amené à des perfectionnements (*) Voyez Revue, 1892, 1^' semestre, p. 619, et 1° semestre, p, 63. 168 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES dont il sera parlé dans la suite. Montrons- en d'abord le fonc- tionnement. Quel est donc l'objet des marques blanches qui nous frap- paient au début ? Elles sont destinées, disent les guides, avec une naïve assurance, à attirer le poisson en lui donnant de loin Fillusion d'une cascade bouillonnante ? En réalité, elles produisent sur le fond de l'eau une réverbération qui permet au veilleur, du haut de son tréteau, de voir passer le Saumon dans la zone d'action de son engin, dont les bras, tendus et Siddenot, pêche du Saumon. souples comme des tentacules, sont toujours prêts à se refer- mer sur lui et à l'enlacer dans leur funeste étreinte à une simple traction des câbles. Ces sortes de réflecteurs sont avantageusement remplacés en beaucoup d'endroits par des carrés de planches, également peintes en blanc, immergées sous la bouche du filet. Le filet en lui-même doit tirer son nom de siddenot (filet assis), de la position nonchalante en apparence de celui qui le manœuvre. Il est en forme de cône. Le petit bout, gavlen, est fermé, tandis que l'autre est très large et ouvert sur le fjord. LES GRANDES PÈCHES EN NORVÈGE. 169 La longueur totale est de 25 mètres, sur un diamètre médian de 7 mètres. La toile est à mailles de O'^.OG ; le sommet a 70 mailles, le pourtour en compte 170. C'est au-dessous du lilet, près de son ouverture, qu'on dispose le plancher réflec- teur, grâce auquel on surpendra le poisson qui viendra à passer à proximité. En prolongement immédiat, on tend, en ligne droite, un ou plusieurs filets à simple toile qui barrent l'espace jusqu'à la rive. Cette muraille a pour but d'arrêter le Saumon dans sa course, et de le diriger vers la poche centrale. Autour de l'entrée de cette poche vient s'enrouler un des bouts de la corde que l'homme de guet tient à la main ; il suffit à celui-ci de tirer à lui pour que la corde cou- lissant Terme l'ouverture et emprisonne le poisson, dont on va aussitôt s'emparer. Le siddenot est encore assez commun aux environs de Ber- gen et notamment dans l'Osterofjord, oii nous avons pu le voir à l'œuvre; mais il est aisé de se rendre compte des complications de son maniement et des Irais qu'il nécessite. Aussi bien, disparaît-il de jour en jour, remplacé par un engin, qui ne date que d'une vingtaine d'années, mais dont l'usage se répand d'autant plus vite qu'il est plus meurtrier. Si nous le décrivons, c'est en exprimant le vœu qu'il ne soit jamais autorisé dans nos eaux, où, d'ailleurs, il ne semble pas qu'il puisse être utilement mis en œuvre. Au surplus, même en Norvège, il n'est tendu que dans les fjords, en au- cun cas dans les fleuves, et sous des restrictions légales qui en modèrent un peu la trop grande nocuité. Nous voulons parler du Kilenot. Les premiers avantages de ce nouvel engin sont de rendi-e inutile une garde incessante de jour et de nuit, et de se trou- ver constamment en batterie. Dans sa forme première, il rappelait la disposition du sid- denot avec cette différence que l'entrée était celle d'un im- mense verveux. On l'a encore perfectionné, en le pourvoyant d'une double poche, et aussi d'une double entrée ouvrant sur chacune des faces de la muraille. Ainsi donc, nous voyons un énorme bras s'ailongeant sur 200 à 25U mètres, et même plus, avec une hauteur appropriée au fond, généralement 8 à 10 mètres, solidement amarré à l'aide de lourdes pierres, lesté de paquets de liège et de futailles vides, et se terminant par une grande poche à bouche de verveux, qui constitue le filet 170 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. de prise proprement dit. Ce filet s'ouvrait primitivement sur lin seul côté, celui qu'on supposait être sur la voie la plus suivie' par le Saumon ; aujourd'hui, nous le répétons, il est à double lace. Ajoutons que la poche du bout est tissée sur tout son pourtour, ne laissant aucune issue aux captifs. On se borne à la visiter une ou deux fois par vingt -quatre heures ; mais elle n'est relevée que lorsqu'elle renferme un certain nombre de poissons. Il n'est pas rare qu'elle s'em- plisse, à l'époque de l'activité du passage. Chacun, à son gré, a la libre faculté d'établir un engin de cette nature dans les fjords, à la condition de ne pas empiéter sur des droits antérieurement acquis ; mais on ne peut l'ap- puyer sur la rive que lorsqu'on en a soi-même la pleine pro- priété, ou, à défaut, si on en achète le droit. Les kilenots sont mis en place en avril et fonctionnent jusque vers le commencement de juillet; ils s'attaquent donc à la migration de montée des Saumons vers les fleuves. Il n'y a pas de pêche de descente. On compte actuellement de 5 à 6,000 kilenots tendus . chaque printemps, sur les côtes de Norvège, et leur nombre s'accroît sans cesse, menaçant l'espèce d'une destruction cer- taine si on n'y prend garde. Ainsi l'Osteroljord et le Siindf- joi'd, où il a été mis en usage le plus anciennement et qui étaient naguère lès plus renommés du pays pour l'abon- dance du Saumon, ne viennent plus qu'en second rang, bien après les eaux du Nordland et du Finmark, où cet engin est connu depuis peu. Une loi récente (juin 1891) a cependant restreint cette rui- neuse pèche : elle dispose que tous les kilenots devront être halés le vendredi soir de chaque semaine, et qu'ils ne pour- ront être remis en place que le lundi à six heures de l'après- midi. De plus, elle fixe la dimension réglementaire de la maille à 0,065, mesure prise sur le filet mouillé. Nous ne vou- drions pas être mauvais prophète, mais les tueries dont nous avons eu le spectacle, cet été, tout au long de la route, nous donneraient volontiers à penser que le Norvégien gaspille imprudemment ses biens, et qu'un jour pourrait venir où, ses eaux ruinées à l'exemple des nôtres, naîtront des regrets tardifs, mais superflus, sur les prodigalités passées. On emploie également le garn, ou filet à mailles, pour la pêche des Salmonidés ; son unique toile est en fil extrême- LES GRANDES PÈCHES EN NORVÈGE. 171 ment fin, elle est lestée, d'une part, avec des plombs ou des galets, de l'autre, avec des rouleaux en écorce de Bouleau, qui remplacent très avantageusement les classiques flotteurs en liège. Le garn ne donne réellement tous ses eiFets que par des nuits sombres. Après avoir heureusement parcouru les fjords, le Saumon pénètre dans les rivières, pour gagner ses frayères favorites. Là encore, sur tout son chemin, il se verra menacé de mort, et, sans doute, ne sera-ce qu'en petit nombre qu'il réussira à les atteindre, après avoir évité les nouveaux périls que nous allons faire connaître. Saluons d'abord au passage le noble sportsman étranger pour la maestria avec laquelle il pratique son art. Il est venu de la brumeuse Angleterre, ou de la lointaine Amérique, tout plein de sa passion, suivi, dans son expédition, d'un mince bagage de corps, mais de tout un outillage des lignes les plus souples et des hameçons les mieux trempés. Il envahit les paquebots qui font le service de la côte, encombrant le pont de sa personne et de ses longues caisses d'engins, costumé de gros drap, coiffé d'une casquette à oreillettes constellée de mouches artificielles, et s'installe comme en pays conquis sur les pliants un instant abandonnés, dédaigneux, causant à peine, fumant son énorme pipe, buvant force whisky, le vi- sage impassible, l'œil rêveur, perdu sans doute dans le sou- venir des exploits passés, ou dans la pensée de ceux qui vont suivre. C'est bien, au demeurant, le tj^pe supérieur du pêcheur à la ligne. La plupart s'établissent dans de misérables huttes où ils manquent de tout ; d'autres, au contraire, dans des chalets somptueusement édifiés. On en cite un des plus fanatiques qui s'en vient, chaque année, sur un yacht de plaisance, chargé de toutes les pièces d'une grande maison démontable, de ses meubles, de ses vivres et de ses serviteurs, et jette l'ancre pour la saison au fin fond d'une crique sauvage, ina- bordable par terre même pour les simples piétons. Les bruits du monde ne parviendront pas jusqu'à lui, et il se livrera corps et âme, sans distraction et sans trouble, à tout le feu de sa passion. Avant la prochaine chute des feuilles, le gra- cieux vapeur aura disparu vers l'Occident, emportant châ- teau et châtelain. En temps légal, la pêche est libre dans les fjords, disions- 172 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. nous. Tout différent est le régime des riyières. En effet, le droit de pêche est considéré comme inhérent à la propriété des rives, et conséquemment, seuls les maîtres du sol peu- vent l'exercer. En réalité, il est rare qu'ils en usent personnellement ; mieux vaut pour eux le céder par bail, et c'est là pour les particuliers ou pour les communes propriétaires riverains des eaux courantes, une source de revenus d'autant plus consi- dérable que la fécondité de ces eaux est plus célèbre, et que ce sont des Anglais qui mettent les enchères. Il est à notre connaissance que certain bras de rivière, pas très long, certes, a trouvé, pour un mois, preneur à 500 livres (12,500 francs). Ce qu'il y a de plus extraordinaire, c'est que, cette fois, par hasard, l'adjudicataire était Français ! A. quelles envolées fan- tastiques de bank-notes n'assiste-t-on pas, lorsque, pour le bonheur du propriétaire, Anglais et Américains sont mis en concurrence ! Le contrat interdit aux fermiers toute autre pêche que la pêche à la ligne; mais, en revanche, ils pratiquent celle-ci en artistes consommés. On les rencontre isolément, exerçant leur solitaire et silencieux sport dans un coin retiré de ri- vière, l'œil ardent, le bras tendu, l'àme dans le poignet, fai- sant délicatement voleter à fleur d'eau la mouche ai-tificielle qui sert d'appât ; armés, d'ailleurs, de la plus inaltérable pa- tience ; car, même dans ce pays fortuné, il y a bien des jours où le sauvage poisson ne mord i>as, des jours oii les heures se suivent stériles, et toujours pleines d'une trompeuse espérance. Mais aussi, quelle violente émotion, lorsqu'enfin le Saumon a happé la fatale amorce ! Quelle lutte de force et d'adresse - entre le pêcheur et lui ! l'un tirant follement sur le fer qui résiste, tantôt fonçant au plus creux du remous, tant(jt bon- dissant comme un trait sur le rapide, impuissant à le fran- chir, se débattant désespérément sans réussir à briser le fra- gile engin, jusqu'à ce qu'enfin, épuisé par ses violents mais vains efforts, il s'abandonne un moment au courant pour re- prendre ses forces qui s'épuisent et recommencer aussit(3t une lutte désormais inégale; l'autre, alternativement, rendant la main ou la reprenant, dévidant ou enroulant le mince cordonnet sur son moulinet , pendant qu'un sage nau- tonier dirige la barque légère, de manière à céder molle- LES GRANDES PECHES E\ NORVÈGE. 173 ment au poisson, sans jamais lui laisser un instant de repos. Cette double manœuvre doit être habilement conduite, car à la moindre faute le fil se rompt et la pèche est manquée. Ainsi, faut-il souvent une heure entière, quelquefois davan- tage, pour « noyer un Saumon ». Un des plus heureux pê- cheurs que nous aj'ons rencontrés, venait de ferrer son soixantième Saumon ; il était en campagne depuis trois se- maines. Est-il besoin d'indiquer que le butin est généreuse- ment abandonné au paysan, s'ajoutant pour lui aux autres Itrofits de la location ? Les meilleures rivières de la cote occidentale sont celles de Mandai, Feigen, Voss, Suidai, Sarro, Alten, Fana et Jacob. Elles ne suffisent plus à la troupe grossissante des sportsmen, et déjà un courant porte les plus fanatiques en Islande, où ils trouveront, au moins pendant quelques années, l'isolement et l'abondance chers à leur cœur. En tout cas, ce n'est pas à eux qu'on pourra jamais imputer l'appauvrissement des eaux douces : les pêcheurs de profes- sion, et ils sont nombreux, ne sauraient sç contenter des pro- duits maigres et aléatoires de cet art difficile. Cependant, le courageux Saumon a évité les gam et les not de toute forme tendus sur sa route, il a échappé à l'ha- meçon perfide, sans être encore au bout de ses tribulations. Il va lui falloir franchir les rapides, bondir par dessus les chutes qui coupent incessamment le cours des eaux ; et quelle force ne dépensera-t-il pas, quels ressorts vigoureux ne devra-t-il pas faire jouer pour surmonter ces obstacles ? L'eau mugit avec un formidable fracas, sans repos, sur des centaines de mètres ; elle bouillonne écumante et furieuse, elle se heurte et se déchire sur les roches dont elle émousse à peine les crêtes, elle bondit et se précipite avec l'impétuo- sité du torrent. Quel mécanisme sorti de la main des hommes lutterait contre cette puissance brutale, dont va pourtant triompher l'humble poisson! Mais, malheur à lui si, pour épargner ses forces, il veut éviter le centre du rapide; là, près des bords, ou même un peu à distance, où le courant est moins violent, il va donner étourdiment dans un piège gros- sier appuyé sur le flanc de quelque roche, le lax-kista (coffre ou cage à Saumons) : une cage rectangulaire de 4 à 5 pieds de côté, dont les barreaux en bâtons de la force du poignet, espacés de 0,065, sont fortement implantés dans le fond ; au- 174 REVUK DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. dessus, formant toit, des planches chargées de blocs de pierres; sur la face aval, une ouverture conique, et c'est à peu près tout. On y accède, non sans se défendre du vertige : car il faut s'avancer en plein remous, enveloppé d'un nuage d'eau pulvérisée par la force de la chute, l'oreille assourdie par son mugissement, en marchant sur une solive étroite et Lax-kisla (Laholni) glissante qui sert de passerelle, les pieds à fleur d'eau, les bras tendus en balancier au-dessus de l'abîme. Ce semblant de barrage suffit à couper à demi le cours de l'eau ; pour cela même, le poisson en recherche les abords, et quoique le ressaut y atteigne bien encore une hauteur de 0™,60 à 1 mètre, il le franchit aisément d'un bond, et du coup se trouve enfermé en la nasse, dont l'exiguïté ne lui permet plus de se mouvoir. LES GRANDES PÈCHES EN NORVÈGE. 175 On doit inspecter le lax-kista plusieurs lois par jour, lorsque la montée est active ; car, sous cette apparence inof- fensive, il constitue un des plus puissants engins de des- truction. Il n'est pas rare qu'il s'emplisse littéralement de gros poissons, serrés à s'étouffer. Celui que nous avons vu en fonctionnement, à Laholm, en contenait, un matin du mois d'août, jusqu'à vingt à la fois, plusieurs de forte taille. La plupart étaient morts étouffés, tant ils y formaient une masse pressée. Le pêcheur, au moment de la visite, a soin de clore l'entrée avec une planche debout, en guise de vanne, que la pression de l'eau y tient en place; il découvre le dessus, puis il sonde l'appareil au moyen d'une forte barre, ce qui exige une main exercée, le tourbillonnement de l'eau paralysant en partie le toucher. Dès qu'il a reconnu la présence du poisson, il croise sa barre en travers et s'en sert d'appui pour manœuvrer la large épuisette en corde, à l'aide de laquelle il retire succes- sivement tous les prisonniers. Aussitôt ramenés sur la berge, on tue les Saumons en les frappant d'un coup sur la tête ; ils meurent instantanément, et leur chair passe pour conserver ainsi toutes ses qualités, bien mieux que si on les laissait pé- rir à l'air dans une lente et pénible asphyxie. Nous avons été frappé, en présence de la magnifique pêche de Laholm, d'y voir rassemblés des sujets de toutes tailles, depuis 2 jusqu'à 10 et 12 kilogr. Ce qui semblerait indiquer que la migration n'est pas classifiée par âges nettement sépa- rés, ainsi qu'on a cru le remarquer dans la Loire. Le lax-kista est le digne émule du kilenot, il en tient le r(31e néfaste dans les rivières. On l'établit à peu de frais, et il n'entraîne qu'une insignifiante dépense de main-d'œuvre; mais son installation nécessite certaines conditions topogra- phiques qui ne se rencontrent pas partout ; c'est là l'unique cause de sa rareté relative. Le plus ordinairement, on le voit à proximité des usines, dans le rapide même qui leur donne la force motrice. Nous serions incomplet si nous ne décrivions pas un der- nier engin plus rudimentaire encore ; nous avions besoin de le voir en œuvre pour croire à son efficacité, et nul autre, en vérité, ne démontre plus incontestablement l'étonnante richesse des eaux norvégiennes. Le drif-gani (filet dérivant \ c'est ainsi qu'on le nomme. 176 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. est fait d'une toile simple, à mailles de 0,075; il mesure 3 à 4 mètres de long, sur 2 de haut ; ni lièges ni plombs pour le lester; à chacune de ses extrémités inférieures, il est pourvu d'un large anneau de fer ; les deux ralingues sont reliées par des cordes de 12 à 15 mètres, dont les bouts sont tenus à la main par deux hommes montant deux méchantes barques faites de mauvaises planches mal assemblées. Ceux-ci ma- nœuvrent leur esquif à la godille ou à la gaflé, se maintenant toujours parallèlement l'un à l'autre, tantôt dans un sens, tantôt dans l'autre, remontant, coupant ou descendant le courant de la rivière. Sentent-ils la poussée d'un poisson, vi- vement ils se rapprochent en tirant sur leurs cordes qui fer- ment instantanément le filet, et du même mouvement ils le retirent; deux pécheurs peuvent cai)turer ainsi plusieurs Saumons en quelques heures. «** Suédois et Norvégiens sont d'intrépides pêcheurs, il faut leur rendre cet hommage. Mais s'ils utilisent largement le temps que la loi leur donne pour exercer leur industrie, ils ne sont pas sans se préoccuper aussi de son avenir, et ils ont la sagesse de demander à la pisciculture artificielle de com- bler une ])artie des vides que leurs mains ont creusés. Il y a sur plusieurs points des laboratoires prudemment aménagés dans ce but. L'une des « hatcheries » que nous avons eu occasion de vi- siter, pourrait être proposée comme modèle ponr sa bonne tenue, non moins que pour la simplicité de son agencement. Elle est établie sur la rivière Lagan, à 5 kilomètres de Laholm, dans un pauvre chalet en bois attenant aux bâti- ments d'une ferme. On a conduit à ce laboratoire les eaux d'une source qui naît à une quarantaine de mètres au-dessus, avec un débit de près de 200 litres à la minute. Le filtrage se fait au travei-s de caisses remplies de sable fin. A l'intérieur, par échelons de quatre, sont disposées 32 auges d'incubation, constituées par l'assemblage de trois planches en sapin, sans autre apprêt qu'un blanchiment au rabot ; ces auges mesurent exactement 5 mètres de longueur sur 30 centimètres de largeur et 15 de profondeur. Les œufs LES GRANDES PÈCHES EN NORVÈGE. 177 y sont étalés sur un lit de sable ; chacune d'elles en reçoit 30,000 ; on peut donc traiter annuellement dans ce labo- ratoire un million d'œufs. Les pertes ne dépassent jamais 10 p. 100. Les reproducteurs sont capturés non loin de là dans la ri- vière, pendant le mois d'octobre, à l'aide de garns ou de nots, et remis en liberté tout de suite après la récolte ; plusieurs hommes travaillent simultanément à la fécondation artifi- cielle ; ils sont assez exercés pour y procéder isolément, si gros que soient les sujets à opérer, en maintenant ceux-ci appuyés sur les genoux ; et c'est à peine si quelques-uns périssent, sur le grand nombre de ceux qui leur passent dans les mains. L'éclosion survient normalement après quatre-vingt-cinq jours. Les alevins sont conservés dans les mêmes appareils, jusqu'à complète résorption de la vésicule ombilicale, jamais au delà. A ce moment, on est en avril, ont lieu les lâchers dans les affluents de la rivière, à l'abri des remous. Cet établissement date de 1875. L'Etat lui assure une sub- vention annuelle de 300 kr. Depuis sa création, la pêche s'est améliorée d'une manière très sensible dans la contrée, de l'aveu de tous. Le nombre des pêcheurs a beaucoup augmenté, ils ont perfectionné leurs engins, et tous, néanmoins, ils trouvent à faire d'excellentes campagnes. Dans la pêcherie qui dépend de cet établissement, nous avons vu capturer, dans les premiers jours d'août, des sau- mons de taille très mélangée. La moyenne pèse 8 Idlogr. Le plus gros qui y ait été pris, mais le cas est exceptionnel, at- teignait 22 kilogr. Les petits nous ont paru être en moins belle forme que les grands; parmi ces derniers, il s'en trou- vait plusieurs ayant un Ijec anormalement développé ; chez l'un d'eux, il perforait presque complètement le museau, bien que, circonstance à noter, l'animal fût très gros et dans la meilleure condition. D'après le directeur, qui en cela est par- faitement d'accord avec ses pêcheurs, et il doit s'y entendre, puisque c'est lui qui est préposé à la hatcherie, c'est là inva- riablement un signe spécial et exclusif aux mâles de l'espèce. {A suivre.) •20 Août 1892. '2 LES PLANTES DE VANNERIE CHEZ LES INDIENS DES ETATS - UNIS Par m. h. BRÉZOL. La vannerie est rindustrie la plus répandue chez les In- diens des États-Unis, C'est elle qui leur fournit la plupart de leurs ustensiles de ménage, et c'est dans son travail qu'ils ont acquis le plus d'habileté ; aussi le nombre de végétaux leur servant de matières premières est-il fort considérable. En commençant par les plantes herbacées, on voit dans le rapport adressé en 1884 au Muséum national des Etats-Unis, par le docteur Masson, que les indigènes des îles Aléoutiennes tressent les fibres de plusieurs espèces d'Elymes rouies à la façon du chanvre, en nattes et en corbeilles d'une finesse excessive. Les plantes ainsi employées sont les Elymus mollis, arenarius et Slhiriois. Les Indiens Chilkaht em- ploieraient un de ces végétaux, dans le même but, sous le nom de Blé sauvage. Le même rapport mentionne également un Sporoholus, dont les Indiens de la rivière Tule en Californie tisseraient les feuilles ; mais il y a sans doute erreur, la région en ques- tion ne possédant aucune espèce du genre SpovoJjOlus suscep- tible de subir ce mode de travail. On y trouve, par contre, le Vilfa depauperata, plante aux feuilles allongées, souples et filiformes, très estimées des Mexicains qui en rembourrent leurs objets de sellerie et de harnachement, rôle auquel sa souplesse et son élasticité la prêtent merveilleusement. U Arundinaria niacrosycrriia, graminéc qui croit dans les états du Sud , fournit aux survivants des Cherokees, des Choetaws, des Creeks, des Chikasaws et des Séminoles, la principale matière employée par ces peuplades à la confec- tion de leurs articles de vannerie. Les Choetaws sont par- ticulièrement habiles â ces travaux, et leurs petites corbeilles aux vives couleurs se vendent dans plusieurs villes du sud des États-Unis. Les Indiens des États du nord-est, principalement les Pe- nohscots, font un grand emploi de l'Herbe sainte, Hierochloc LES PLANTES DE VANNERIE CHEZ LES IXDIENS. 179 borealis, graminée dont les longues feuilles s'enroulent en spires par la dessiccation. Les réunissant en longues tresses ils en font des corbeilles et autres objets similaires. Certains explorateurs ont également vu des tresses faites avec les feuilles de cette graminée, entre les mains des Indiens Cor- beaux de la vallée de la Zellowstone, mais ils n'ont pu savoir à quel usage ceux-ci les employaient. Ces feuilles émettent une odeur délicate et persistante fort agréable. Les Saules américains n'ont pas la souplesse et l'élas- ticité qui leur donnent une si grande importance écono- mique en Europe. A l'ouest des Montagnes Rocheuses , la vannerie dispose d'un Saule, le Salix sessilifolia, qui lui fournit un excellent matériel pour exécuter la trame des corbeilles et des paniers. Cet arbuste se rencontre depuis la région habitée par les Indiens Hoopas et Klamath dans le nord de la Californie et le sud de l'Orégon jusqu'à celle où vivent les Papagos, dans la partie méridionale de l'A- rizona. Au printemps ou au commencement de l'été, les jeunes rameaux, longs de 6U à 90 centimètres, sont coupés, écorcés et desséchés ; ils fournissent des tiges excessive- ment flexibles et très fines, parfois presque filiformes. Cette espèce mérite d'ailleurs l'attention des vanniers des cités, car elle fournit un excellent osier. Afin de provoquer la forma- tion de jeunes rameaux bien souples, les Indiens du nord de la Californie ont la coutume de mettre le feu à leurs oseraies naturelles, ainsi, du reste qu'aux bosquets de Coudriers, qui fournissent un bois de vannerie non moins estimé. On emploie encore, ou du moins on employait autrefois, quelques autres espèces de Saules : SalLv cordata, seHcea et petiolaris, dans les Etats de l'est et du centre, et les deux dernières de ces espèces ont une réelle valeur. Les Etats de l'ouest, situés sur le versant de l'Océan Pacifique, possèdent, eux: le Salixlaviandea, le S. laviolepsis , et le S. lœvigata. Les Indiens Eloopas et Klamath n'emploient, il est vrai, que les racines de cette dernière espèce. Le docteur Palmer rapporte que les Indiens habitant la région riveraine du Colorado font chaque année d'abondantes provisions de l'écorce d'un Saule non spécifié avec laquelle ils confectionnent des sandales, des nattes et des ficelles. L'é- corce du Saule est également utilisée par les Indiens de la rivière Tule, en Californie. 180 KKVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. La plupart des Peupliers ont des radicelles tendres, flexi- bles, assez souples, se prêtant bien aux travaux de vannerie. C'est avec les radicelles fendues ou restées intactes du Poim- lus trichocarpa, que les Indiens de la Caroline du nord font la carcasse de leurs cliapeaux. Les squaws, les femmes des tribus indiennes habitant le long du fleuve Colorado portent des jupons tissés avec des bandes de l'écorce intérieure du Bois de coton, Populus Fremontii et Populus monilifera. Les radicelles de l'Aulne, Alnus rhoinhifolia, constituent des fibres brunes très recherchées des Indiens de la Cali- fornie et de rOrégon. Les jeunes rameaux flexibles du Noisetier, californien, Corylus rostrafa, variété Califoniica, sont presque aussi employés par les Indiens de la Californie et de l'Orégon, pour constituer le squelette de leurs divers articles de vannerie que les rameaux du Salix scssillfolla. Les rameaux de ce Noi- setier servent encore à confectionner des nasses, à poissons. Une des plantes de vannerie les mieux connues est le Sumac trilobé, Rhus aromatica, variété irllohata, arbuste largement distribué du Missouri au Pacifique, par dessus les Montagnes Rocheuses. C'est une des principales matières premières des Apaclies, des Navajos, et des autres tribus de la Californie méridionale, de l'Arizona, de l'Utah et du Nou- veau-Mexique. Ces rameaux sont grattés et fendus après un certain séjour dans l'eau. Les corbeilles dont ils constituent la carcasse sont faites de petits bourrelets d'herbe solidement liés à la monture ; elles durent fort longtemps, tiennent bien l'eau et sont souvent employées à la cuisson des aliments, en chauffant leur contenu avec des pierres rougies au feu. Une autre espèce de Sumac, connue aux Etats-Unis sous le nom de Lierre vénéneux, le Rhus cliversiloba, des côtes du Pacifique, s'emploierait également, dit-on, en vannerie; mais on confond, peut-être, ce végétal avec le précédent. Le Chanvre indien , Apocijnum cannabinum , est vêtu d'une couche subcorticale très fibreuse, se détachant facile- ment en bandes et dont beaucoup de tribus habitant la région comprise entre les grands lacs et le Pacifique font depuis un temps immémorial des cordages, des lassos, des lignes à pê- cher, des valises, des nattes, des corbeilles et des ceintures. Les Indiens Sioux n'ont jamais fabriqué qu'une vanne- rie grossière dont la principale matière première leur était LES PLANTES DE VANNERIE CHEZ LES LNDIENS. 181 offerte par les fibres corticales de l'Orme américain, Ulmus Americana. Ils n'ont jamais tiré parti du Cornoiiillier osier rouge , Cornus stolonifera , malgré ses élégants rameaux pourprés semblables à ceux de l'osier, et son abondance dans la région qu'ils habitent. M. Baston rapporte cependant qu'ils employaient autrelbis les jeunes rameaux d'une espèce voi- sine, le Cornus sericca, pour la confection de leurs corbeilles les plus grossières. Parmi les vignes, la vigne californienne, Vitis Califor7iica, se prête par ses tiges flexibles, minces et résistantes à la fabrication des cordages. Le Supple Jaclî, Berchemia volu- bilis, s'emploierait de la même façon. Les Conifères contiennent un certain nombre d'arbres de grande valeur pour la vannerie indigène. Le mieux connu est le Grand cèdre ou Arljor Viiœ, Thuya gigantea, des montagnes côtières et des montagnes cascades dans la Cali- fornie et rOrégon. Cet arbre fournit une fine écorce fibreuse, se détachant en longues bandes que les Indiens tressent en nattes en corbeilles, en sacs et en vêtements. Dans les corbeilles, ils font alterner des bandes ayant de 1 milli- mètre à 3 centimètres de largeur. Les nattes, faites avec cette écorce, jouent dans l'existence des Indiens des côtes de la Colombie britannique, le même rôle que les robes de bisons auprès de leurs congénères du Dakota. Elles servent de ta- pis, de couvertures, de rideaux pour les portes, de voiles de bateaux, et c'est dans ces nattes qu'on ensevelit les morts. Les racines de plusieurs espèces de Conifères fournissent une excellente matière pour constituer la trame de divers articles de vannerie : leur coloration varie du gris au rouge pâle et au brun sombre. Les Indiens Hoopas et Klamaths, par exemple, ont recours aux racines du Pin de Sabine, Pinus Sahiniana, qu'ils détachent parfois par tronçons cle 10 ou 12 centimètres de diamètre, desséchés ensuite dans une couche de cendres chaudes. Les racines très souples du Spruce,* Picea Engelmami, et probablement celles d'autres conifères sont employées à la confection de divers articles de vannerie par les Indiens du Nord-Ouest. Les racines du Tamarack, Larix occiclentalis, servent aux Indiens vivant sur les bords de la rivière Yukon, à faire d'élégantes cor- beilles artistement ornées de poils et de dards de porc-épic. Les Yuccas figurent en tête des Liliacées comme plantes de 182 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. vannerie et comme plantes textiles. Les excellentes tibres extraites de ces végétaux sont artistement travaillées par les Apaches, les Pimos et les Pueblos, et le Yucca fdœineniosa, le Y. gloriosa, le Y. aloifolia, jouissaient autrefois d'une grande vogue dans les États de l'Est et du Sud pour la con- fection de cordes, de ficelles, de nattes, etc. Le Yucca Imccata a pris une réelle importance économique dans la région inté- rieure qui s'étend entre la Californie et le Texas. La feuille entièrement développée a 90 centimètres à 1 mètre 20 de long, elle est très flexible et fournit une excellente fibre textile. Après un léger séjour dans des cendres chaudes, elle devient plus souple encore et peut être fendue en bandes de largeur variable, qu'on tresse en nattes grossières et en cor- beilles, et que les Indiens et les Mexicains emi)loient comme fouets ou sous forme de cordes. Les feuilles d'une espèce voisine, le Yucca lilifcra, du Nord du Mexique, sont utilisées de la même façon, ainsi que celles du Yucca aurjustifolia, du Y. claia, du J'. W/iipplel. A la même famille appartient le Xeropliyllum tcnax, plante vivace fort connnune sur les côtes de l'Océan Pacifique, émettant de nombreuses feuilles presque linéaires de 60 à 90 centimètres de longueur. Dépourvues de fibres, ces feuilles sont cependant assez résistantes et assez souples pour pouvoir être tressées. Principalement employées par les Indiens du Nord d(> la Californie et de l'Orégon, elles constituent la matière première de leurs articles de vannerie les plus fins. Plusieurs espèces d'Agave, V Agave Americana, VA. hetc- racanifia, VA. Slsalana, contenant toutes des fibres textiles, sont utilisées par les vanniers mexicains et indiens. Beaucoup de botanistes seront sans doute fort étonnés d'apprendre que dans la Californie septentrionale et l'Orégon on fait avec les feuilles de VIris macrosiphon des cordes, des lignes à pêcher, des filets et une étoffe absolument iden- tique à un canevas grossier. Ces feuilles, de 30 à 60 centi- mètres de long, ont quelques millimètres seulement -de lar- geur, chacun de leurs bords est renforcé par une forte til)rc. Les femmes indiennes séparent adroitement ces fibres du parenchyme â l'aide d'une lame de zinc aiguisée qu'elles s'adaptent au pouce, puis on les tresse en cordes de diamètres divers ou on en fait des filets et des étoffes. Les feuilles du Palmetio, SaMl palmelio, fournissent de LES PLANTES DE VANNERIE CHEZ LES INDIENS. 4 83 Jjelles Landes Lien souples dont on confectionne dos clia[)eaiix, (les nattes, des corLeilles, et les feuilles du Sabal Mexicana, qui s'étend vers le Noi'd jusqu'au cours inférieur du Rio- Grande, sont traitées de la même façon jiar les Mexicains. Les feuilles du Palmctto en scie, Serenoa serrulaia, servent aux nègres à l'aire des chapeaux et des corLeilles. Les fougères elles-mêmes fournissent quelques plantes utiles à notre liste. Le Woodwardia rrccUcans, de la côte du Pacifique, émet de longs pétioles contenant chacun deux faisceaux fihrovasculaires sous forme de larges filaments Lruns et aplatis, mais fort souples Les feuilles encore fraîches sont réduites en miettes, pour mettre ces filaments en liLerté ; on les nettoie ensuite, et les teint à l'aide d'une infusion d'écorce d'aulne. Une autre fougère fournissant une élégante matière à la trame des corLeilles les plus fines des Indiens Hoopas et Klamaths est 1'^ cUanlum pedafum, dont les feuilles sont d'un noir Lrillant sur une face et d'un Leau rouge sur l'autre. Après les avoir plongées dans l'eau ou humectées de salive, on les fend avec l'ongle afin de séparer la face noire de la face rouge, qui n'est pas employée. L'écorce du Tilleul, Tilia Americana, est excessivement souple, résistante, et facile â transformer en cordages, en nattes, en corLeilles. Le Lois et l'écorce du Bois de cuir, Dirca palusiris, arLrisseau commun dans les états de l'At- lantique, et les mêmes produits du Dirca occidentalls des côtes du Pacifique, ont toujours été largement em[)loyés par les Indiens et les colons. Ces écdrces sont presque aussi résis- tantes que celle du Tilleul ; le Lois est souple et flexiLle, de sorte que les Lranches peuvent être courLées en cercles sans se rompre. L'écorce du Bouleau â canots sert à faire des jarres et des corLeilles dans la région des grands lacs. Le Lois de plusieurs essences â Lois dur, découpé en minces planchettes, en ruLans, en copeaux, est assez élastique i)Our le service de la A\annerie. On employait Leaucoup autrefois de cette façon le Lois du Chêne Liane, Quercus alba, et de iilusieurs Hickoi'ys, Ilickoria. Le Lois tendre du Bouleau Idanc, Belula popidina, et celui d'autres arLres fournissant un Lois Liane est encore employé le long de la frontière ca- nadienne et dans un grand nomLre de localités du Canada par les descendants des Iroquois et des Algonquins. Des milliers d'élégantes corLeilles faites avec cette matière, sont 184 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. vendues dans les villes et les villages du nord des États-Unis. Les Joncs, en raison de leur abondance, de leur souplesse, de leur ïiexibilité, ont été plus ou moins employés par de nombreuses tribus, et surtout par les Indiens Klamaths, qui les mettaient peut-être en oeuvre avec le plus d'babileté et de goût. Le Jimcus effitsus, qui constitue souvent une mauvaise herbe, un véritable fléau, dans les états de l'Atlantique, serait cultivé au Japon pour fournir la matière première d'élégantes nattes. Les fortes tiges du Jimcus robiistus sont fendues en deux par le^ Lidiens du sud de la Californie et introduites dans le tissu de leurs corlieilles. Dans la famille des Cypéracées, nous trouvons le BubrusJi, Scirims lacKsiris, qui existe également dans les marais eu- ropéens. Ce végétal, très répandu aux États-Unis, fort com- mun, est souvent employé par les Indiens, qui le tressent en nattes, en corbeilles ajourées, en font des ialéJi, des rideaux pour fermer leurs buttes. La variété occidenialis , des côtes du Pacifique, constitue, avec ses feuilles de 2 m. 50 à 3 mètres de haut, une plante d'une valeur économique réelle. Mentionnons enfin la Cat-iail, la Queue de chat, Tijp/ia latifolia, la grande Massette européenne, dont les feuilles tressées servent depuis les guerres de l'Indépendance améri- caine à faire des fonds de chaises, aussi les recueille-t-on activement dans les marais de l'État de New-York, pour la fabrication des sièges et celle des corbeilles. Les Indiens raffolent des effets de couleur et tirent un excellent parti des colorants divers que leur fournit la nature. L'écorce de plusieurs espèces d'Aulne leur donne par infusion une excellente matière colorante, brune ou rouge. Les Indiens Hoopas et Klamaths emploient ainsi l'écorce de VAlnus rhoviibifolia et peut-être aussi celle de VAlnus rubra, de l'Aulne rouge. Les Navajos préfèrent l'écorce de VAlnus incana, variété virescens qu'ils mélangent à l'écorce des racines du Cercocarpns 2^ci^"f^ifolii(S, en employant comme mordant des cendres de Genévrier, Dans le Grand-Bassin, la laque noire employée pour la décoration des corbeilles s'ex- trait d'une Chénopodiacée , le Suœcla diffusa. Les Navajos obtiennent également une laque noire en mêlant les baies du Rlms aroniaiicus, variété iriloba, avec de l'ocre et la gomme du Pimts edulis. II. CHRONIQUE DES COLONIES ET DES PAYS D'OUTRE-MER. L'acclimatation du Cheval en Afrique australe. Non seulement l'Européen a beaucoup de peine à s'acclimater en Afrique, mais le Cheval, ce compagnon de l'homme, y lutte avec les mêmes difficultés climatériques. Le Cheval se trouve bien dans les re'gions plus sèches de l'Afrique septentrionale et centrale, mais les tribus nègres et cafres qui habitent plus au sud ne le connaissent pas, tandis que les autres animaux domestiques de notre climat tels que les bœufs, les vaches, les moutons et les chèvres sont parfai- tement représente's chez eux. Il y a environ deux siècles que les Hollandais introduisirent le Che- val en Afrique australe, en choisissant plus spécialement la race espa- gnole dans es but. Aujourd'hui on compte dans toutes les colonies Anglaises, Portugaises, les Etats-Libres elles territoires des Indigènes de cette partie d'Afrique, environ un million de tètes de cet animal. Le Cheval s'y multiplie surtout dans les districts qui sont plus ou moins à l'abri de l'épidémie spe'ciale qui se'vit sur ces animaux. Ce sont toute la colonie du Cap, l'Etat libre d'Orange et le pays des Bassoutos, ainsi que les régions plus élevées de la colonie de Natal et du Transvaal. Ici le Cheval est garanti par une altitude de 4,000 à 5,000 pieds, même pendant les jours et les nuits qu'il passe dans les pre's et qu'il est exposé à toutes les intempe'ries de la saison. Dans les contre'es plus basses, au contraire, les épidémies se pre'sentent tous les ans et enlèvent presque tous les animaux. Les pays de'cide'- ment malsains pour les Chevaux pendant l'été, sont tous ceux situe's au nord de la Vaal et de la Tugela, à l'exception de quelques plateaux élevés dans les montagnes. Dans les endroits plus bas l'e'pide'mie règne tous les ans, mais disparaît pendant les mois secs de l'hiver (de mai en octobre) (1). L'épidémie est une maladie infectieuse, une espèce de charbon qui suit son cours jusqu'au de'nouement fatal, sans produire d'enflure ou de tumeur apparente. Huit à dix jours après l'inoculation du poison la fièvre se de'clare et la mort survient géne'ralement quelques heures après. Les symptômes que l'on observe sont : toux, respiration active, sécrétion des bronches (prise à tort pour de la bile), enfin une mort rapide. A l'autopsie on constate une espèce de stagnation de fonctionnement des poumons et l'œdème consécutif de ces organes. La maladie se développe à mesure que le sang se décompose. Sur cent Chevaux qui en sont atteints, à peine trois ou cinq survivent-ils et ce sont surtout ceux \1) On n'oublie pas que l'hiver correspond à noire été en Afrique australe. 186 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. qui travaillent pendant qu'ils sont déjà sous l'influence du mal, qui succombent. La rapidité de la maladie rend son traitement très difficile. L'arsenic paraît être indique à l'intérieur. C'est la transpiration surtout qu'il s'agit d'appeler, et il faut, autant que possible, refuser l'eau à boire au malade. Des Chevaux que l'on conside'rail comme sauvés, ont suc- combé lorsqu'on leur a donné de l'eau à discrétion. Ceux qui ont résisté à l'attaque, restent souvent asthmatiques et ont toujours perdu leur vigueur. On ne voit pas de récidives. Les Chevaux qui ont eu la maladie, peuvent vivre impunément orc. Les chevaux: tués dans les courses de taureaux, [plazas de toros) sont livrés aux fabricants d'engrais (1). Les Espa- gnols ont une grande répugnance pour la viande des soli- pèdes et ne sont nullement disposés à en manger sciemment. On ne cite guère iiu'une exception à cette règle : dans la province de Castellon de La Plana, quand un cheval mort de maladie est conduit à la voirie, la classe pauvre poussée par la faim et la misère s'en partage avidement les morceaux et les mange'sans se demander s'ils sont ou non nuisibles et im- propres à la consommation. Cependant on a vu en Espagne des établissements hippophagiques clandestins servant à préparer pour la boucherie la viande des solipèdes morts de maladie. Ainsi en 1891, à Valence, on en a découvert un appartenant à un fournisseur de l'armée. Ce peu scrupuleux <;ommerçant taisait des bénéfices considérables en livrant à la troupe de la viande de cheval pour de la viande de bœuf. Il fut poursuivi pour ce fait par la justice civile et par la jus- tice militaire. Il y a quelques années on a également constaté l'existence d'une boucherie hippophagique clandestine à Madrid. HOLLANDE. Rotterdam (42). Il y a actuellement (octobre 1891)^ 16 bou- cheries hippophagiques à Rotterdam. Le nombre de solipèdes sacrifiés à l'abattoir de cette ville a été le suivant : Années.... iS86 i887 iS88 1889 ^8»» d„ ie.j^f,^l26oct. Chevaux. . . 662 115 1U3 1219 1563 1111 Anes 1 5 2 1 Mulets 1 2 (1) D'après le naturaliste Delvaille, au commencement de ce siècle, on vendait au peuple, en Espagne, deux ou trois sous la livre, la viande des chevaux tués aux courses de taureaux. Is.-GeofTroy Saint- Hilaire écrivait, en 1856, que cet usage était complètement perdu dans ce pays (C-). 200 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. ITALIE. A Rome, il n'y a pas de boucheiies chevalines. A Tw-in, des établissements de ce genre ont été ouverts, mais ils n'ont pas réussi (P). A l'abattoir de cette dernière ville, en 1889, il a été sacrifié 7 chevaux tous destinés à une ménagerie (1). En 1885, le professeur reste constate avec regret qu'il n'y a pas encore d'étaux hippophagiques à Naples. Tout en laissant de côté les exagérations des hippoi)hages, il déclare que la viande chevaline est méprisée à tort et qu'elle doit être con- sidérée comme une précieuse ressource alimentaire en cas de cherté exagérée de la viande de bœuf (2j. M. I. Nosotti ne tient pas à ce que rhii)popliagie se propage en Italie : Au lieu, dit-il, de donner un aliment à bon marché aux nécessiteux, elle ne sert qu'à tromper les consommateurs en leur faisant payer et mangei' comme de la viande de bœuf de la viande de cheval apprêtée dans les restaurants ou dans les fabriques de saucissons. D'après lui, les exigences économiques ne permettent de tuer que des chevaux maigres, vieux, couverts de plaies. Aussi, conclut-il, il vaudrait mieux pour le con- sommateur que la viande chevaline, au lieu d'être consom- mée par les Européens, eût continué à être l'aliment de pré- dilection des Mongols, des Patagons, des peuples de la Sibérie, delà Chine, de la Gochinchine et de l'Amérique (D'). Le 22 mai 1888, dans une très intéressante conférence faite à la Société de Lectures et de Conversations scienlillques (3), M. leD'' Boccalari, vétérinaire du Bureau d'hygiène de Gênes. a exposé que les hygiénistes ne devaient admettre pour la consommation que les chevaux en bon état. M. Boccalari croit que le nombre de ces animaux conduits à l'abattoir pour cause de lésions incurables, telles que paralysies, frac- tures et plaies graves n'est pas assez grand pour que l'hipiio- phagie puisse prendre un grand développement. Toutefois, il se déclare, avec Larrey et Baudens, partisan chaleureux de (1) Citta di Toriiio. Officio tVIgiene. Rendiconto per l'anno 1889. p. 292 (2) Baransky. Guida per la visita del bestiame e délie carni. 1* vers, ilal. s. 2» ediz. ledesca. d. pr Oreste. Napoli 1885, p. 30. (3) Dott. Abelardo Boccalari. L'ispezione délie carni e Valimento équino. Genova, 1888, p. 24 el 25. L'ÉTAT ACTUEL LE L'IIIPPOPHAGIE EN EUROPE. 201 ralimentatioii dos troupes en campagne par la viande de cheval et il expose qu'il est facile de se procurer celle-ci, après une bataille où des blessures ont mis hors de service une quantité considérable de chevaux robustes et non ma lades. Il trouve l'hippophagie vraiment philanthropique dans ces circonstances, parce qu'elle permet aux soldats aflamés de se nourrir et de se restaurer, aussitôt après le combat, alors que, les vivres ordinaires manquent en raison du re- tard des convois ou pour d'autres motils. Aussi pense- t-il qu'il est urgent d'encourager dès maintenant, dans les diffé- rents régiments, la consommation des chevaux de troupe sacrifiés pour cause de lésions traumatiques incurables. Le Ginyaale dl Velerinaria Militare, de 1888, s'est fortement élevé contre l'idée de M. Boccalari ; il ne croit pas qu'un ca- valier digne de ce nom puisse avoir le courage de manger son cheval (p. 322). Quoi qu'on en puisse dire, la mesure préconisée par M. Boccalari serait éminemment profitable à l'Etat et à l'armée. En 1891, pendant les grandes manœuvres de l'Est, plusieurs chevaux de divers régiments d'artillerie et de cavalerie ont été abattus aux environs de Troyes, à la suite d'accidents graves, et ont été livrés à l'équarrissage. Il eût été bien préférable de donner aux soldats la viande de ces bons animaux qui, sans médire, valaient bien la moyenne des bœufs, vaches ou taureaux sacrifiés pour les troupes des manœuvres (1). On consomme beaucoup de viande de cheval, soit à l'état frais, soit en saucissons, à Trévise, Venise, Vérone (2), Prr- doue, Udine et Vicenze (43). (1) En mai 1876, au camp de te Valbonne (Ain), pendant mon séjour au 5' régiment de chasseuis à cLieval, comme engagé conditionnel, le colonel m manger par tous les cuvalieis la viande d'un bon cheval qu'on avait o'ié oblige d'abaUre pour cause de fracture osseuse. Ce supplément do Tordmaire permit à chaque soldai de faire un plantu- reux festin hippophagique et d'avoir une ration plus abondante au repas suivant. Il est regrettable que ce philanthropique exemple du colonel du 5'' chasseurs ne soit pas la règle. Ch. M. 2) Le savant naturaliste italien Aldrovandi prétend que, d'après Galion, la viande de cheval est dure, dépourvue de succulence et de saveur, nuisible k l'estomac et d'une digestion difficile. Acluellemenl, écrivait-il en 1649, personne ne mange de la viande de cheval et d'âne à moins d'être pousse par la faim, comme cela se voit dans les villes assiégées. Et il rappcrie plusieurs cas de ce genre observés en Ilalie penduiit les guerres du xv" et du xvi^ siècles, faits peu connus 202 UKVllE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. Milan est la \ille d'Italie où la consommation hippopha- gique a pris la plus grande extension. La \iande de cheval y est très employée i)oui' la fabrication des saucissons ; elle se vend en moins grande quantité à l'étal. Le nombre des soli- pèdes livrés à la consommation a été en seize ans, de 1872 à 1887, de 27,902, dont les deux tiers en chevaux et l'autre tiers en ânes et mulets. En 1887, le poids moyen net des chevaux abattus a été de 200 kilos (1). Statistiques annuelles des iolipèdes consommes à Milan (2, — (a) (44). Aiuu'OS. 1872 ^^7.) M'7Î IS7.Ï 1816 1811 iSlS iSl'J IS80 iSSflSSS Noml)re. 615 G70 811 "30 743 1363 1868 2127 2822 2229 2033 Années. -1883 i88i 1883 1H86 1887 1888 (a) 1889 (a) 1890 [3) Nombre. 2373 3218 2624 1875 1771 2071 3129 4529 Les 4,529 solipèdes consommés en 1890 se subdivisaient en 3,9-23 chevaux, 432 mulets et 174 ânes. En 1890, il y avait neuf boucheries hippophagiques, vendant le cheval au prix moyen de 50 centimes le kilo pour les morceaux ordinaires, et 00 à 75 centimes le kilo pour les morceaux de choix (3}. En Sardaigiif, à l'occasion des noces, les familles riches de nos jours : Assiégés à Novare par Sforza (avant la balaille de For- noue(1495?), les P'rauçai^ soullraionl cruellemeul de ne se nourrir que de salaisons. Leur chef, Louis dOrlcaus, prit alors le parti de leur procurer de la viaudc iVaîcbc ou laisant abattre les cbcvaux les moins bons de son armée. Ces animaux fournirent d'abondantes ra- tions, qui furent partagées également entre tous les soldats. — Eu 1516, lorsque les Fiançais assici^caienl Vérone, où se tenait Antonio Colonna avec les troupes impériales, les assiégés fraiicbissaient le< remparts pour aller dépecer les cbevaux tués dans les escarmoucbes- et en rapporter ensuite les morceaux eu ville, sur leurs épaules. On préférait, surtout pour la table du général Colonna, les chevaux très gras des Français aux cbevaux maigres et exténués des Impériaux. (Ulyssis Aldrovaudi. De QuadrupediOus soUdipedibus, in-fol., Bologne, 1649 p. 206. Usus (equorumi in cibis.) (1) Fiorenzo de Cap! tant da Sesto. Reso-Conto d. pub. Macelli di Mi- luno 1887 et Gioraale di Veterinaria milttare. Koma, 1889, p. 70. (2) lieso-Conto di Guzzoni et Cabhiati in Clinica Vetennaria. Milano, 1888, p. 380. (3) J. de Pielra- Santa. V Hippophagie en France et à V étranger, in Journal dliygi'ene. Paris, 1891, 4 juin, u" 767, XVP volume, p. 269 et s. L'ÉTAT ACTUEL DE L'HIPPOPHAGIE EN KL'ROPE. 203 tuent pour le manger un des plus beaux poulains qu'elles pos- sèdent. Les restes en sont donnés aux pauvres. Autrefois en Sardaigne, on ne mangeait la viande de cheval que dans ces circonstances. Aujourd'hui il existe à Cugliari des boucherie!^ spéciales où les pauvres trouvent la viande de cheval à 20 centimes la livre, soit 50 centimes le kilo, la livre sarde étant de 400 grammes (1). ROUMANIE. Dans les départements de Consianla et de Falcea [Do- hroudja), il y a une tribu de Tarlares qui mange avec avi- dité la viande de cheval, même provenant d'animaux morts depuis quelques jours. A part cela, l'hippophagie est inconnue en Roumanie (45). D'ailleurs, elle ne parait pas y répondre à de sérieux besoins en raison du bas prix de la viande de bœuf dans ce pays, 40 à 80 centimes le kilo (4G). RUSSIE. Dès l'année 1881, un certain nombre de Tartares sont venus habiter dans le voisinage de Saint-Pélersbùi/rg, où ils forment une colonie de 2,6'73 i)ersonnes. Conformément aux usages de leur pays et aux prescriptions de leur religion, ils ne consomment que de la viande de cheval. Les bou- chers hippophagiques débitent ainsi (5,000 chevaux par an et M. Svetloff estime à 3 livres la quantité de viande de cheval consommée chaque jour par un Tartare. Il existe à Saint- Pétei^sboiœg deux abattoirs officiels pour les chevaux, mais l'abatage se fait aussi à ciel ouvert dans les environs de la ville. M. Svetloff a été l'inspecteur d'un des abattoirs pré- cités de février à août 1887. Il a examiné, pendant ce temps, 655 chevaux; plusieurs de ceux-ci ont été saisis (1 pour morve, 1 pour typhus, 1 pour pyémie, etc.). Le prix du demi- kilo de viande de cheval de bonne qualité varie suivant les catégories de 2 à 5 kopecks (8 à 20 centimes). L'abattoir placé sous la surveillance de M. Svetlofl" est situé à 15 verstes de Saint-Pétersbourg, dans une vallée basse. Il a un aspect (1) G. Vuillier. La Sardaigne in Tour du Monde. Livraison du 3 oc- tobre 1891, p. 220. 204 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. répugnant. Les cadavres jonchent le sol ; des tas d'os en pntréiaction et d'autres détritus répandent une odeur infecte. Toute application de mesures de police est impossible avec les Tartares. Le procédé d'abatage consiste à coucher les chevaux et à leur couper rapidement la partie antérieure du cou jusqu'aux vertèbres (1). Dans les départements de Kascm, Astrakan, Orenbmirg et Oural oii habitent un grand nombre de Tartares, beaucoup de chevaux sont abattus pour l'alimentation humaine ; mais il n'est pas facile de connaître le nombre exact de ces aba- tages qui sont effectués en dehors de tout contr(31e vétéri- naire. On consomme par an environ 200 chevaux à Astrakan et 400 à Kasan. A Saint-Pétershoiirg et à Moscou, il existe également des abattoirs hippophagiques pour l'alimentation des négociants tartares résidant dans ces deux villes. On vient de construire à Saint-Pétersbourg un abattoir bien conditionné i)our les solipèdes dont l'inspection est confiée à deux vétérinaires. Comme la viande de cheval est moitié moins chère que la viajide de bœuf, les pauvres de Saint- Pétersbourg et de Moscou ne se font pas faute d'imiter les usages hippophagiques des Tartares (47). Les Tartares se font remarquer par leur goût pour l'hii)- pophagie aussi bien dans la Russie d'Asie que dans la Russie d'Europe, 'x Chez les Rin'iates, sur les bords du lac Baïkal, au commencement des IV-oids, on se saisit des plus vieux chevaux de la tribu (et ils sont excessivement nombreux, il y en a des troupeaux de plus de dix mille) ; puis on les égorge i)Our la consommation de l'hiver, car toutes les peu- plades de l'Asie septentrionale sont hippophages ; les peaux sont vendues, la chair exposée au froid, gelée et mangée à mesure des besoins >» (2). (A suivre.) (1) Svetloff. Notizen ueber die Pferdeschlachterei der Tartareu bei Pe- iersburff. — Archito Veteri.narnnich na-uk. P'f'vrier 1889 \V'). (2) L'hippophagie en Sibérie, in Echo Vétérinaire de Liège. Octobre 1875, p. 316 et s. D'après les Annales de zootechnie. Li:S FRANGOLLNS Pak m. de BELLERIVE. Dans la famille des Gallinacés, les Francolins, proches iia- l'ents des Perdrix, forment un groupe bien distinct et inté- ressant sous certains rapports. D'après les recherches que j'ai l)u faire (1) au Muséum d'histoire naturelle, on en compte environ cinquante-cinq espèces, répandues surtout dans l'Afrique, puisque cinq d'entre elles seulement vivent en Asie. Le Francolin vulgaire a dû habiter anciennement une grande partie du Midi de l'Europe, d'où il était originaire, car il est douteux qu'il ait été introduit, au temps des Croi- sades, en Sicile et sur la péninsule italienne, comme quelques personnes sont portées à le croire. Dans ces contrées, quelques rares représentants survivaient en ces dernières années. En 1883, on a signalé F. vulgaris près de Terra- nova en Sicile. Tout récemment, le Bulletin des naturalistes de Sienne 1891. \). 86) annonçait qu'on l'avait capturé, en 1891, dans les environs de Rome. L'on sait que le Francolin à long bec [F. longirosiris], ori- ginaire de Sumatra et de Bornéo, a été importé à Javn, comme nous l'apprend Temminck. F. rnniadcamis ou Per- drix piutadée des indigènes, que l'on suppose avoir été in- troduite autrefois à La Réunion et à Maurice, se rencontre assez abondamment sur ces deux îles; mais Madagascar est plutôt sa patrie. Le Francolin de Pondichéry [F. ponticeria- nus) des Indes orientales, vit aujourd'hui sur Madagascar et aux Mascareignes, en comprenant Rodriguez. On trouve en- core F capensis sur l'ile de Robben, à peu de distance du Cap, d'où il a été récemment transporté. 11 y a une trentaine «Vannées, Sir G. R. Gray envoya quatre paires de ces Faisans du Cap à la Nouvelle-Zélande. Cet essai avait pleinement réussi, puisque deux mois après leur mise en liberté, trois couples s'étaient déjà reproduits. Les renseignements à ce su- (1) Monographie des Francolins [Mémoires de la Société' zoolngijiie de France, 1891, p. 272-392 . 206 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUEKS. jet sont consignés clans cette Revue (1 qui mérite d'être signalé, c'est le nôtre. Arbre de 9 mètres » de baut, rameux dès la base ; rameaux en verticilles ré- » guliers, de 5 à 7 branches longues, dénudées dans les 2/3 » inférieurs, feuillus et touffus dans 2/3 supérieurs, étalés ). horizontalement et même au-dessous de l'horizontale, toutes ). particularités qui donnent à l'arbre un port et un aspect qui » le font immédiatement reconnaître. Notre arbre est femelle n et produit des cônes presque sphériques et stériles bien ). entendu, de la grosseur des deux poings. Ce n'est guère » que le quart du volume des cônes du BidwillL » En ce qui concerne l'introduction de VAraucaria du Brésil au Portugal où les autres espèces du même genre réussissent si bien, notamment à Lisbonne, je suis heureux de pouvoir transcrire ici une note que M. Daveau, inspecteur des jardins botaniques de cette capitale, m'a fait tenir par M. le Consul général du Brésil Da Silveira Bulcao. On lit dans Gardener's Chrnnicle, à propos du Candela- Wa-iree des Anglais {Gardeners Chronicle, 23 juin 1S88, p. 774) : « A. Brasiliensis originaire, comme son nom lindique.des « parties méridionales du Brésil, et dont de beaux spécimens » peuvent être vus dans la serre tempérée de Kew, a ses ra- » meaux gracieusement inclinés en bas, et épaissement en- » tourés de feuilles d'un vert brillant et lancéolées. On peut » juger, par notre figure représentant un de ces végétaux .) croissant dans les Barbades, combien change l'aspect de .) l'arbre sous l'influence de l'âge. La photographie de cet » arbre nous a été donnée par le général Munro qui nous a » fait connaître que ce végétal est désigné sous le nom de » arJjre à candélabre . Les vieilles feuilles tombent graduel- (1) Ce fait m'est confirmé le 30 août 1891 [in litieris) par M. le D' Sauvaigo qui m'écrit de Nice : . L'espèce m'est presque inconnue ; quelques exemplaires bien modestes et de peu d'intérêt existent sur le littoral. » Araucaria Brasilieiisis de la villa Toiiret, à Aatibes. 218 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUEES. » lement, laissant les grandes branches nues, à l'exception » d'une touffe globulaire qui en couronne le sommet. » Plus loin, dans Gardener's Chronicle, mai 1888, p. 648, sous la signature D'" H. Bennet (Torre de Grimaldi, Italy), à Menton, on lit encore : « J'ai aussi un A. Brasiliensis, mais il végète modeste- » ment. Notre hiver est probablement trop froid, » On voit, par les résultats obtenus à la villa Thuret, à An- tibes, que l'espèce qui nous occupe peut réussir très bien sur notre côte méditerranéenne de la Provence méridionale. « L'A. Brasiliensis ne croit pas à Lisbonne d'une façon » satislaisante, non pas à cause du climat, mais bien à cause )> de la composition du sol qui y est calcaire. On voit, en » effet, cette, espèce réussir dans les sols granitiques de la » Serra de Cintra ; elle se développe également avec une rare » vigueur dans les cultures du jardin botanique de Coïmbre, » dont le sol est composé de micaschiste. Les Araucarias ^» y fructifient très bien, surtout si on a soin de les féconder, » mais je n'ai jamais entendu dire qu'on en extrayait de la » résine, ce qu'il est facile de vérifier, en s'adressant au » savant directeur du jardin botanique, le Dr Julio A. Hen- » riquez, qui donnera l'âge des exemplaires (1). » La composition du sol n'est pas, à mon avis, le seul » obstacle à la culture des A. Brasiliensis A Lisbonne, la » sécheresse de l'air ne permettrait pas non plus une bonne » réussite. Tous les individus que j'ai vus à Lisbonne, » quoique jeunes, présentaient tous des signes de décré- » pitude, que je crois devoir aux causes exposées plus haut. » On cultive à Lisbonne A. excelsa, CooJii et Bidwilli, » qui s'y développent d'une façon irréprochable et y fruc- » tifient. » Il est probable que l'insuccès de la végétation de cette espèce sur le littoral méditerranéen de la Basse-Provence, tient à la sécheresse de l'air, durant les longs mois d'été, plus encore qu'à la nature du sol, qui est du reste siliceux dans un grand parcours de ce littoral, où cependant l'yl . (1) M. le D' Henriquez m'écrit à la date du 30 juillet 1802 : « Je vous ren- seignerai sur les Araucarias du jardin botanique et surtout sur ceux qui sont cultivés non à Cintra mais bien au Bussaco et au Porto. Deux A. Brasiliensis du jardin de Coïmbre sont, sans doute, les plus beaux exemplaires qu'on puisse rencontrer en Europe. Je vous en enverrai une photographie. • L'ARAUCARIA BRASILIENSIS. 219 Brasiliensis ne réussit pas du tout. C'est par la même raison, (lu reste, que VA. imdricata, qui végète Lien en Bretagne et même en Angleterre, ne réussit pas en Provence, où cepen- dant il retrouve la moyenne de température annuelle du Chili, sa patrie. Voici ce que l'on trouve d'intéressant sur le végétal dans Kirwan {Les Conifères, 1868, t. II, p. 16). « Il se distingue )j du type chilien [A. imhricata Pavon), par ses l'euilles plus » étroites à la base, plus allongées, moins aiguës, moins » raides et moins piquantes de la pointe ; ses rameaux sont » plus minces, plus allongés et plus pendants. Par suite, )) l'aspect général de l'arbre n'a pas , d'une manière aussi » .prononcée, le cachet d'excessive originalité, qui caractérise » son voisin d'Araucanie, mais il est peut-être plus gracieux, » du moins pendant la jeunesse. « A l'âge adulte, il se dégarnit de toutes ses branches » inférieures et ne conserve que les plus hauts verticilles de » la cime, ce qui peut lui donner un beau coup d'œil dans un » massif forestier, mais enlève à l'arbre pris isolément, tout » mérite décoratif dans un square ou un jardin. » L'Araucaria du Brésil parvient aux mêmes dimensions » que celui du Chili. Sa croissance est pins rapide et plus vi- )) goureuse, mais il est plus sensible au froid. On a cepen- » dant pu le cultiver en pleine terre sous le climat de Paris, » au Jardin des Plantes notamment, mais il n'y est pas » d'une belle venue et ne se comporte point comme un arbre » d'avenir. Il faut donc le réserver à des régions plus méri- » dionales, comme la Provence ou l'Afrique (1). » Les branches inférieures tombent de bonne heure, » l'écorce devient brune et lisse et prend une consistance qui » offre une grande analogie avec l'écorce du cerisier. M La résine est rougeàtre, aromatique, et sert aux mêmes » usages que la térébenthine. Les graines sont comestibles, » avec un testa rougeàtre, lisse, luisant. Pour les semer, on )) les dépose en terre à une profondeur de 4 à 5 centimètres. » Elles lèvent dans un intervalle qui varie de six semaines à » trois mois. [1] Nous avons vu déjà plus haut comment il se comporte en Provence, nous verrons Lieutôt comment il résiste au climat sec et chaud de l'Afrique du Nord (Algérie), d'une part à Alger au jardin d'essai du Hamma, et de l'autre à Phi- lippeville où il en existe une petite forêt dont nous donnons ici la vue d'en- semble d'après une photographie due à M. Blauchet, pharmacien de celte ville. 220 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUEES. » Ayant remarqué, dit le major Tannay, que l'Araucaria » du Brésil s'est si bien acclimaté en France qu'il y passe les » hivers en pleine terre, j'ai pensé qu'il serait avantageux » d'y multiplier un arbre aussi pittoresque qu'utile par la qua- » lité de son bois et de ses fruits. » Passons à la description qu'en donne Carrière ( Traité gé- néral des Conifères, 1855, p. 415). Connu encore sous les noms de Colymbea angnstifolla Bertol, A. Ridolfiana Savi, Pinùs dioica, kRK^., A7^aucaria cli BihUani IIort Ital, cet arbre habite le Brésil entre 15" et 25" latitude, où il constitue de vastes forêts dans les montagnes ; il a été introduit en Eu- rope en 1816. Arbre de 4 à 5 métrés, pyramidal dans sa jeunesse, plus lard à cime étalée arrondie. Tronc bientôt nu dans sa partie inférieure par l'e'pui- senient successif des branches, recouvert d'une écorce gris brun, longtemi)S garni de feuilles marcescenles. Branches vcrlicillées, étalées ou déclinées, relevées à l'extrémité. Feuilles alternes, e'ialées, les cau- linaires imbriquées, recourbées en dehors, toutes très aiguës, carénées en dessous, glaucescentes, longues de 2 à 5 centimètres, larges de 5 à 8 millimètres, élargies et decurrenles à la base, souvent un peu tor- dues, glaucescentes en dessous dans les jeunes individus, terminées en une pointe scarieuse, longue, fine, très aiguë, liamules simple-, effiles, très caducs. Chatons femelles, drcsse's, ovoïdes, obtus. Cônes très gros, subglobuleux, quelquefois légèrement déprimés, écailles des cônes acuminées, recurve'cs. Graines comestibles, longues d'environ 5 centimètres, à testa roussùtre, lisse et luisant, à aile presque oblitd- re'e à la base. Une varie'te' de l'espèce est connue sous le nom de A. Brasilensis çracilis, Arauc-gracdis Hort., Araucaria ele g ans, Hort.. Ar. Ridolfiana Knight: branches grôles, etale'es, défléchies. Feuilles d'un vert clair ou presque glauques, plus étroites, beaucoup plus fines et plus rap- prochées que dans l'espèce. Quoique cette espèce puisse passer l'hiver en pleine terre, dans plusieurs de nos départements méridionaux, elle n'y forme jamais un bel arbre, car, à mesure qu'elle s'élève, les branches inférieures s'épuisent et disparaissent successive- ment de sorte qu'il n'y a jamais que quelques-unes du som- met qui forment une sorte de parasol. A ces descriptions, nous pouvons ajouter quelques détails sur l'étendue et la nature des forêts de ces végétaux au Bré- sil leur patrie. Je les tiens de M. Janmot, ingénieur agri- cole français qui m'a rapporté, avec la photographie ci- 222 REVUE DES SCIEiNCES NATURELLES APPLIQUÉES. jointe des Araucarias en forêt, dans le Parana, les renseigne- ments suivants, résultant d'un séjour de dix-huit mois dans le Brésil. Ces grands végétaux qui viennent à une altitude élevée des grandes montagnes siliceuses du Brésil sont surtout abon- dants et d'un développement considérable dans l'Etat du Pa- rana. On les trouve aussi en masses assez compactes et con- tinues dans les dépressions de la sierra de Mantiquera, dans l'Etat de Saint-Paul et à Minas-Geraes. Dans l'Etat du Pa- rana seulement les Araucarias en l'orét (dont nous donnons une reproduction de vue d'ensemble), sont exploités comme bois de meubles et d'ébénisterie. Ils sont excellents pour cet usage. M. Janmot a rapporté de son voyage cette certitude que l'abatage de ces grands végétaux ([ui se pratique journelle- ment dans les forêts du Parana, ne donne jamais lieu, du moins aux saisons où il a pu opérer, à un écoulement de gommo-résine comparable, comme abondance, à celle qu'on observe, presqu'en tout temps sur l'^l . Coolii de la Nouvelle- Calédonie. Il est possible, dans ce cas, que l'exploitation de ces végétaux, à ce point de vue, restât sans grands résul- tats. — Toutefois M. Da Sylvera Bulcao, consul général du Brésil à Marseille, m'aflirme que dans le cours de ses chasses en pleine forêt de la sierra Mantiquera, il a eu l'occasion de frapper, des troncs cVAraiicaria axec une hachette destinée à se frayer un passage à travers bois, et que chaque fois qu'il revenait par le même chemin, il pouvait constater au retour une exsudation abondante de résine, sous forme de chandelles. Ces assertions contradictoires laisseraient sup- poser que ce végétal ne donne par gemnage une abondante exsudation gommo-résine qu'à des saisons déterminées, et qu'en tout autre temps il n'en fournit pas du tout. En tout cas, les assertions de MM. Naudin et de Kirwan, relatées ci- dessus, ne laissent aucun doute sur l'existence et l'emploi, dans le pays natal de ces végétaux, d'un exsudât appelé résineux par ces auteurs et utilisé comme térébenthine, ce qui implique qu'il est assez abondant. Tous les Araucarias, du reste, ont une saison privilégiée pour cette production, et ceux qui en donnent en tout temps, comme A. Cooki, en fournissent plus abondanmient à certaines époques de l'année. Nous avons vu comment se comporte 1'^. Brasiliensis L'ARAUCARIA BRASILIENSIS. 223 dans sa patrie, d'après des témoignages non douteux ; exami- nons maintenant les résultats de son introduction en Algérie. Voici d'abord une lettre très explicite sur ce point de M. Ri- vière, directeur du jardin d'Essai du Hamma, à Alger : Groupe à'Araîicaria Brasiliensis de l'ancienne pépinière, à Philippeville (Algérie). « L'A. Brasiliensis se comporte très mal en Algérie : il y » craint également la chaleur et le froid. Sur notre coteau, » une plantation d'une cinquantaine de ces arbres a fini par 224 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUEES.' » périr, après avoir résisté pendant vingt-cinq ans environ. » Dans le cas présent, on peut attribuer la mortalité à l'effet » du vent de mer qui brûlait, chez ces végétaux, la face ex- » posée à ses effluves. » Dans la partie basse du Hamma et dans certains endroits » abrités, il y existe encore quelques sujets de 8 mètres » de haut et 0'^.25 du diamètre ; mais ils sont souffreteux et » n'ont que quelques verticilles verts en bon état. Il y a une » dizaine d'années, nous récoltions encore de temps en temps, » quelques graines fertiles. » On remarquait autrefois dans les débris de l'ancienne » pépinière gouvernementale de Philippeville, une assez belle » allée de ces Araucaria qui donnaient des graines fertiles » en abondance. La localité en question était éloignée de la » mer d'environ 6 kilomètres et protégée par un relèvement » de colline. Quand j'ai visité cette i)lantation, il y a environ » vingt- trois ans, elle donnait déjà des signes de dépérisse- >> ment. Depuis elle a périclité. » En résumé : VA. B/-asiliensis n'est pas, à mon avis, un » arbre de grande vigueur sous notre climat. Je vous ferai » adresser les exsudais résineux que nous retirerons des in- » cisions qui viennent d'être faites sur cette espèce, d'après » votre demande. » Très intéressé parla révélation de l'existencee d'une petite plantation d'A.BrasiUensis à Philippeville, je m'empressai de m'enquérir auprès du maire de cette localité, pour savoir si elle existait encore. Ce magistrat m'ayant répondu « qu'on » trouve à Philippeville, à l'extrémité de la pépinière, dans » une allée transversale à gauche, dix-sept pieds d'^. B/'a- » siliensis de 15 mètres de haut sur 0"', 35 de diamètre moyen, » mais d'une apparence peu florissante et dépoia^vus de toute » sécrétion résineuse », je résolus d'avoir des détails plus précis sur cette plantation déjà ancienne et une photographie de la petite forêt qu'ils forment. Dans ce but, je m'adressai à M. Blanchet, pharmacien dans cette ville, qui a répondu complètement à mon attente, ce dont je ne saurais trop le remercier publiquement. En me transmettant des vues photographiques (reproduites ici) de ce massif (ï Araucaria, M. Blanchet l'accompagne des renseignements suivants : « Le plus grand de ces Araucaria mesure 19'", 50 de haut L'ARAUCARIA BRASILIENSIS. 225 » et 1^,55 de circonférence à la base; le plus gros a une cir- » conférence de 2 mètres. » Ces arbres doivent avoir plus de quarante années » d'existence. Ils ont malheureusement été abandonnés à » eux-mêmes depuis que la pépinière est vendue à des » particuliers; de là leur apparence peu florissante. Ils ap- » partiennent aujourd'hui à la Banque d'Algérie, et cet éta- » blissement ne demanderait pas mieux que de faire autour » d'eux les travaux de culture qui pourraient paraître utiles » à leur conservation. — Quelques sujets ont péri, et pour //o a Grain d'amidon simple, h Grain d'amidon composé. Coupe transversale de l'amande endosperme) de la graine édule à? Araucaria Brasiliensis. » soustraire les autres au même sort, il serait nécessaire, » peut-être , de les débarrasser des broussailles qui les » entourent. » Selon vos indications, j'ai pratiqué des incisions sur les » sujets les plus vigoureux, et depuis le mois de janvier (la )> lettre de M. Blanchet est du 16 avril 1892) il ne s'y est pas » déposé de résine. J'ai pu constater que la même résine ne » vient pas spontanément. On en trouve bien quelques frag- » ments dans les parties où l'écorce est fendue, mais ils sont » de très peu d'importance. » M. Blanchet, comme M. Rivière (d'Alger), a pu me faire plus tard un envoi d'exsudat gommo-résineux provenant des incisions que j'avais conseillé de faire; bien que cet envoi 5 Septembre 1892. 15 226 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. fût peu abondant, il a permis une analyse des deux produits et d'Alger et de Pliilippeville. Il m'a paru intéressant de donner la composition chimique de la graine à' A. Brasiliensis , employée au Brésil comme comestible, et celle de l'exsudation gommo-résineuse des arbres du Brésil, d'Alger et de Pliilippeville. — Les graines m'ont été envoyées avec un vieux bloc de résine (malheureu- sement délavée par les pluies abondantes de la Sierra Manti- quera), par M. Janmot, pendant son séjour au Brésil. Voici ■*sr A. Endosperme de la graine d'^. Brasiliensis (partie comestible).— B. Le même fendu longitudinalemenl pour montrer Pépaisseur de l'endosperme c et l'embryon d. — C. Graine d'^. Brasilicnsis avec ses enveloppes sper- modermiques et son aile rudimenlaire. les détails de cette double analyse chimique faite par M. le professeur Schlagdenhauifen de Nancy, sur les échantillons authentiques que je lui ai envoyés. Il est inutile de revenir sur la description de la graine, je me borne à en donner une bonne figure, de grandeur natu- relle, sous deux états : entière et dépouillée de ses enve- loppes, enfin fendue pour montrer la situation et la longueur de l'embryon. (Voir ci-des.sus.) L'ARAUCARIA BRASILIEXSIS- 227 Analyses des graines provenant du Brésil. Leur poids moyen varie de 4 à 5 grammes. Quelques graines choisies, provenant d'un lot de 300 grammes nous ont donné les résultats suivants : GRAINE ENTIÈRE. AMANDE MONDEE. PERISPKRME. 8,10 (5,35 1,75 7,70 6,10 1,60 6,45 4,35 2,10 5,20 3,80 1,40 4,55 3,55 1,00 Le périsperme ne présentant aucun intérêt au point de vue de l'étude chimique, puisque les principes qu'il renferme sont les mêmes que ceux des organes similaires d'autres plantes, nous n'avons fait que l'analyse des graines mondées. Nos opérations ont porté sur 10 grammes de matière fine- ment pulvérisée et desséchée à 105°. I. Traitement à l'éther du pétrole. — Soumise à l'action de l'éther de pétrole dans l'appareil à déplacement continu, l'amande mondée fournit 0.16 "/o de matière grasse. IL Traiteynent à l'alcool. — L'extrait alcoolique que l'on obtient renferme un peu de glucose, du sucre interverti et de la gliadine. lU. Traitement à Veau. — En épuisant la matière pendant dix heures successivement à l'eau froide, on enlève une cer- taine quantité de matières sucrées, gommeuses et albumi- noïdes. Le caractère azoté de l'extrait aqueux est facile à constater puisque l'incinération avec du sodium fournit en présence des sels ferroso-ferrique un abondant précipité de Bleu de Prusse. L'extrait contient des principes gommeux en raison de la précipitation par le chlorure ferrique et de l'al- cool ; il renferme enfin du sucre puisqu'il réduit directement la liqueur de Bareswill. IV. Traitement à la chaux iodée. — Nous opérons sur le produit épuisé par les traitements précédents pour déter- miner les matières albuminoïdes insolubles contenues encore dans la poudre. L'analyse nous fournit 2.35%. Une deuxième expérience effectuée avec la poudre d'amande intacte nous indique la proportion des matières albuminoïdes solubles 228 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUEES. entraînées par le traitement â l'alcool (gliadine) et par l'épui- sement à l'eau froide. V. Traitement à l'acide chlorUydrique étendu. — Nous soumettons une partie de la poudre, épuisée par les divers véhicules, à l'action de l'acide clilorhydrique étendu au bain- marie, en ayant soin de renouveler l'eau au fur et à mesure qu'elle s'évapore. Après huit heures, nous filtrons et exa- minons le liquide au réactif cupropotassique. Nous dosons le sucre formé et le rapportons, par le calcul, â de l'amidon existant pHmitivement dans la graine. VI. Incinération. — La différence entre le poids de la poudre provenant du traitement précédent et celui de la poudre intacte donne le poids de la cellulose. En incinérant la partie purement cellulosique on obtient le poids des sels fixes. VII. Eau d'hydratation. — La détermination de cette donnée importante s'obtient par la perte de poids d'une cer- taine quantité de matière fraîchement râpée et soumise à l'étuve â 105». En groupant ces divers résultats, nous arrivons à la com- position de la graine qui peut être considérée comme renfer- mant les principes suivants : Composition de la graine. Matière grasse 0,16 Glucose et sucre interverti 3,51 Sels lixes 1,09 Matières amylace'es et albuminées solubles 5,43 Matières albumine'es insolubles 2,35 Amidon 32,04 Cellulose (par difforenco). 23,15 Eau d'hydratation 32,27 100,00 Comme on peut le voir, en comparant ces résultats analy- tiques â ceux qu'a donnés l'examen chimique de la graine d'^. Bidwilli (Bunya-Bunya), voir la Revue des Sciences naturelles appliquées, 20 août 18U1, la graine d'^. Brasl- licnsis est moins riche en princii)es azotés que celle de VA . Bidivilli, mais elle contient beaucoup plus de fécule et moins d'eau. Elle doit être un peu moins nutritive que sa congénère d'Australie. L'ARAUCARIA BRASILIENSIS. 229 Analyse de la gomme résine provenant du Brésil ET délavée par les EAUX PLUVIALES. Traitements. — Nous commençons par dessécher la ma- tière à la température de T05°, Nous l'épuisons ensuite suc- cessivement par l'éther de pétrole et l'alcool. Le résidu, non dissout, très faible est repris ensuite par de l'eau qui n'enlève qu'une proportion minime de matières gommeuse et albuminoïtle et laisse sur filtre un peu de mucilage. Les résultats obtenus sont les suivants : Composition. Eau d'hydratation 9,20 Résine soluble dans l'éther de pétrole 10,40 Résine soluble dans alcool 78,03 Sels fixes 1 .035 Gomme, matière albuminée, mucilage 1,335 100,000 Cette résine a évidemment perdu toute sa gomme ou à peu près par l'action des eaux pkiviales. Analyse de la gomme résine provenant du jardin d'essai d'Alger. Eau d'hydratation 1G,237 Re'sine 6,463 Gomme 77,300 100,000 Analyse de la gomme résine d' At^aitcaria Brasiliensis (Philippeville). Résine 64,84 «/o Matière gommeuse 35, 16 % 100,00 L'échantillon renfermait des brindilles de bois et autres matières étrangères dont on n'a pas tenu compte dans le calcul de l'analyse. /) On a épuisé d'abord par l'alcool à chaud et passé l'extrait. T) On a traité le résidu par l'eau. On sépare par le filtre 230 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. les matières étrangères et l'on concentre le liquide aqueux qui jouit des propriétés de la gomme. L'incinération du ré- sidu fournit des cendres alcalines qui contiennent de la chaux et de la potasse comme les cendres de la gomme ara- bique et cela dans les proportions de 3 ^/o environ. En effet, sur ?'■• 8(3-2 de gomme constatée dans 2 s^. 452 de gomme r.ésine débarrassée de matières étrangères, je trouve 0,0268 de cendres d'où -^ = 'f d'où x ^ 3,1 Vc On est donc dans la limite d'une gomme arabique type en ce qui constitue la quantité de cendre. L'analyse chimique des divers produits d'exsudation srommo-résineuse a donné des résultats bien différents, comme on l'a vu : seul l'examen du produit naturel du Brésil (qui reste à faire) donnera la mesure exacte de la richesse de ce produit en gomme, sur une résultante de l'examen de plu- sieurs échantillons prélevés à diverses époques de l'année ; mais, dès aujourd'hui, nous pouvons prévoir que cette ri- chesse en somme sera élevée et nous avons la certitude que c'est de Varabine que secrète cette espèce d'Araucaria, comme le font, du reste, toutes les espèces que nous avons examinées jusqu'ici. Quant à la germination de 1'^. BrnsUicnsis, hien qu'eUe soit liypogée, comme toute la section à laquelle il appar- tient (Colymbea), elle présente quelques différences avec le processus si curieux que nous avons examiné en détail dans A. Bidwilli. Pour bien saisir la nature des phénomènes complexes qui se passent dans A. Biclicilli, il faut d'abord les envisager dans A. Brasillensis Ricii., où ils sont beaucoup plus simples, le processus germinatif propre à la première espèce n'étant qu'une accentuation et une complication de la manière d'être particulière à la seconde. Lorsqu'une graine à\Araucaria Brasillensis germe, les cotylédons restent inclus et leurs pétioles prennent , au dehors de la graine, un certain accroissement. Mais ceux-ci ne sont pas connés et se présentent sous forme de bandes larges et épaisses. A. leur point d'insertion sur l'axe hypoco- tylé,se trouve la gemmule qui s'allonge verticalement en pas- sant au milieu des deux pétioles cotylédonaires, et va former la plantule sans le secours de la tigelle, qui ne s'accroît pas. L'ARAUCARIA. BRASILIENSIS. 231 Les cotylédons, sous forme de A'éritables cuillers, restent in- clus dans la graine où ils verdissent et pourrissent ensuite avec l'endosperme, sans jamais s'en dégager. Cependant, l'axe hypocotylé se renfle très légèrement en un tubercule, véritable réservoir d'amidon pour la plantule. Celle-ci y puise ses éléments de nutrition en même temps que l'endo- sperme se vide de cette réserve hydrocarbonée, et que la ra- cine remplit ses fonctions absorbantes. On trouve des condi- tions absolument semblables dans la germination de V Arau- caria imdricata Pav. du Chili, avec cette différence toute- fois, que la tubérisation de l'axe hypocotylé y est encore moins accusée. Les autres processus sont complètement identiques et, chose remarquable, les deuxplantules qui nais- sent de la gemmule, dans l'un et l'autre cas, présentent un faciès commun et se ressemblent sensiblement alors que les végétaux qui en sortiront, une fois parvenus à l'état adulte, sont profondément dissemblables. Les états juvéniles témoi- gnent de la pa rente. Dans la germination de la graine d^ Ai^ancaria BidiaWU les faits sont plus saisissants. Comme dans les deux cas pré- cédents, la seconde et la troisième phases germinatives sont supprimées, mais cette suppression s'accompagne des com- plications suivantes. Ici, les pétioles cotylédonaires sont con- nés en un tube fermé (1) sur toute leur étendue, ils acquièrent une longueur de 5 à 6 centimètres et renferment à leur base, c'est-à-dire à leur i)oint dïnsertion sur l'axe hypocotylé, la gemmule qui y reste incluse et qui ne saurait se dégager sans la rupture du tube pétiolaire. Cette séparation d'avec l'axe hypocotylé, et, par suite, la sortie de la gemmule se font d'une manière spéciale, qui ne ressemble à rien de ce qui est connu. Dans l'Anémone, la Dauphinelle, V EranlMs liyemalis, les Léontice, Dodécathée, Cerfeuil, etc., on sait que la gem- mule en se développant, perce latéralement le tube pétiolaire à la base. Ici on voit, au point même où se trouve la gem- [1) 11 esl bon de remarquer que la perminalion hypogée des Araucarias^ qui se rapproche si sensiblement de celle des Cycadées, en diii'ère cependant par ce point, que les Araucarias américains (Columbea) à germination hypogée ont leurs pétioles col^-lédonaires accrus libres, tandis que, dans les Cycadées, ces mêmes organes sont soudés dans leur moitié supérieure et libres par leur moitié inlérieure. Dans A. Bidwilli, la soudure a lieu sur toute leur longueur; la coupe du corps cotylédonaire montre, en eifet, la cavité des cotylédons, fai- sant suite d'une manière non interrompue avec le tube pétiolaire. 232 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. mule, se former sur le tube pétiolaire, un bourrelet circulaire à bords saillants, qui marquera, par le développement d'une A. Germination de VA. BidwilU. B. Germination de VA. Brasiliemis, L'ARAUCARIA RRASILIENSIS. 233 zone subéreuse, la ligne de séparation du corps cotylédonaire tout entier d'avec l'axe hypocotylé qui porte à son sommet la gemmule et à sa base la racine. Cette séparation se produit à un moment donné. Alors la graine mise en germination avec ses cotylédons cochléaires inclus (ils ont verdi pendant la germination en Tabsence de toute lumière) suivis du tube pétiolaire, forment un tout qui reste complètement séparé de la racine, de l'axe hypocotylé et de la gemmule. Cette der- nière se présente sous forme d'un petit corps blanchâtre au sommet de l'axe hypocotylé. Mais il y a plus. Dès le début de la germination, qui parcourt assez promptement sa première phase (saillie et allongement de la radicule], l'axe hypocotylé se tubérise fortement et prend l'aspect d'un tubercule fusi- Ibrme très renflé et assez développé, mesurant 6 à 7 centi- mètres de long et terminé à la partie inférieure par la racine très grêle et filamenteuse, pourvue de quelques radicelles. Ce tubercule caulinaire est gorgé d'un amidon revêtant la même forme que celui de l'endosperme, c'est-à-dire constitué par des grains simples ovoïdes tronqués ou des grains composés formés de grains simples réunis par trois. Cette réserve s'y accumule à mesure que celle de l'endosperme se vide. On voit, en effet, les grains amylacés de l'endosperme perdre de plus en plus leurs dimensions à mesure que le tubercule se déve- loppe et se remplit de grains bien formés et normaux. La jeune plantule en formation (1] se nourrit donc entièrement aux dépens des réserves transportées de l'endosperme dans le tubercule hypocotylé, et aussi par le libre jeu des fonc- tions de la racine. En somme, comme on vient de le voir, le processus germi- natif propre à l'^l. Bidioilli est annoncé parla manière d'être de r^. Brasiliensis dont il diffère seulement : l-^ par la tubé- risation plus prononcée de l'axe hypocotylé ; 2° par l'état coiicrescent en tube des pétioles cotylédonaires ; 3° par le mode de séparation des cotylédons d'avec l'axe et la racine du jeune végétal. (1) Cette jeune plantule rappelle aussi beaucoup, par son aspect général et par la manière d'être des premières feuilles, les formes si rapprochées des plan- tules d'.l. Brasiliensis et d'^. imbricaîa. On sait cependant que ces trois végé- taux, quand ils sont adultes, ne se ressemblent ni comme aspect général, ni comme forme et situation des feuilles. II. CHRONIQUE DES COLONIES ET DES PAYS D'OUTRE-MER. Le Beurre de Cây-Gây en Gochinchine. Sans claercher à entrer daus les considérations spéciales et les polémiques, qui font de la question coloniale un véritable sujet d'ac- tualité pour les économistes, nous croyons de notre devoir d'apporter, bien modestement, à l'œuvre d'extension de nos possessions, les quel- ques connaissances que nous avons pu acquérir avec le temps. C'est pourquoi nous avons signalé, chaque fois que l'occasion s'en est pre'- sentée, les produits naturels encore peu connus de nos colonies, dont les industriels français pourraient certainement tirer un parti avan- tageux. Aujourd'hui, nous nous occuperons d'un produit spécial à la Gochinchine et au Cambodge qui, selon nous, peut devenir pour nos établissements d'outre-mer, une source certaine de prospe'rile : nous voulons parler des fruits du CSy-Cây et du corps gras qu'on eu retire. Le fruit du Cily-Cay [Irvingia Harmamlii] est un petit drupe ovoïde, de la grosseur d'une noix et de couleur jaune, dans lequel se trouve, sous une enveloppe très résistante, une amande grasse assez volumi- neuse, recouverte par un lo'gumcnt d'un brun brillant. Lorsque les fruits sont arrives à complète maturité, c'est-à-dire au mois de juillet, quand ils tombent de l'arbre, les Annamites se rendent daus les forêts pour les ramasser et les mettre en las ; ils les trans- portent ensuite dans leurs villages et enlèvent la partie extérieure, soit en la brisant avec un couperet ou en la grillant au feu, soit encore eu la faisant dessécher au soleil. Une fois relire'es et séehées elles- mêmes, les amandes sont broyées grossièrement dans un mortier de l)ois ou de granit ; la pûte que l'on obtient de cette façon est mise dans de l'eau qu'on chaulTe jusqu'à l'ébuUilion ; la matière grasse se sépare et vient flotter à la surface du liquide, d'où on 1 enlève à mesure que la couche se forme, et on la coule dans des moules. Ce produit, connu en Cochinchine et au Cambodge sous le nom im- propre de Cire de t'ây-Cây, est solide, d'un gris jaunâtre, odorant o'tant frais, mais il devient blanchâtre et contracte une odeur forte et nau- séeuse en vieillissant. Au dire des Annamites, les Siamois font une espèce de pain en ajoutant du sel et du poivre au re'sidu ; cet aliment serait même d'un goût assez agre'able. ' MNL Ed. Brousmiche et Vignoli, pharmaciens de la Marine, se sont occupés des avantages qu'on pourrait retirer de cette graisse végétale au point de vue industriel, et nous fournissent à ce sujet les rensei- gnements suivants : Ce corps gras n'est pas une cire, comme on le dit vulgairement, c'est une sorte de beurre analogue au beurre de cacao. Soumis à la distillation, il donne naissance à de l'acrcoline, produit constant de la décomposition de Tole'ine. En le saponifiant par les alcalis, M. Vignoli CHRONIQUE DES COLONIES ET DES tAïS D'OUTRE-MER. 233 a trouvé qu'il contenait 68 à TO pour cent d'acides gras, parmi lesquels l'acide ole'ique entrait pour 30 pour cent environ, le reste serait forme' d'acide margarique mii à un peu d'acide sle'arique et d'acide caprique : c'est ce dernier qui communiquerait au produit son odeur caractéris- tique. De plus, le liquide provenant de la saponification renferme de la glyce'rine, ce qui ne se produit Jamais avec la cire. Le Beurre de Cây-Câij est fusible à 38 degrés et se solidifie à 34 : peu soluble dans l'alcool froid, il se dissout complètement dans l'alcool bouillant, il est également très soluble dans l'élher, le sulfure de car- bone, la benzine et l'étber de pétrole. Pour purifier le produit com- mercial, il suffirait de le fondre au bain-marie et de le filtrer à cbaud sur une étamiue en flanelle ; il ne resterait alors sur le fiUre que des matières terreuses et parencbymateuses, entraînées pendant la prépa- ration. En Cocbincbine et au Cambodge, le beurre de Cày-Cay est utilisé pour faire des chandelles d'une qualité intermédiaire entre la bougie et le suif animal ; ces chandelles briilent avec une flamme assez bril- lante et sans répandre d'odeur désagréable. L'extraction est pratiquée, en général, par les paysans des territoires forestiers et pour leur consommation usuelle seulement; les Anna- mites et même les Mois trouvent cette exploitation trop lente et exi- geant trop de peine et de soins pour les profits qu'ils en retirent. Disons à ce propos que les procédés rudimenlaires employés par les in- digènes ne permettent guère d'obtenir plus de 20 pour cent de matière grasse, soit une perle de 30 pour cent sur la quantité que l'on pourrait retirer par les moyens mécaniques dont on dispose actuellement. Le beurre de Cay-Cây se trouve en Cochinchine sous forme de pains coniques du poids de 2-3 kilog., mais il ne donne lieu qu'à un com- merce restreint ; celui qui vient du Cambodge et du Laos est en pains de 1,000 à 1,200 grammes, coulés dans des moules qui leur donnent la forme d'une calotte sphérique. Avant de terminer ces lignes, nous appelons encore une fois l'at- tention des industriels sur ce produit encore peu connu de notre colonie, et nous souhaitons de voir trouver un débouché pour cette matière première, qui serait susceptible de diverses applications, no- tamment dans la savonnerie et lu fabrication des bougies, dans nos possessions de l'Extrême-Orient. Il serait donc utile de montrer aux Annamites la manière de tirer le meilleur parti de cette production naturelle de leur pays, en leur faisant entrevoir les bénéfices importants qu'ils pourraient réaliser en déployant un peu plus d'activité, et surtout en leur achetant, à un taux raisonnable, le produit prêt à être soumis à la presse. Maximilien Vanden-Berghe. III. CHRONIQUE GÉNÉRALE ET FAITS DIVERS. Une Exposition internationale de Volailles , organisée sous la protection du Ministère royal de rApriculture, par la Socie'le' hongroise des éleveurs de Budapest, aura lieu dans cette ville du 22 septenabre au 2 octobre 1892. L'Albinisme sous les tropiques. — Un correspondant du Land and Water remarque la rareté des albinos chez les animaux des con- trées tropicales. Il semble, à quelques exceptions près, qu'on n'en a presque jamais vu purmi les Carnassiers, les Ruminants ou les petits Mammifères des Indes. Le Chenil signalait derniërcmcnt deux exem- plaires albinos du Chacal (Canis aureus) que l'on conserve au Jardin Zoologique de Hambourg. .M. Moray Brown cite plusieurs albinos de l'Antilope Sassin ou « Bouc noir » qu'il a examinés. Enfin, un troi- sième cas, sous le titre de Gour blanc [Bos (/aurus), est encore men- tionné dans cette Kevue. Mais, sons les climats tropicaux, l'albinisme reste un fait bien exceptionnel. Quand des changements se produisent sur la coloration normale des animaux, ils tendent plus souvent vers le mdianisme. Au contraire, dans nos régions, on a noté des albinos chez un grand nombre d'animaux. On connaît des Chauve-souris blanches. On a observé l'albinisme, parmi les Ruminants, chez le Cerf, le Chevreuil, le Daim ; chez le Renard, la Loutre et la .Martre; pour les Rongeurs, le Lièvre, le Lapin, lÉcureuil, le Hat, le Loir, la Taupe. Dans les oiseaux, les exemples sont encore nombreux. Chez les Rapaces : l'Aigle, la Bu.<5e, le Faucun, la Chouette. Passereaux : le Freux, la Corneille noire, le Choucas, la Pie, le Geai ; le Merle, la Grive, l'Alouette des champs, le Pinson, le Chardonneret, le Moineau, le Friquet, la M('sange bleue, le Gobe-mouche gris ; le Pic vert ; l'En- goulovenl, les Hirondelles [rustica, urbica, riparia)^ le Martin-pêcheur ; la Bécasse et la Be'cassine. On a vu des Canards sauvages blancs. Enfin, parmi les Gallinacés, les Perdrix {cinerea, rufa), la Caille et la Tourterelle. Parfois, l'érythrisme (rouge) ou le flavisme (jaune) remplacent l'al- binisme ou le me'lanisme. Ce fait se pre'sente principalement dans le groupe des Perroquets. De S. Le Dindon sauvage dans la forêt de Marly. — Nous lisons dans Le Temps sous la signature de M. G. de Cherville : « Nous pouvons vous donner des nouvelles des essais d'acclimata- tion en liberté du Dindon sauvage qui ont été tentés dans la forêt de Marly par M. l'inspecteur Recope' ; sans être encore concluants, ils fortifient déjà les espérances qui ont e'tc' fonde'es sur l'expérience. CHRONIQUE GENEKALK ET FAITS DIVERS. 237 Cette année, les couvées de dindonneaux ont ote' e'ievées en complète liberté' dans les parties les moins fre'quente'es du massif et n'ont pas reçu le moindre agrainage ; aussi les jeunes se montrenl-ils excessi- vement farouches ; il suffit de l'apparition d'une forme humaine dans leurs demeures pour qu'ils disparaissent et s'enfoncent dans les ron- ciers les plus épais. Les mères, que l'on taxait l'anne'e dernière d'une civilisation exagérée, ont e'ie' elles-mêmes gagne'es par la sauvagerie de leurs nourrissons ; elles no s'enfuient pas si elles croient leur pro- ge'uiture menace'e, mais reviennent intrépidement sur le garde qui se montre, non plus pour se laisser admirer, mais pour essayer de lui sauter au visage. Ces dispositions ne pouvant que s'accentuer chez les Dindonneaux, il devient probable que, comme en Allemagne, ils se décideront à prendre leur essor devant le chien ou les rabatteurs et à offrir aux invite's de M. le Président de la République l'objectif le plus magnifique qu'il lui soit possible d'ambitionner. » Les fruits des Citrus. — L'Oranger cultivé occupe une place importante parmi les plantes e'conomiques. Son fruit, appelé' « Orange douce, Orange de Malte, de Valence, de Portugal, de Blidah », etc., est un des plus beaux et des plus agréables du régne ve'ge'tal. C'est une baie globuleuse, quelquefois un peu de'prime'e, revêtue d'une e'corce lisse ou légèrement rugueuse, sous laquelle on rencontre une pulpe filamenteuse, blanche, mince et d'un goîit fade, qui forme la presque totalité du fruit. Cette pulpe contient 8-10 loges occu- pées par des ve'sicules oblongues gorgées d'un suc incolore, jaundtre, quelquefois rouge, selon les varie'le's qui sont très nombreuses. D'une saveur douce ou un peu aigrelette, aromatique et sucre'e, l'Orange est un fruit délicieux, très sain, dont la consommation est e'norme dans la plus grande partie du monde entier. L'usage du suc ou jus d'orange est très re'pandu pour la pre'paration de sirops, de confi- tures ou de boissons rafraîchissantes appele'es orangeades. Depuis quelques années, on pre'pare en Ame'rique, notamment en Floride et aux Antilles, sous le nom de Vin d'Orange, un breuvage capiteux, légèrement alcoolique et suffisamment sucré, d'un goût agre'able, regardé comme tonique et hygie'nique. Ce liquide offre l'avantage de se conserver et même de s'améliorer sensiblement au bout de trois ans de bouteille. En Espagne, surtout en Andalousie où cette industrie semble vouloir prendre une grande extension, on fabrique une sorte de vin d'Orange en mettant en cuve une quantité déterminée de raisins blancs de la deuxième cueille, et en j ajoutant environ un cinquième d'Oranges écrase'es. Le vin qu'on obtient par le mélange de Muscats et d Oranges est plus parfumé, plus moelleux que celui qui provient des autres sortes de raisins. Le Portugal et la Sicile commencent aussi à se livrer à cette fabrication dont on a pro- pose' l'essai dans notre colonie alge'rienne. 238 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. L'écorce d'Orange candie au sucre est un article très apprécié do la confiserie parisienne ; elle sert aussi quelquefois à aromatiser di- verses friandises, crèmes, pâtisseries, etc. Cette écorce est parfois vendue comme écorce d'Orange amère, quoique très inférieure à celle du Bigaradier, dont elle se distingue par sa nature spongieuse et sou coût faiblement amer. L'essence qu'on en retire, bien connue en par- fumerie sous le nom d'essence de Portugal, est la plus légère de celles qu'on extrait des diverses espèces de Ciirus, car sa densité' n'est que de 0,835 après parfaite reclificalion ; c'est celle aussi qui de'vie le plus à droite la lumière polarise'e. Les fleurs de l'Oranger doux sont souvent mélangées à celles du Ciù-us Mgaradia pour la fabrication de l'eau de fleur d'oranger, mais elles ne les valent pas. Enfin, l'essence dite de Petit Orain est en partie extraite de ses feuilles. Le fruit du Bigaradier appelé « Orange amère, Bigarade, Orange de Séville », est une ])aie de moyenne grosseur, sembla])le à l'Orange douce par la forme, mais d'une couleur rougeatre souvent plus foncée; elle se distingue encore de celle-ci par son zeste plus rugueux à la surface et par ses vésicules oléifères concaves et non convexes. Sa pulpe acide, d'une saveur amère et désagréable, n'est pas comestible, mais sert quelquefois de condiment et d'assaisonnement. L'e'corce enlevée au couteau et de'coupe'e en lanières spirale'es que l'on fait desse'cher, constitue la véritable écorce d'Orange amère em- ployée en médecine pour la préparation d'un sirop tonique que l'on associe souvent au Quinquina et au Colombo. Ce produit, qui donne lieu à un commerce important, est d'un usage très répandu pour la préparation de certaines liqueurs, notamment du Curaçao et du Bitter- Par l'expression ou la distillation du zeste, on obtient une essence ayant à peu près la même odeur que celle que l'on retire du Limon et du Cédrat, mais plus fine et plus pénétrante. Cette essence, connue dans le commerce sous le nom d'essence de Bigarade, se fabrique sur- tout en Sicile et dans le midi de la France ; elle trouve son emploi principal dans la parfumerie et entre dans la composition de spiri- tueux amers. La qualité supérieure, obtenue directement par pression, est presque toujours falsifie'c, de l'aveu des fabricants eux-mêmes, avec l'huile distillée ou avec l'essence de citron ordinaire. L'essence de Ne'roli, qui atteint un prix si c'ievé dans le commerce, est obtenue en distillant la fleur seule du Bigaradier ; sa couleur est bru- nâtre, son odeur forte et agrda))le, sa saveur aromatique et amère. Le Ne'roli se rencontre rarement pur et sert en parfumerie, notamment pour la pre'paration de l'Eau de Cologne et autres parfums estime's. En 1828, Boullay a retire' de cette essence un corps cristallin, insipide, neutre, connu en chimie sous le nom de Camphre de Néroli. L'eau, ayant servi à la distillation de l'essence, constitue l'Eau de fleur d'Oranger double ou triple dont les usages sont connus de tous. CHRONIQUE GENERALE ET FAITS DIVERS. 239 Nous montionneious encore dans ce faible aperçu des produits du Bigaradier, les Omngettes qui sont des fruits cueillis avant qu'ils aient atteint la grosseur d'une Cerise; elles sont rondes, d'un noir grisâtre, marquées d'un point jaunâtre au sommet. On les utilise en médecine pour pre'parer une leinLure stomachique très amère et comme pois d'oranges pour les cautères, plus rarement en parfumerie. Les fruits tombe's de l'arbre peu après la floraison, sont appele's Petit- grain et servent à proparer l'essence de ce nom, presque toujours me'lange'e à celle des feuilles de l'arbre lui-même ou de l'Oranger doux. Les Chinois, qu'on mange confits dans l'eau-de-vie, sont pro- duits également par une variété' de Bigaradier de la Chine. Les feuilles des diverses espèces d'Orangers possèdent des propriéte's antispas- modiques, mais celles du Bigaradier sont les plus recherchées. Le fruit du Citrus limonum ou Limon, appelé plus communément mais improprement Citron, est une baie ovoïde, charnue, plus ou moins rugueuse, terminée par un mamelon obtus. 11 se compose d'un péricarpe ou zeste jaune ou verdâtre, d'une odeur aromatique el d'une saveur amère. L'intérieur du Limon est occupe' par une pulpe blanche, mince, à cloisons rayonnantes, entre lesquelles se trouvent une grande quantité de loges remplies d'un liquide fortement acide, qui constitue le jus de Citron. Le suc exprimé du Limon frais sert à préparer un grand nombre de boissons acidulées, dont la plus commune est la limonade; ces bois- sons sont surtout d'un usage très répandu en Amérique, où le nombre de Citrons exporte's chaque année atteint un chiffre considérable. Tout le monde connaît aussi l'emploi du Citron comme assaisonne- ment condlmentaire de certains mets, et l'usage que l'on en fait en confiserie pour aromatiser les bonbons, pastilles, etc. Le jus de Citron frais est considéré comme excellent pour com- battre les inflammations légères de la gorge. En Afrique, le Citron est un remède très populaire, employé' par les Arabes et les Kabyles contre les fièvres intermittentes et palude'ennes. Disons encore que le jus de Citron est recommandé, d'une façon toute particulière, dans la marine anglaise, comme un préservatif presque infaillible du scorbut de mer. Préparé en grand pour les besoins de l'industrie, le jus de Citron est extrait par pression des fruits à pulpe acide de plusieurs espèces et variétés de Citrus, mais surtout du Limonier. C'est un liquide lim- pide, d'une teinte légèrement ambrée, lorsqu'il a e'té clarifie'; son odeur est fraîche, faiblement aromatique, et sa saveur fortement acide. Le jus de Citron est l'objet d'un commerce très important; mais comme il est sujet à la fermentation, à cause des matières albu- minoïdes, de la gomme et du sucre qu'il contient, il faut, pour le faire voyager, le soumettre à l'ébullition et le tenir dans des vases bien pleins et hermétiquement fermés. En Ame'rique, ce produit est utilisé 240 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUEES. par les teinturiers pour fixer certaines couleurs; en Europe et dans nos colonies, le jus concentré du Citron sert exclusivement à la pré- paration de l'acide citrique. Par la distillation des fruits verts et par pression du zeste des fruits mi!irs, on relire Vessence de Citron, sous forme d'un liquide incolore ou faiblement coloré en jaune, d'une odeur forte mais agréable, d'une sa- veur aromatique et un peu amére. L'essence de Citron s'emploie ordi- nairement dans la confiserie, la parfumerie, mais peu en médecine. Celle qu'on rencontre dans le commerce est rarement pure et on lui substitue le plus souvent Vhuile distillée qui est d'un prix inférieur. L'essence de Citron se prépare surtout en Sicile et en Calabre ; les vilies où ce trafic est le plus important sont Messine et Palerme. En France, Nice et Menton possèdent aussi quelques fabriques qui livrent des produits eslirae's. M. le D"" Bcrtherand a propose l'hydrolat de fleurs de Limonier comme succédané de l'eau distille'c de fleurs d'Oranger, si souvent de mauvaise qualité. Ce produit présente un arôme et une saveur ana- logues à ceux de la fleur de Bigaradier, mais plus fins, plus suaves et plus persistants. Cette eau jouit, d'ailleurs, des mômes propriétés antispasmodiques, et constitue un excellent collyre dans les conjonc- tivites légères et le prurit des paupières. Plusieurs principes amers ont été' retirés de l'Orange et du Citron, ce sont : VHépéridme, découverte en 1828 par Lebreton dans l'enveloppe blanche et spongieuse de ces fruits ; VAurantiine, retirée par Brandes, vers 1841 ; la Li/nionine, obtenue par Bernays en épuisant les pépins de Citron par l'alcool. Ces substances, dont la composition est encore assez mal connue, n'offrent guère jusqu'ici qu'un intérêt purement scientifique. Les Fauvettes d'Europe, par F. de Schaeck. (Extrait des Mé- moires de la Société zoologique de France pour 18U0), 133 pages, figures. Monographie des Francolins, par F. de Schaeck. (Extrait des Me'moires de la Socie'te' zoologique de France pour 1891.) Effets produits sur l'engraissement des Porcs par la nour- riture sèche ou la nourriture mouillée, par A. Caux, chevalier du Mérite agricole, économe de l'asile départemental de Saint- Yon. Des pommes à cidre d'origine e'trangère importe'es en France — Des engrais de ferme ; expe'riences faites avec le fumier de tourbe de Hollande ; considérations sur l'enseignement primaire de l'agri- culture, par A. C\ux, chevalier du Mérite agricole, économe de l'asile départemental de Saint-Yon. Le Gérant : Jules Grisakd. I. TRAVAUX ADRESSES A LA SOCIETE. L'ETAT ACTUEL DE L'HIPPOPHAGIE EN EUROPE Pak m. e. leclainche, Professeur à l'Ecole vétérinaire de Toulouse Et m. Ch. MOROT, Vétérinaire municipal à Troyes. (SUITE *) SUISSE. Canton de Frihourg (48). On mange du cheval au chef- lieu et dans toutes les campagnes, surtout dans le district de la Singine. Quand les paysans ont des chevaux vieux, tarés, défectueux, atteints d'accidents ou de certaines mala- dies, ils les abattent, puis en salent ou en fument la viande pour leur consommation personnelle. Frïbourg. Les solipèdes de boucherie sont sacrifiés à l'a- battoir de la ville, et l'hippophagie est soumise aux disposi- tions suivantes du règlement communal du i''^ juillet 1889 : L'autorisation d'abattre des chevaux pour la cousommation n'est accordée par la Direction de police locale que sur la déclaration écrite de l'inspecteur (de l'abattoir), attestaiat que l'animal est sain. S'il résulte de l'examen de l'inspecteur que l'animal est malade, l'abatage et l'enfouissement doivent être faits par l'e'quarrisseur. Les locaux servant à l'abatage des chevaux destinés à la consom- mation doivent être agréés par la Direction de police et sont place's sous la surveillance de celte autorité ainsi que les lieux de débit et leurs dépendances. L'inspecteur des boucheries en a la surveillance immédiate. L''abatage des chevaux est soumis au paiement du permis prévu au tarif (ir. 2,50). La vente de viande de cheval ne peut se faire que dans les locaux (*) 'Voyez plus haut, pages 1, 97, 14^ et 193. 20 Septembre 1892. 16 242 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. désignes par le chef de la police ; ceux-ci porleut à l'exte'rieur, d'une manière apparcnle. les mots : « viande de cheval ». Toutes viandes, provenant de chevaux abattus hors de la commune, et destine'es à être vendues dans la commune, doivent être accompa- gnées du certificat de provenance délivre par l'inspecteur du bc'tail de la commune d'où elles sont importées. Ces viandes ne peuvent être exposées en vente avant d'avoir été visitées par le sous-inspecteur de l'abatloir et estampillées par lui. Aucune viande, provenant de chevaux abattus dans d'autres com- munes pour cause de maladies, ne peut être introduite dans la com- mune de Fribourg pour être livrée h la consommation. La viande, provenant de chevaux abattus pour cause d'accidents, doit être accompagnée du certificat officiel de la commune où l'ani- mal a